GUA\T
Lors de ma première visite à Washington, Grant était secrétaire de la pierre par intérim. De sérieuses difficultés s'élevaient entre Johnson et le Congrès; on allait, selon toutes prohabilités, porter Grant à la présidence (1). Je pris les lettres d'introduction que m'avaient remises Ward Beecher, Georges H. Stuart, et je me rendis chez Grant.
Assis à sa table de travail, dans une petite pièce dépourvue de toute prétention à l'élégance — quelques estampes révolutionnaires en ornaient les murs, un sombre portrait de Lincoln se dressait sur la cheminée — mémoires, lettres et journaux empilés devant lui, un cigare à moitié consumé à portée de sa main, l'inévitable crachoir à se9 piods, Grant me fit le meilleur accueil.
Le général n'est pas de taille élevée ; une moustache rougecâtre, coupée en brosse, recouvre sa lèvre supérieure ; son expression austère no manque point de charme.
Connaissant le mutisme invétéré du Général, je n'espérais pas tirer grand chose de lui. Mais, pensai-je, cette excessive réserve ne viendrait-elle point de ce que, fréquemment abordé par des indiscret^ désireux de lui arracher sa pensée, Grant veut les tenir à distance ? Je laissai donc toute question politique de côté, pour parler au Général de l'Ecosse, et des rapports qui existent entre ce pays et la famille Grant. Dès qu'il fut bien assure que je ne cherchais nullement à pénétrer les secrets de l'État, Grant devint communicatif.
— Oui, me dit-il, je suis réellement écossais. Ma mère était une
1. [/autorité do Johnson, homme du Sud — Tennessee ou Kentucky — fut toujours contrecarrée par les gens du Nord, qui l'accusaient de favoriser les rebelles. De là, des tentatives à."emprachment devant le Congrès. Elles n'aboutirent pas. Johnson les quatre ans de sa présidence. Grant lui succéda renient lo 4 mars 18G9, et fut réélu le i mars 1873.