‹ Les Américains chez eux d'après l'anglaisChapitre 29 sur 138 · LES AMERICAINS CHEZ EVX · texte numérisé non relu

LES AMERICAINS CHEZ EVX

Simpson, elle appartenait à l'Ecosse, et quoique mon père et mon grand-père soient nés en Amérique, tous deux se réclamaient de leur origine Highlander 1

Ce fut le commencement d'un cordial entretien, totalement dépourvu de cette raideur hautaine qu'on reproche au Général.

Tout, les manières, le langage, les sympathies, indique chez Grant, le franc républicain. Lors des troubles du Mexique, il pressa vivement le Congrès de soutenir Juarez, déclarant que l'intrusion d'une monarchie en Amérique, par les baïonnettes étrangères, était un acte de flagrante hostilité contre les États-Unis.

— Comment, lui demanda-t-on, accordez-vous ce principe avec le fait de la domination anglaise au Canada ?

— La Grande Bretagne, répondit Grant, occupait avant nous le Canada. D'ailleurs, elle laisse peu à peu flotter les rênes de son autorité, tandis que la France s'efforce d'établir la sienne où elle n'a que faire. C'est très-différent.

En cette question, comme en d'autres, l'opinion de ses concitoyens pèse d'un poids considérable sur les déterminations de Grant. Il le dit lui-môme : — Je n'ai pas le droit de m'opposer à la volonté du peuple 1

Partout, du reste, j'ai rencontré chez les Américains, un désir profond de paix et de bon accord entre les États-Unis et l'Angleterre. Les sentiments anti-anglais qui éclatent en certaines occasions, sont le fait, j'en ai la conviction intime, non de la population américaine native, mais d'émigrés Anglais, Écossais, Irlandais, indifférents ou mécontents, pleins de haine envers le pays qu'ils ont abandonné, jaloux de sa grandeur. Les vrais américains, surtout ceux qui portent Grant à la présidence, n'ont pour nous que bienveillance et cordialité.

La réserve de Grant, fait de lui le plus embarrassant des personnages politiques. Lorsqu'il fut question de la présidence pour Grant, nul ne savait au juste s'il était radical, démocrate, ou simplement républicain. J'ai entendu Wendell Phillips s'exprimer ainsi au sujet de Lincoln et de ses successeurs : — Nous avons débuté par un homme dont les regards étaient tournés vers le ciel ; un autre est venu qui regardait l'enfer ; maintenant, on nous en propose un, dont nul ne peut dire autre chose, sinon qu'on ne sait de quel côté il regarde (i).

Ben Wade n'était pas plus avancé : — J'ai vainement essayé,

1. Lorsque le général Grant rendit visite à Burnside — à Providence — une sérénade lui fut donnée. Grant parut àl a fenêtre et s'inclina silencieusement Mais la foule ne se tenait pas pour satisfaite, il lui fallait un discours. Grant,

disait-il, de sonder les opinions politiques de Grant. Quand je vis le courant des sympathies populaires se précipiter de son côté : Tenezvous pour Johnson, lui demandai-je, ou pour le Congrès? pour qui, enfin? — Impossible de rien tirer du général. Dès que j'abordais la politique, Grant m'offrail un cigare et me parlait chevaux.

Grant, toutefois, en a fait assez pour qu'on sache et ce qu'il est, et ce qu'on pouf attendre de lui

En 1861, Grant reprit du service dans l'armée de l'Union : — Parce que, disait-il, la patrie est en danger, et que je me sens tenu de lui offrir mon dévouement. Elle m'emploiera comme bon lui semblera. J'aimerais à commander un régiment, mais peu d'hommes en sont capables. Suis-je un de ceux-là? J'en doute.

Trois uns après, il commandait non pas un régiment, mais toute armée, et se montrait le plus capable des généraux du nord.

En 1863, Grant, avec son corps, se trouvait dans l'ouest. Une maison de commerce, aux opérations de laquelle était intéressé le père du général, s'adresse à Grant, pour en obtenir un permis spécial de trafic sur le fleuve. M. M"*, délégué spécial des commanditaires, se rend au quartier, obtient une audience de Grant, et lui présente sa requête, qu'appuie une lettre de M. Grant père.

— Monsieur, répond le général, j'aide volontiers mes amis toutes les fois que je le peux:. Cette fois, je ne le peux pas. Je suis au service des États-Unis; par conséquent, je ne dois pas favoriser un citoyen plus que l'autre.

— Mais ces nouveaux règlements, reprend M. M***: N'y auraitil pas moyen de les éluder ?

— Ni »n. .Monsieur. Prenez un permis comme les autres, trafiquez sur la rivière comme les autres, et ne me demandez pas un privi-

çnie j<' refuse à d'autres.

Sans aucune indulgence pour ceux qui prétendent aiguiser leurs

couteaux sur la meule de l'État, Grant proposa pendant la guerre,

une loi en vertu de laquelle tout fournisseur du gouvernement,

ivaincu d'a\oir livré des marchandises avariées ou frelatées,

a rail immédiatement incorporé dans un régiment : — Ou mieux

ire, disait Grant, consigné à bord de quelque vaisseau de guerre,

qui ne le lâchera pas.

Grant - il le doit peut-être à son silence — est fin observateur.

toujours muet, s'incline do nouveau, et se retirait bouche close, quand une voix de stentor s'écrie : — Seulement deux mots, général! — Non, Monsieur! rcpunl courtoisement Grant. Les reporters qui avaient suivi Grant pas à pas, en furent réduite à ce discours de deux mots.

Page 1