‹ Les Américains chez eux d'après l'anglaisChapitre 135 sur 138 · ÉCOLES · texte numérisé non relu

ÉCOLES

Qu'on se représente un vaste filet, étendu sur une prairie. La prairie, ce sont les Etats-Unis ; les petits espaces enclavés par les mailles du réseau, ce sont les sections scolaires. Chaque section possède une ou plusieurs écoles qui fournissent aux élèves, tant riches que pauvres, une solide et gratuite instruction. Ajoutez à ce fond une forte proportion d'écoles supérieures, niulti pliez cellesci dans les grands centres, joignez-y d'innombrables académies, et vous aurez quelque idée de ce que fait l'Amérique, pour le développement intellectuel de ses enfants.

Un impôt spécial — School fax— voté par le peuple, subvient aux frais. En maintes localités cet impôt, grâce à la valeur croissante des terrains et des immeubles alloués aux écoles, grâce encore aux dons particuliers, n'est qu'une insignifiante bagatelle.

M. Zincke, dans son livre remarquable, publié en 1869, prouve par chiffres avérés, que l'éducation d'un garçon revient en Amérique à dix-sept schellings par année : le prix d'un chapeau !

New-York, qui paye les plus fortes contributions scolaires, dépense annuellement en moyerihe, trente schellings par écolier (1) : cinq ou six fois moins que nous Anglais.

M. Zincke affirme en outre, qu'Eton et Harrow, les deux célèbres collèges anglais, coûtent plus aux parents, que ne coûtent à l'illinois tout entier ses dix mille écoles, ses vingt mille instituteurs et ses six cent mille élèves. (1)

Chaque district s'impose selon que le requièrent ses besoins ; un comité local règle les affaires scolaires du district. — Tels États, I elles villes, offrant de plus forts émoluments à leurs instituteurs que telles autres, possèdent par cela même de meilleures écoles.

L'instruction est absolument gratuite. Le plus pauvre enfant peut

1. Les citoyens du Massachnssets, État où l'instruction est poussée plu» loi» qu'ailleurs, ne payent que 2o shellinjs de school tax.

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franchir tous les degrés, passer tous les examens, acquérir tous les grades, arriver au sommet de l'échelle, sans que ses parents aient à débourser un cent. Du premier jour au dernier, l'Amérique paye pour eux: (l) Dans le Haut-Canada, l'éducation publique est placée sous la dation d'un comité ceàtral qui siège à îoronto. Les instituteurs doivent prendre leurs degrés à l'École normale. Les mômes livres — les meilleurs — sont employés partout.

Fait important : les écoles publiques, aux Etats-Unis, ont presque toutes des femmes pour directeurs ; or, nulle part ailleurs, l'instruction ne marche aussi bien, il y a là un enseignement à recueillir, peut-être un exemple à suivre. Ouvrons à notre jeunesse féminine des écoles normales, semblables à celles des États- Unis et du Canada: un vaste champ de travail s'étendra devant elle ; l'influence éducative de nos femmes, de nos filles, s'exercera plus largement, et l'avenir bénéficiera de cette innovation.

Souffrez qu'une dernier»1 fois, je m'attarde avec vous dans les salles d'une école : la Ward School, New-York.

j (unes filles appartenant pour la plupart aux classes inférieures de ta société, étaient vêtues, quelques-unes avec élégance, toutes avec la plus exquise propreté. L'Amérique se montre scrupuleuse sur ce point. L'élève qui se permettrait d'arriver les babils en désordre, les mains ou le a Isage malpropres, les cheveux irait immédiatement congédiée.

i que nous entrâmes, l'école exécutait un chant qu'accomnail le piano, bientôt Mm« X***, di reel rice, monta sur l'estrade. Le timbre sonha, les jeunes Biles dressèrent l'oreille.

— Quan 1 vous apercevez quelque objet nouveau, que devez-vous faire ? demanda î\Imù X***.

— Examiner sa couleur, sa forme, ses diverses parties, ses qua-

Mm* X***; ouvrant son pupitre, en tira une pipe de terre qu'elle tint à bras feu lu. Les yeux brillèrent, un cbuebotement parcourut la c i! n'était pas n >uvean, l'objet du moins était inattendu.

Après nue interrogation générale sur la couleur, la forme, les diverses parties du spécimen, Mm0 X***, se tournant \ers une gentille iilletle ;

1. A côté des écoles publiques prospèrent les écoles particulières, soutenues par les familles aristocratiques, lesquelles, tout en acquittant volontiers la school tar - m. ion [. pas d'associer leurs eufants aux enfants de tout, 1»

monde. Ceci toutefois est l'exception.

— A <juoi Bervent les pipes?

— - A faire dos bulles de savon.

— Plût à Dim qu'ailes ne servissent qu'à cela ! s'eVJria M01- X***

avec un sourire.

Chaque enfant, interrogée à son tour, débita son petit bagage scientifique. L'une nous apprit où se cultive le tabac, l'autre où on le prépare ; celle-ci, quels peuples en consomment le plus ; celle-là que New-York brûle journellement pour douze mille dollars de cigares ; la dernière nous en exposa les funestes effets, après quoi la pipe rentra dans l'ombre.

Coup de timbre. Marche au piano. — Avec la précision d'un régiment, les six cents jeunes lilies se dirigèrent vers leurs classes respectives.

— Comment obtenez-vous cette ponctualité ? demandai-je à Mme x*«

— En faisant appel au self respect — respect de soi. — Là est tout notre secret. Les aînées donnent l'exemple aux cadettes. Une infraction à la discipline, une impertinence, un acte de révolte, seraient considérés comme la pire humiliation que l'école eût a subir.

— Mais les cerveaux brûlés ! mais les méchants esprits ! mais les caractères indomptables ! Car enfin, vous devez en avoir. Comment les réprimer, ceux-là ? Employez-vous les châtiments corporels ?

— Jamais. Quatre-vingt dix fois sur cent, les mauvaises notes suffisent. Si l'enfant, ne s'amende pas, on avertit les parents ; si cette mesure reste inefficace, on renvoie l'élève. Cela, c'est le châtiment suprême. La crainte de l'encourir dompte les plus rebelles.

J'examinai les registres, où se trouvait indiquée la vocation des parents. Commissionnaires en marchandises, plombiers, couturières, entrepreneurs, maçons, négociants, serviteurs, bouchers, serruriers, charpentiers , professeurs , commis , charretiers , imprimeurs , relieurs, fermiers, manœuvres, notaires, cochers de fiacre, garçons de café, architectes, horlogers, papetiers, chirurgiens et médecins; toutes les vocations, tous les métiers — y compris le métier des gens qui n'en ont point — y avaient leurs représentants.

L'école, de plus, possédait un registre des visiteurs. Ces visites, outre qu'elles témoignent de l'intérêt très-particulier qu'inspire l'enseignement aux citoyens des Etats-Unis, excitent l'émulation des écoliers et le zèle des instituteurs. Un Américain a-t-il des hôtes ? il les mène voir l'école. Un homme d'affaires a-t-il une demi-heure devant lui ? il entre dans l'école voisine, assiste à la leçon, adres croies cordiales à la classe, et laisse

enfants et maîtres encouragés au devoir.

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