‹ Les Américains chez eux d'après l'anglaisChapitre 26 sur 138 · M, Williamson est Ecossais · texte numérisé non relu

M, Williamson est Ecossais

81 MNS CHEZ EUX,

mettent lumière et secoure, aux heures difficiles. Plus d'une fois, il ,-i intercalé de8 textes bibliques dans ses messages au Congrès, i ii jour, je lisais dans la bibliothèque du Président. Lincoln entre une bougie à la main — le temps était fort sombre — et la promène devant les rayons chargés de livres.

— Tad est un terrible gamin ! s'écrie le Président : il bouleverse tout !

— Que cherchez-vous, Président ?

— Je cherche un volume que- j'ai vu, très-certainement, ici môme : La Concordance dos Écritures par Crude ou Crode. — Il voulait parler de la Concordance de Truden. Je savais où la prendre, et je la lui tendis: — En Ecosse, fis-je, vous trouveriez Truden sur toutes les tables.

— Ah! me répondit Lincoln: Vous autres Écossais, vous connaissez votre Bible bien mieux que nous.... malheureusement pour nous!

Lincoln, qui avait une vive sympathie pour l'Ecosse, nomma §on fils cadet William Wallace Lincoln. Pauvre Willy ! En 1862, il mourut du typhus.

— La réponse des Églises presbytériennes d'Ecosse aux Églises esclavagistes du Sud, poursuivit M. Williamson, pénétra de joie le cœur du Président. Les presbytériens esclavagistes en avaient appelé à leurs frères d'Ecosse. Ils comptaient d'autant mieux sur l'appui moral de ceux-ci, que maints propriétaires d' claves avaient, au début, envoyé des sommes considérables à votre Église presbytérienne, pour le soutien de ses œuvres. — Lincoln s'entretenait avec Newton, Commissionner of Agriculture, lorsqu'on lui remit un exemplaire de la réponse écossaise, courte et péremptoire. Il la parcourut du regard, puis, se tournant vers Newton :— Écoutez ceci, Newton ! Yoilà qui est d'une haute valeur ! — Lincoln lut à haute voix ; les larmes lui montaient aux yeux ; ce qui le touchait, c'était de voir que l'Ecosse, malgré son apparente sympathie pour le Sud, demeurait ferme sur la grande question: la question de l'esclavage. L'opuscule fut placé par Lincoln dans ses papiers, sous la rubrique : d conserver.

M. Williamson n'a jamais vu faire à Lincoln ni une bassesse, ni une injustice. Bienveillant envers tous, secourable aux malheureux, jamais Lincoln ne s'est montré ni partial, ni courtisan. M. Williamson n'est pas seul h lui rendre ce témoignage. Un jeune soldat pensylvanien — je tiens le fait du soldat lui-même — avait encouru la sentence de mort pour s'être endormi en faction.

Sa mère, veuve, clouée au lit par la maladie, reçoit l'effroyable nouvelle. Vainement elle essaie de se lever : — Le Président ! le

Président! s'écric-t-elle avec désespoir : Lui, ne laisserait pas périr mon fils t

Mary, seule enfant qui reste h l'infortunée, n'entend pas plutôt ces paroles que sa résolution est prise. Elle court à la gare, saute dans le train pour Washington. Le conducteur, auquel Mary dit son histoire, lui accorde place gratuite, et, sitôt arrivé, la fait conduire à la Maison-Blanche. L'enfant, perdue au milieu des vastes antichambres, voit le temps s'écouler ; chaque minute lui semble une heure ; son courage l'abandonne, elle perd l'espoir et se met à pleurer. Lincoln, engagé dans une grave affaire, entend ces pleurs d'enfant ; il envoie aux informations. L'officier revient, raconte qu'une fillette dont le frère doit être fusillé, désire voir le Président : — Qu'elle entre ! fait vivement Lincoln. La fillette arrive en larmes ; elle regarde le grand personnage qui tient la vie de son frère entre ses mains ; l'expression de bonté répandue sur ce visage vieilli avant le temps rassure l'enfant ; elle se jette au cou de Lincoln; elle implore le pardon de son frère. Lincoln, profondément ému, pose doucement sa large main sur la tête de la fillette suppliante ; lui-même pleurait. 11 appelle un secrétaire, s'informe de l'affaire, questionne Mary sur la position de sa mère, prend la plume, signe la grâce du soldat, donne des ordres pour qu'il soit immédiatement amené à Washington, et le renvoie à la veuve.

Autre trait. Lincoln traversait en voiture un village. La population, tout entière accourue sur son passage, poussait des cris d'enthousiasme. Un forgeron, stature colossale, debout sur le seuil de son atelier, tète et poitrine nues, dominait les clameurs par la puissance de sa voix. Cette taille herculéenne, ces formidables hourras attirent l'attention du Président.

— Arrêtez ! crie-t-il au cocher, arrêtez ! Il faut que j'aille serrer la main de cet homme : ce sont de braves compagnons comme lui, qui font la force et la gloire du pays ! — Le forgeron, qui a rencontré le regard du Président, qui Ta vu descendre de voiture, se tait, un peu confus. Mais quand Lincoln se dirige droit vers la forge, notre homme, alarmé pour tout de bon, bat en retraite, d'autant plus vite que Lincoln l'appelle plus fort, et va se réfugier derrière son enclume. Lincoln l'y a suivi: — Une poignée de main camarade ! voilà ce que je veux de vous ! — La vaillante main du ron étreint la main vaillante du Président, et de frénétiques applaudissements éclatent de toutes parts.

— Un régiment de Highlanders (1), qui se distingua pendant là gnerre, reprit M» Williamson après quelques instants de silenco, avail Washington pour destination. Nous autres Ecossais, nous l'attendions avec impatience. Chargés d'occuper Baltimore, dont la populace esclavagiste avait tir*'; sur le 6e Massachussets, les nôtres pensaient recevoir même accueil. Ils s'y préparaient fusils" charges, les officiers revolver au poing. A mesure que ce régiment primait possession d'un poste, l'avant-garde passait plus loin pour reconnaître. Nulle provocation, nulle hostilité. La foule amassée sur leur passage se contentait de dire : — Ce sont des Écossais:

ce ne sont pas ces d Yankees ! — Je me rappelle leur entré»' à

Washington. C'était un dimanche, à deux heures du matin. Ils traversèrent Pennsylvania Avenue. Leurs cornemuses et leurs fifres jouaient: Uey, Johnny Cope, are you loaukin yet'? — Hé 1 Johnny Cope, ne marchez-vous pas ? — En approchant de la demeure du Président, tous entonnèrent : The Campbell are coming. — Voici les Campbell. — Old Abe (2) avait le sommeil léger ; il s'éveille aux -sons lointains de cette mélodie connue, s'élance hors du lit, passe une robe de chambre, descend sous le porche: le régiment y arrivait ; un immense hourrah part des rangs. Lincoln y répond par une de ces adresses improvisées qui lui jaillissaient du cœur; la musique fait entendre le Hail to the Chief — Salut au Chef — et le régiment poursuit sa marche sur Georgetown.

— Le 79% continua M. Williamson, comptait onze cents hommes, huit cent cinquante écossais — cinq cent portaient le kilt — deux cent cinquante irlandais du Nord de l'Irlande, écossais-irlandais, comme on les nomme ici. Les officiers étaient pour la plupart ouvriers, artisans ; les soldats, marchands et employés, avaient quitté, pour se battre, New-York, où ils gagnaient de 70 à, 100 dollars par mois. Ma maison — le passage dura quelque temps — devint leur quartier général. Washington regorgeait de sécessionnistes; aussi, soldats " et officiers highlanders étaient-ils heureux de rencontrer un compatriote, qui sympathisât avec la bonne cause et avec eux. J'assistai à leur départ définitif. L'un des hommes, Gourlay d'Edimbourg, bon chanteur, debout sur une meule de foin, entonna, par ordre de son capitaine, la: Marsch of the Cameron Mm — hi marche des Cameron — le régiment tout entier en répétait les refrains. À Bull Run, nos écossais essuyèrent de

Page 1