Mur de roche
2. Je vis pour la première fois ce manteau à Charlotte — Caroline du Nord. — Il me fut donné dans la suite, comme un souvenir sacré, par celle que Jackson chérissait plus que la vie.
STONEWALL JACKSON. 145
ricksburg. Hooker enserrait l'armée suddiste du côté de Chancellorsville. Les épaisses forêts de cette région avaient été fauchées. Devant le front, que commandait la position fédérale, les bois abattus formaient un impénétrable rempart ; en arrière, s'élevaient les retranchements de l'artillerie ; sur les collines, étincelaient les canons fédéraux:. — La situation de Lee était critique. Hooker occupait sa ligne de retraite ; attaquer Hooker de front, autant valait marcher au dés tstre. Stonewall Jackson, aussi fertile en expédients que prompt à les exécuter, suggère un silencieux mouvement sur la gauche. Hooker pris et de flanc, et par derrière, sera contraint de changer son plan de bataille : il tournera forcément le dos ;\ son imprenable position !
Tandis que Jackson tentait, avec trois divisions, cette périlleuse entreprise, Hooker, complétant ses arrangements stratégiques, croyait déjà tenir l'armée confédérée. Le vendredi, il avait télégraphié à Washington: « Préparez le Nord à un triomphe splendide t » — Le dimanche, Stonewall Jackson, avec ses 23,000 hommes, tombe comme une avalanche sur le corps de Howard — le 11°, les Vétérans de Siegel t — Alors, eut lieu une des plus effroyables scènes de la guerre.
Pris par surprise, le 11e corps recule sur le centre de Hooker ; des centaines de chevaux démontés galopent ça et la, éperdus de terreur; l'infanterie bat en retraite ; les caissons d'artillerie,* les voitures d'ambulance, les canons, se précipitent et s'enchevêtrent, tandis que les hommes, saisis de panique, broyés sous le feu de l'ennemi, courent au hasard, poursuivis par les hourrahs des confédérés victorieux. — Howard, avec quelques officiers, s'efforçait en vain d'arrêter la déroute.
La nuit tombait. Jackson, résolu de compléter sa victoire, ordonne à la division A. P. Util de s'élancer en avant, et de prendre Rhode: — La division ne tirera, dit-il, que « si un corps de cavalerie arrive dans la direction de l'ennemi t » — L'ordre donné, Jackson part en reconnaissance. Les forêts et l'obscurité l'empêchent de distinguer les positions ennemies. Il pousse en avant, et sans prendre souci du danger, dépasse la ligne des escarmoucheurs.
— Général 1 s'écrie un des officiers : Yous ne devriez pas être ici t
— Bah! il n'y a plus de péril, répond Jackson. L'ennemi recule. Rebroussez vivement, et dites à A. P. Ilill de se hater !
Les ténèbres enveloppaient tout, lorsque le général, entouré de son état-major, se replie enfin. Le corps de A. P. Hill, qui s'avançait au galop, aperçoit tout à coup ce détachement de cavaliers.
Au cri : Cavalerie t une grêle de balles s'abat sur la route. Les deux mains de Jackson sont fracassées ; une balle l'atteint à l'épaule, brise l'os et coupo l'artère, pendant qu'une branche d'arbre le frappe violemment et l'abat de cheval.
— Je suis tué par mes hommes I dit le général au capitaine qui s'agenouille près de lui.
Entre deux feux, celui du Sud, celui du Nord, on place Jackson sur une civière. L'un des porteurs tombe, mortellement frappé ; il faut attendre pour le remplacer que le feu se ralentisse.
— Qui emportez-vous là? demandaient les troupes, voyant passer le lugubre cortège.
— Chut I faisait tout bas Jackson : Ne leur dites pas que je suis blessé !
Le lendemain, on se battit avec rage. Stonewall Jackson, étendu mourant à Wilderness, entendait le grondement lointain du canon. Espérant guérir de ses blessures, il demandait avec anxiété au docteur, combien de temps elles le retiendraient prisonnier? — Mais le héros avait livré son dernier combat. Les champs de bataille ne devaient plus le revoir.
Entouré des soins de sa femme bien-aimée, accourue à la hâte, Jackson ne proféra ni plaintes, ni murmures : — Dieu sait ce qui vaut le mieux! dit-il.
Dans un dernier entretien avec l'aumônier, Jackson lui fournit le texte de son sermon du jour : — « Toutes choses contribuent ensemble au bien de ceux qui aiment Dieu (i). »
Mm9 Jackson, déchirée, vint avertir son mari que tout espoir de guérison était perdu, que la fin approchait.
— Bon I répéta joyeusement le général : Dieu sait ce qui convient le mieux ; tout est bien t
Après un instant de silence :
— Enterrez-moi à Lexington, dans la vallée de Virginie! Jackson s'affaiblissait rapidement; son esprit errait. Soudain, il
relève la tête, comme pour écouter. L'ancienne expression belliqueuse éclaire ses traits ; il s'écrie:
— A. P. Hill ! préparez-vous !
La flamme s'éteignit, la tête retomba, une paix céleste se répandit sur le visage. Quelques secondes plus tard, Stonewall Jackson avait cessé d'exister ici-bas.
Ainsi mourut le plus grand héros du Sud. Avec lui s'évanouirent les succès de son parti. Ni les batailles, ni les prodiges de valeur