î • que l'Union éricaios s'est formé d'un seul
! d'une voix les lïials ont voté la Constitution, et qu'y forfaire, c'était faire acte do rérolle, — Trad.
108 LES AMI- lUC A LYS CHEZ EUX.
trnl de la question, lorsqu'il demandait : — Sommes-nous une nation ?
Le problème a été résolu une fois pour toutes, le jour où Lee s'est rendu.
Dans mon hôtel vivaient doux anciens planteurs. Possesseurs, avant la guerre, de plusieurs centaines d'esclaves, ils déclaraient, cela va de soi, le pays totalement ruiné et l'avenir des noirs aussi compromis que celui des blancs.
— L'émancipation, disait l'un, a scellé la condamnation de la race noire 1 Les nègres la déplorent : esclaves, ils étaient mille fois plus heureux ! S'ils pouvaient, la plupart d'entre eux le redeviendraient de grand cœur.
Telle était l'opinion des planteurs sur la question. J'eus envie de connaître celle des noirs. M'adressant au nègre qui me servait :
— Étiez-vous esclave, avant la guerre ? lui deinandai-je.
— Oui, M'sieu.
— On dit que vous étiez plus heureux alors que maintenant ?
— Oht non, M'sieu.
— Vous, personnellement, vous ne regrettez pas l'esclavage. Mais vos frères, votre race ?
— Ah ! M'sieu, pas un ne le regrette ! On ne peut plus nous vendre, on ne peut plus nous fouetter,on ne peut plus nous fourrer en prison. Quelques-uns d'entre nous sont très-pauvres, mais ils aiment mieux être pauvres, M'sieu, et être libres!
— Avez-vous vu le générai Lee, pendant la guerre ?
— Oui, M'sieu.
— Quelle espèce d'homme était-ce?
— Grand homme, le général Lee, M'sieu.
— Vous avez sans doute regretté sa défaite ?
— Nous ? oh ! non, M'sieu ! Nous étions joyeux, allez 1 Ce jourla, nous avons battu des mains 1
Le lendemain, comme j'allais visiter l'école normale, je rencontrai un nègre aux membres athlétiques, re\êtu du vieux manteau militaire couleur bleu de ciel. Son front était fuyant, mais son regard brillait d'intelligence. Je lui demandai mon chemin.
— Venez avec moi, Monsieur! répondit-il fièrement: Je vous conduirai. — Puis, retournant sur ses pas, il m'accompagna jusqu'à destination.
— Étiez-vous à Richmond pendant la guerre ?
— Oui, Monsieur.
— Si je ne me trompe, les confédérés armèrent les nègres avant la lin de la campagae ?
— Oui, Monsieur : ils m'ont enrôlé.
— Les aègres se seraient donc battus pour la Confédération ?
— Non, sauf pour obtenir leur affranchissement! En tous cas, nous aurions posé au Sud, comme condition, le pied d'égalité avee les blancs.
— Étiez-vous mal heureux, pendant vos années d'esclavage ?
— Oui. Monsieur.
— Frappé ?
— Non, guère. Il n'y aurait pas eu de motif pour cela : je faisais mon devoir.
— En quoi donc vous trouviez-vous malheureux ?
— rétais esclave, Monsieur.
L'école normale renferme un grand nombre d'enfants noirs. La plupart se destinent à renseignement.
Miss Canedy, la directrice, avait longtemps enseigné dans le Nord.
— Trouvez-vous, lui demandai-je, une notable différence entre les écoliers blancs et les écoliers de couleur ?
— Les enfants noirs progressent avec plus de lenteur, me répondit-elle ; mais il ne faut pas oublier qu'avant la guerre, ils ne recevaient aucun»' instruction : leur cerveau restait absolument inculte Mes quinze années d'enseignement à Boston, et mes cinq années d'enseignement ici, m'ont intimement convaincue de ce fait, qu'il ne manque aux enfants noirs, pour en faire des élèves pareils aux blancs, qu'une éducation pareille à celle que reçoivent les blancs.
Un heureux hasard me fit rencontrer M. W. H. Lee, fils du général, et commandant de cavalerie. Vigoureux, florissant, il a ce porl majestueux qui semble être l'apanage des gens du Sud. Je lui posai ma question habituelle :
— Que pensent les suddistes de l'émancipation ?
— La plupart d'entre eux s'y al tendaient, Néanmoins, une aussi prodigieuse révolution eût exigé temps et patience.
J-' fis allusion aux idées du Généra] sur ce sujet (i).
— Mon père, dit le commandant, ne traite guère les questions politiques, il a toujours désiré l'émancipation graduelle. Lors du
I ! irai Lee vivait encore — Tuad.
conflit, il voulait qu'on armât les nègres ; on a suivi trop tard ses conseils.
— Quelle impression produisait, chez vous, l'attitude de la Grande-Bretagne?
— Nos regards se tournaient avec inquiétude de son côté. Nous savions que la sympathie de certaines classes nous était acquise. Nous savions aussi que l'Angleterre ne reconnaîtrait jamais comme nation, un peuple qui maintenait l'esclavage.
Les traces de la guerre se retrouvaient partout à Richmond : cette cité si gracieuse, étagée sur ses collines, si belle encore, dans sa dévastation. Le peuple restait écrasé ; on ne s'entretenait que de la ruine du pays, que de l'avenir sans espoir. L'église presbytérienne du Rév. Dr More, où je me rendis le dimanche* ne contenait que des femmes en deuil, qui pleuraient. Et lorsque je contemplai ces pcàles visages, creusés par la douleur, je sentis, moi aussi, des larmes monter à mes yeux.
Bien qu'on s'occupât activement de rebâtir Richmond, une grande partie de la ville restait effondrée. La State House où se réunit le Congrès confédéré pendant la guerre, la Court House dont le toit enlevé, les fenêtres enfoncées, laissaient apercevoir les tuyaux de gaz tordus par le feu, tout parlait de destruction.
On me fit voir l'église épiscopale de Saint-Paul, avec sa haute flèche en fer de lance. Jefferson Davis en suivait régulièrement le culte. Il s'y trouvait le 2 avril I860, à onze heures du matin, lorsqu'un courrier, entrant précipitamment au moment où le 1 asteur lisait la Bible, remit h Jefferson la dépêche, par laquelle le général Lee annonçait que ses lignes venaient d'être rompues autour de Pétersbourg, et qu'il fallait évacuer Richmond sur-lechamp. — Les regards angoissés interrogeaient le visage de Jeffer- S"ii Davis; on sentait que quelque chose de très-grave se passait. I son, la dépêche parcourue, se leva, et sans prononcer un mot, sortit du temple. 11 ne devait plus y rentrer comme Président de la Confédération du Sud. La nouvelle se répandit, plus rapide que l'éclair. En quelques secondes, les églises se vidèrent ; le peuple effaré courait çà et là, se refusant à croire qu'il fallût abandonner la ville; que le gouvernement du Sud, après avoir offert au monde le pectacle d'une résistance héroïque, se préparât à fuir, et que la
capitale confédérée ne dût plus être, sous peu d'heures, qu'une captive aux mains de l'ennemi ! — Les rues étaient encombrées de charettes; la population affolée se précipitait vers les mêmes issues, emportant malles, caisses, valises, bagages de toute espèce. Les ténèbres descendaient. Le Conseil, réuni en assemblée secrète» prévoyant quels effroyables désordres éclateraient si le peuple se livrait à la boisson, décréta la destruction immédiate des spiritueux* Roulés par centaines à travers les rues, défoncés, vidés dans les égoûts, jusqu'à ce que ceux-ci coulassent à-pleins bords et que l'atmosphère fût saturée de leurs émanations, les barils d'eau-devie, de rhum, de liqueurs, disparurent rapidement (1). Les bouteilles de vin tombaient comme grêle des fenêtres. Par malheur, des hordes de soldats fuyards, parvinrent à s'emparer de quelques dépôts de boissons enivrantes; dès lors, tout fut au pillage, et les hurlements de la populace ivre se mêlèrent aux cris des femmes en détresse.
Ce n'était que le commencement. Tout à coup, les ténèbres s'illuminent au-dessus du fleuve ; une explosion ébranle le sol ; elle est suivie d'une seconde, puis d'une troisième, à mesure que sautent aux quatre vents des cieux les Giant Rams! — Le bruit se répand que, par ordre du général Ewell, on va mettre le feu aux dépôts de tabac ; ces dépôts sont situés au centre même de Richmond ; la population terrifiée voit bientôt l'incendie se déclarer, les rouges colonnes monter et tournoyer dans la nuit. L'aube n'avait pas encore paru, que la ville était enveloppée de flammes. A leur sinistre lueur des troupes de bandits, errant parmi les décombres, s'y faisaient un riche butin.
— Il nous semblait, s'écriait une dame de Richmond, que l'enfer fût déchaîné sur nous!
Ce même dimanche soir, l'armée fédérale charmait ses heures de veille par le chant des hymnes nationaux, ne se doutant guère de l'œuvre lugubre qui s'accomplissait non loin de là, et s'imaginant encore moins que les rebelles, après avoir abandonné leurs formidables positions, s'efforçaient d'opérer une jonction avec Lee. Vers deux heures du matin, les chants cessèrent; l'armée féodale était plongée dans un profond sommeil, lorsque Weitzel, son général, qui veillait, tressaillit au bruit d'une explosion terrible. Le Ram sautait! Détonations après détonations! Weitzel, ignorant la cause de cet infernal fracas, envoie un de ses lieutenants aux informations. Celui-ci grimpe sur la tour des signaux :
1 Voyez Pollard's History of the War, et Greeley's amcrican Confliet.
— On aperçoit, dit-il en revenant, une forte lueur dans la direction de Richmond. La ville est-elle en feu, ou non? impossible de s'en assurer I
Dès l'aurore, on sut à quoi s'en tenir. Grande fut la joie du corps d'armée fédéral, qui aussitôt marcha sur la ville. Par une étrange coïncidence, les régiments de Draper, composés d'esclaves affranchis, entrèrent les premiers à Richmond.
Durant mon séjour, la Convention constitutionnelle siégeait au State House, sous le drapeau étoile. Les délégués nègres, venus de tous les coins du pays, établis dans les fauteuils qu'occupait naguère le Congrès confédéré, élaboraient, de concert avec les blancs, la constitution nouvelle qui allait régir l'État virginien.
Voir la convention à l'œuvre, ce fut mon premier soin. La Rotonde regorgeait de nègres qui n'avaient pu trouver place sur la galerie. Les noirs, on le comprend, suivaient avec un ardent intérêt ces débats politiques auxquels, pour la première fois, leur race prenait part. Il n'y avait qu'à considérer l'assemblée, pour saisir d'un coup d'œil l'immense révolution opérée en Amérique pendant les huit dernières années. Quel spectacle , en effet, en pleine capitale du Sud, que ces noirs et ces blancs assis côte à côte ! que ces galeries où se pressaient des tètes crépues I que cet orateur couleur d'ébène qui s'adressait aux députes !
Tout se passait, du reste, avec autant d'ordre, avec autant de décorum que dans les autres Congrès législatifs d'Amérique. Quelques membres écoutaient les bras croisés; d'autres déjeunaient tout en écoutant; ceux-ci feuilletaient leurs journaux; ceux-là se consultaient entr'eux ou faisaient leur courrier ; tandis que les huissiers, chaussés de pantoulles afin d'éviter le bruit, appelés par un double claquement de mains, couraient cà et là, ^acquittant à qui mieux mieux des messages dont on les chargeait.
Juste à ce moment, l'assemblée examinait leprojet d'Introduction à la Constitution. Un délégué noir avait proposé d'y intercaler cette phrase: «Sous la sanction et l'autorité du Dieu tout-puissant.» La motion, discutée à grand renfort de discours, agitait fort le Congrès. Un membre conservateur se lève :
— Introduire le nom de Dieu dans un pareil document, dit-il, c'est violer le commandement qui défend de prendre en vain ce nom sacré ; car.... c'est en vain que travaille la Convention t
Là-dessus, émoi général! Plusieurs des représentants quittent
leurs places ; l'agitation devient telle que le Président, occupé à grignoter je ne sais quel morceau friand qu'il a tiré d'un cornet de papier, frappe le pupitre avec son marteau, et se hâte de remettre le cornet en poche, attendant un moment plus favorable pour en savourer le contenu. — Le tulmulte apaisé, M. X"% autre délégué noir, amende la phrase discutée, tout en maintenant la souveraineté de Dieu. Il parle avec conviction, avec sérieux, comme tous ceux de sa race :
— Dans certains tribunaux de la Virginie, s'écrie-t-il, on a deux Bibles: l'une réservée aux blancs, l'autre sur laquelle jurent les noirs. On ne nous permet pas de baiser la même ! C'est outrager Dieu, c'est se rire de nous ! Les noirs ont joué un rôle important dans l'histoire; toujours les blancs les ont refoulés à l'arrière plan. Les blancs s'efforcent, à l'heure qu'il est, de les y maintenir. Qui tomba à Boston, avant qu'éclatât la révolte? Qui, sinon Mattox ? or Mattox était un noir. Pendant deux cents ans, l'esclavage a englouti, loin de tous les regards, un prodigieux total de forces et de vaillances. Mais Dieu a rendu la liberté aux noirs ! Et je veux! poursuivit l'orateur avec une sauvage énergie, levant ses deux bras au ciel : Je veux que la puissance de Dieu soit reconnue. Je veux que mes enfants, lorsque je ne serai plus, sachent que moi, et d'autres noirs avec moi, nous avons établi cette Convention!
Un autre représentant prend la parole. Les mains dans les poches, il dit avec une parfaite insouciance, que tout ce qu'on vient d'avancer à propos de l'introduction de la Divinité dans la Constitution, lui parait un babil absolument inutile; mais que, si cela peut faciliter les affaires, il vote pour la phrase en question, et que chacun s'en aille chez soi ! La phrase ne fera de mal ni à l'État, ni aux citoyens. Quant à ces derniers, Dieu leur survivra, trèsprobablement !
Je vis pour la première fois à Richmond, un fighting editor — éditeur combattant — spécialité tout américaine. Le gentleman en question appartenait à l'État-major du Richmond Despatch. Il s'était, peu de jours auparavant, battu avec un confrère éditeur, lequel devait à son humeur duelliste ce surnom: Pollard-pistol. — Pollard pistolet (1).
1. Pistol-Pollard a été tué depuis lors par un citoyen, dont il avait attaqué l'honneur dans son journal.
Un ami de l'éditeur, me conduisant au bureau du Despatch, m'introduisit dans un cabinet assez misérable, sanctuaire du rédacteur. Des piles de journaux encombraient le plancher. La table, couverte de livres et de manuscrits, disparaissait à moitié sous des papiers de toute espèce. Sur une autre table, dans le coin, j'aperçus un vieux manteau confédéré, gris-bleu, bordé d'éearlate, et un revolver posé tout auprès.
Devant le feu se tenait l'éditeur, petit homme pétulant, l'œil vif, l'extérieur distingué, le cigare aux lèvres. Son chapeau, rejeté en arrière, laissait voir une belle figure et un large front intelligent.
— Bonjour, Colonel ! fit mon cicerone.
Le colonel répondit par une poignée de mains. En apprenant qui j'étais, il me posa une série de questions sur l'Ecosse, me montra plusieurs livres anglais, puis déroula sous mes yeux une magnifique gravure: le portrait de Stonewall Jackson, qu'il venait de recevoir d'Angleterre.
— Avez-vous connu le général? lui demandai-je.
— Si je l'ai connu î J'ai fait avec lui mon éducation militaire à Lexington. Trois jours après le vote de la Secession ordinance, j'entrais dans l'armée. Si j'ai connu le général 1 c'est sous ses ordres que je me suis battu !
M. -V** aborda l'épisode récent du duel au pistolet.
— Oh! s'écria le colonel : une bagatelle! Pollard avait inséré un faux rapport dans son journal ; je l'avertis dans le mien qu'il eût à prouver ce qu'il avançait, sous peine de passer pour un menteur. Le jour suivant, je traversais la Rotonde ; j'entends près de moi, un premier coup de feu, immédiatement suivi d'un
uid. Je me retourne, et je vois Pollard qui, pour la troisième fois, m'ajustait. J'avais sur moi ceci — le colonel jeta un regard négligent sur son revolver — à mon tour je tirai deux coups, mais sans atteindre Pollard. On nous sépara. — Dans notre vocation, ajouta le colonel, il faut savoir manier le pistolet aussi bien cue la plume.
Pendant mon voyage - Sud et Sud-Ouest —j'ai rencontré plus d'un fighting -editor. Certains grands journaux, affirme-t-on, s'attacii'-ni .11 cette qualité quelque duelliste émérîte. Un writing editor — éditeur rédacteur voua maltraite-t-il dans sa feuille ? allezvous, à lamanière suddiste, lui en demander raison? 11 vous adresse tout droit au fighUng-editor : le gentleman chargé du département coups de Lu, lequel se tient prêt à vous envoyer, par ma-
nière de réparation, trois ou quatre balles dans le corps (i). Faute de fighting -editor, le w rt ting -editor ne fait pas mal d'avoir de bonnes jambes. — Un journaliste de l'Arkansas avait énergiquement attaqué les maisons de jeu. Grand scandale dans la population 1 Notre rédacteur travaillait le lendemain dans son bureau, lorsqu'il entend des pas lourds retentir sur l'escalier. La porte s'ouvre, un individu sinistre apparaît, armé d'un énorme gourdin
— Étes-vous l'éditeur du journal? deriiande le quidam.
— Avez- vous quelque chose à lui dire ? répond le rédacteur.
— Oui.
— Il est occupé dans ce moment. Veuillez prendre un siège ; j'irai le prévenir.
Sitôt le visiteur confortablement installé, notre journaliste descend l'escalier quatre à quatre. Mais voilà qu'au bas de la dernière marche se tient un autre personnage, appuyé sur un autre gourdin!
— Où est l'éditeur ? crie le drôle numéro deux.
— Vous le trouverez assis dans son cabinet, là-haut ! fait notre rusé compère, en désignant la pièce où il avait laissé le vaurien numéro un — : Mais, croyez-moi, ne l'agacez pas; il n'a pas l'air commode 1
— Je le lui ferai passer, son air pas commode, et plus vite que ça! vocifère l'homme qui gravit l'escalier en trois bonds.
Notre éditeur, à peine dans la rue, entend un tapage infernal. Les deux malotrus, se prenant l'un l'autre pour le journaliste, se gourdinaient à qui mieux mieux.
Le Mississipi a son histoire à peu près analogue, sauf le dernier mot, comme vous l'allez voir. — M. X*" journaliste, avait publié un article des plus satiriques contre M. Y*°, grand coureur de places. A peine l'article paru, M. Y*** se présente chez l'éditeur, son rotin dans une main, le fameux article dans l'autre. Une bordée de jurons lui sert de préambule ; après quoi, il pose cette alternative à l'éditeur terrifié : Avaler son article sur-le-champ, ou recevoir une volée de coups de bâton t Le dilemme était embarrassant ; M. X*** avala son article pour sauver son dos.
1. L'Amérique n'a pas le monopole des fighting-eâitors. On se souvient de la caricature parisienne : On bureau de journal. Le plaignant, courroucé, ouvre la porte: « — Où est le rédacteur en chef? » — Debout, tout à coup redressé, un bretteur, redingote boutonnée jusqu'au menton, des moustaches grosses comme le poing, toisant l'intrus du haut de ses six pieds cinq pouces, répond gravement : « — C'est moi que je suis le rédacteur en chef ! » — Trad.
La fabrique de tabac de Cameron — Richmond — est la seule où les presses hydrauliques remplacent les anciennes presses à main(l). Le bâtiment a plusieurs étages, divisés chacun en nombreux compartiments. La feuille y arrive sèche, pour en ressortir sous forme de tabac à fumer ou il chiquer. Lorsque je me rendis à la manufacture, c'était le soir. Les ateliers, immenses, remplis d'ouvriers plus noirs que la nuit, présentaient un aspect fantastique.
Dans la première salle, des négresses accroupies sur le plancher, séparaient les feuilles de tabac agglomérées en masses compactes. Dans la seconde, les ouvrières dépouillaient de leurs tiges les feuilles qui, de là, vont passer entre les mains de enrouleurs (2). Dans la troisième : la twist-room, cent cinquante ouvriers et ouvrières, assis les uns vis-à-vis des autres le long de tables étroites, roulaient la feuille avec une étonnante dextérité, tout en chantant à gorge déployée.
— Combien gagnent vos gens ? demandai-je à M. Cameron, qui avait l'obligeance de m'accompagner.
— Deux cents (3) par livre de tabac. C'est la paie d'hiver, la basse paie. Nous maintenons le travail, même dans cette saison morte, pour leur entretenir la main. En été, lorsqu'il y a presse, le salaire est presque doublé.
— Avant la guerre, vos ouvriers étaient-ils esclaves?
— La plupart d'entre eux, oui. J'en possédais un certain nombre ; les autres m'étaient loués par leurs propriétaires.
— Comment travaillent-ils depuis l'émancipation?
— Mieux qu'avant. La rémunération les stimule; ils accomplissent leur tâche avec plus d'entrain.
— Mais vous-même, Monsieur, que pensez-vous du travail volontaire ?
— Je le préfère hautement au travail esclave. Pour rien au monde je ne voudrais revenir à l'ancien régime. Avec le système libre, non-seulemen1 la main-d'œuvre nous coûte moins, mais nous l'obtenons plus aisément, Jadis, on ne maintenait l'ordre qu'au moyen du nerf de bœuf: qu'un homme se montrât paresseux , rétif, le fouet seul en avait raison. Vous l'aviez acheté six