Voici quelles branches comprennent ces trois années
Première année. Lecture, analyse des sons et gymnastique vocale ; écriture ; orthographe et définitions; éléments d'arithmétique orale et écrite; éléments de grammaire ; géographie physique enseignée avec cartes ; chant ; exercices de rhétorique ; exercices généraux ; gymnastique.
Deuxième année. Études de la premiere année poursuivies ; lectures diverses; grammaire et analyse; correspondance et composition; premieres notions d'affaires commerciales; cours de physiologie; cours d'agriculture et de chimie agricole, avec analyse des terrains; chant; gymnastique; exercices rhétoriques généraux; exercices d'enseignement.
Troisième année. Lectures générales; compositions et récitations; instructions sur les différentes méthodes d'affaires et la tenue des livres ; exercices d'arithmétique écrite et orale; géographie; sciences naturelles; cours d'agriculture et de chimie agricole, accompagné d'expériences faites par les étudiants; exercices rhétoriques ; gymnastique ; exercices d'enseignement ayant pour but de développer chez les élèves la facilité d'élocution ; leçons données par eux aux écoles modèles de Butler et de Lincoln, dans le voisinage de l'institution.
PLAN LE l/ AMERICAN MISSIONARY ASSOCIATION. 173
voirs et aux lectures. Les jeunes filles suivent les classes, font le ménage, cousent, tricotent et confectionnent des vêtements. Une école normale, ouverte à celles qui désirent se vouer à l'enseignement, a déjà formé des institutrices distinguées.
L' American missionary Association ressemble, on le voit, au Freed/man's Bureau, Elle travaille de concert avec l'agence gouvernementale dont le chef — général Howard — s'est toujours montré l'ami sincère de cette œuvre sœur.
Ce qui distingue l'Association, c'est son caractère essentiellement missionnaire. Quiconque connaît le caractère du nègre, comprendra l'extrême importance de ce fait. La nature impressionnable du noir, qui fait sa force, fait aussi sa faiblesse. Je n'ai jamais rencontré plus ardent enthousiasme chrétien, qu'au milieu des affranchis. Mais de là, à convertir la religion en une sorte d'excitation extatique, de là à transformer les actes du culte en scènes de démence, il n'y aurait qu'un pas. Le nègre, accessible à toute influence, subit la mauvaise comme la bonne : il est donc indispensable de donner des bases solides à sa piété.
Sagement dirigé, l'enthousiasme religieux des nègres apportera un élément d'expansion et de vie à la chrétienté américaine ; sans compter que sous l'aile de la Missionary Association, se préparent les messagers qui, bientôt, iront porter l'Évangile au continent africain.
— Monsieur ! me disait un des agents de l'Association : Depuis huit ans, je travaille parmi les nègres. Mon cœur est plein d'espoir. Ils réclament à grands cris l'éducation et l'Évangile. Si nous leur donnons ce qu'ils demandent, nous aurons des milliers de noirs à l'œuvre, ici, parmi leurs frères, et des milliers en Afrique^ parmi les païens (1).
i. V American Missionary Association dépense annuellement 350,000 dollars. Cette somme lui est fournie par les chrétiens américains et anglais.
LA CAROLINE OU \oitD EX SES III. S,
Je consacrai quelques semaines à parcourir la Caroline du Nord.
Cet État, grand à peu près comme l'Angleterre, abonde en ressources qui, tout ancienne qu'est la colonie, demeurent encore sans emploi.
Cependant, les Caroliniens se réveillent ; l'esclavage ne retarde plus leurs progrès. Ils ont sous la main de l'or, du fer, du charbon, de l'orge, du blé, du seigle, du maïs et du lin. Leur contrée l'emporte sur la Virginie par ses cotons, sur la Caroline du Sud par ses tabacs, sur le Tennessee par son riz. Elle possède, en outre, de vastes forêts de pins résineux, qui donnent une quantité considérable de tbérébentine, de poix et de planches. De là, le surnom de r Etat-poix ; et celui de talons poisseux, donné aux Caroliniens (1).
La thérébentine se récolte ici par le même procédé que dans les Landes.
On a essayé d'utiliser certains sols sablonneux, en y plantant une espèce de vigne : Scuppernong, qui prospère dans les terrains où rien d'autre ne saurait croître, et dont le raisin donne un vin couleur paille, fort agréable au goût. Cette tentative va remettre en valeur des localités perdues pour l'agriculture; déjà, elles produisent un revenu significatif. Quelques propriétaires vont jusqu'à penser que le Scuppernong remplacera bientôt le coton, dans la Caroline du Nord.
La Caroline a de larges courants d'eau. Les steamers de faibl
i. Pendant la guerre, c'était une inépuisable source de quolibets: — Dites donc, avez-vous encore du goudron? — criaient les Virginiens à un régiment de la Caroline du Nord. — Non, le général Lee l'a réquisitionné! — Pourquoi faire? — Pour enduire vos remparts. — Nos remparts! et pourquoi? — Pour faire tenir les soldats Virginiens à leur poste !
tirant remontent la Cape Fear River jusqu'à FayetteyiUe. Mais les écueils et les bancs de sable qui encombrent l'embouchure de ses fleuves, en renflent la navigation difficile. Ils ne sont pas pour élit1 : < des chemins qui marchent », et, contrainte de faire passer nne forte proportion de ses produits par la Virginie et la Caroline du Sud, la Caroline du Nord perd, au profit de ces deux États, une partie des bénéfices de l'exportation.
A Raleigh — siège du gouvernement de la Caroline — comme à Richmond, une Convention réunissait noirs et blancs dans YAssemblij House. On y révisait la Constitution. L'agitation était à son comble. Le pays s'accoutumait difficilement aux droits des nègres, et l'assemblée venait d'exclure du banc des reporters, un rédacteur du North Carolinian :
1° Parce que ce journal intitulait son compte-rendu quotidien : Bones and Banjo Convention ;
2° Parce qu'il ajoutait le mot nègre, au nom de chaque délégué de couleur.
3° Parce qu'il appelait les délégués noirs par leur nom de baptême, comme au temps de l'esclavage.
Je me trouvai, sans le vouloir, mêlé au mouvement. — L'Union chrétienne des jeunes gens de Raleigh m'avait demandé une conférence au bénéfice des pauvres. Il s'agissait d'obtenir à cet effet la grande salle de Y Assembly House. J'assistais aux débats de la Convention, lorsqu'arriva la requête de l'Union. Le président venait d'y acquiescer. Un nègre se lève :
— Les noirs seront-ils parqués àpart ? demande-t-il : Les noirs ont le droit, tout comme les blancs, d'occuper les places du centre. Si on les relègue sur les galeries, je m'oppose au prêt de la salle 1
Aussitôt, clameurs, interpellations, noirs et blancs aux prises l — Sur ces entrefaites, on apprend que le gouvernement met la Chambre du Sénat au service de l'Union — c'est là que se tint le meeting — l'agitation s'apaise. Mais le lendemain, les journaux relevant l'incident, s'indignaient de l'audace des nègres, qui avaient prétendu à l'égalité sociale, après avoir obtenu l'égalité politique !
De Raleigh, je me rendis à Charlotte, florissante petite ville, célèbre par la déclaration d'indépendance de Mecklemburg, en 1775.
Charlotte, grace au pitoyable état de ses routes — disent les malins — a vu passer loin d'elle l'armée de Sherman. Elle n'est donc ni dévastée ni ruinée.
Ce fnt à Charlotte que je rencontrai le général Hill, beau-frère de Stonewall Jackson, l'un de ses commandants en chef, ainsi que le capitaine Joe Morrison, son autre beau-frère, officier d'état-major. Hill éditait alors le journal The Land we /oye— le pays que nous aimons — et le capitaine, jeune homme aux yeux bleus, au teint délicat, rédacteur en second, se préparait à partir pour la Californie.
Hill, petit, leste, actif, résolu, passe pour avoir un courage qui va jusqu'à la témérité.
— Je n'ai jamais rencontré, disait le colonel Hall, un de ses officiers, d'homme qui envisageât si froidement la mort. Je l'ai vu, lors de la bataille de Seven Pines, passer et repasser entre les deux armées, au pas lent de son cheval, le cigare à la bouche, sous un feu d'enfer I Et comme on lui reprochait plus tard cette bravade militaire : — C'est à dessein que je l'ai fait 1 dit-il. Nos hommes hésitaient, il fallait les lancer !
Hill, qui ne ménageait pas plus ses soldats qu'il ne s'épargnait lui-même, exécutait, coûte que coûte, des charges furieuses, tant que restait une chance de succès.
Type de cette souplesse d'aptitudes qui caractérise les Américains, le général, ancien presbytérien du Sud, a été avant la guerre, d'abord juge, puis avocat, puis professeur de mathématiques à Lexington. — On lui doit un livre très-remarquable sur la crucifixion de notre Sauveur. Il s'y place au point de vue juridique, procède comme s'il s'agissait d'une cause criminelle à instruire devant la Cour d'assises, en réfère aux témoins, examine, compare, et prouve l'authenticité du récit évangélique (1).
J'eus le plaisir de rencontrer à Charlotte, Z. B. Vance, l'un des orateurs les plus réputés, l'un des meilleurs politiques de la Caroline du Nord.
Vance est le favori du peuple. Dès qu'il s'agit d'un emploi de quelque importance, le peuple vote pour lui. Porté, dans je ne sais quelle circonstance, contre le colonel C***, Vance voit arriver le colonel, en pleine réunion électorale, armé d'une énorme cruche de wisky t Ceci menaçait fort le succès de Vance. Les électeurs se tournaient insensiblement vers le colonel et'sa cruche, désertant l'un après l'autre l'orateur, qui bientôt reste seul, en face d'une poignée d'auditeurs plus ou moins distraits. Il s'agissait de jouer
1. Un volume du même genre sur la Résurrection allait paraître, lorsque la guerre en prévint la publication.
le tout pour le tout. Vance interrompt son discours, déclare qu'il éprouve une certaine raideur dans les jambes, et propose de sauter pour se dégourdir ! Les Américains ont la passion de l'imprévu, du grotesque ; l'absurdité même de cette proposition la fait accepter. — On tire une ligne sur le terrain, et Vance, ;i\<v ses quelques partisans, de sauter à qui mieux mieux! Athlétique, passé maître en fait d'exercices du corps, ses exploits attirent l'attention du parti opposé. Un mouvement s'opère, les électeurs du colonel arrivent à la file, s'amassent autour des sauteurs, et le colonel de rester seul à son tour, en face de sa cruche vide ! Le pauvre homme n'avait qu'un parti à prendre : suivre ses gens, tenter de les ramener.
— Voici le colonel f voici le colonel ! crie une voix. Place au colonel ! Le colonel va sauter !
— Moi ? Jamais ! Ce procédé est contraire à toute dignité.
La remarque, au moment où les citoyens les plus honorables venaient do sauter le pas, était malencontreuse.
— Ah ! votre dignité vous empêche de faire ce que nous faisons ! s'écrie un électeur : Alors, votre dignité vous empêche de convenir au pays !
— Ce n'est pas ce que je voulais dire ! balbutie le colonel : Je sauterai, si vraiment les électeurs le désirent.
Au milieu d'applaudissements prolongés, la foule apaisée forme un cercle immense.
— Celui des deux candidats qui sautera le plus loin, sera nommé séance tenante t — crie la même voix.
— Approuva
Hélas t pauvre colonel ! — Gauche, raide, novice à cet exercice, il se vit du premier bond distancé par son rival.
— Ce jour-là, dit Vance : je sautai à pieds joints dans mon emploi f
Accusé de négliger ses devoirs officiels, Vance, en une autre occasion, courait grand risque de n'être pas réélu. Son antagoniste — qui ne ménageait pas les termes — le comparait, avec un torrent d'invectives, à l'arbre stérile de l'Écriture, bon tout au plus pour la cognée et pour le feu.
— Vous oubliez, Monsieur ! repartit Vance, la fin de la parabole : Lorsque le propriétaire décréta la mort de l'arbre, le jardinier, qui ('-tait un homme sage, lui dit: — Laisse-le encore une année, a lin que je le déchausse et que j'y mette du fumier. — Or, poursuivit Vance, mon honorable compétiteur de l'année dernière s'est chargé de creuser le terrain autour de l'arbre ; celui de cette