‹ Les Américains chez eux d'après l'anglaisChapitre 42 sur 138 · MARINE ET CAVALERIE CONFÉDÉRÉES · texte numérisé non relu

MARINE ET CAVALERIE CONFÉDÉRÉES

— Et cependant, poursuivit le capitaine avec fierté, la flotte confédérée, toute misérable qu'elle lut, s'est acquis une place dans l'histoire. A nous l'honneur d'avoir, en prouvant l'invulnérabilité des vaisseaux cuirassés, changé la marine du monde ! Cela, c'est l'œuvre du Merrimac. Avec notre poignée de légers croiseurs, en dépit des vaisseaux de guerre fédéraux qui couraient les mers, nous avons balayé le commerce du Nord.

Et le capitaine Maffit osait, en plein dix-neuvième siècle, regretter l'usage barbare des prises maritimes dans les ports neutres: « Grâce auquel, disait-il, matelots, officiers et gouvernement, auraient réalisé d'énormes gains ! »

Le général confédéré Ransom, commandant de la cavalerie du Sud, se trouvait en même temps que moi à Wilmington, 11 par. lait avec enthousiasme de ses escadrons.

— Presque tous, s'écriait-il, composés de fils de famille, admi. rablement montés, cavaliers consommés dès l'enfance, bons chasseurs, habiles au tir, pleins d'élan 1 Avec la discipline, ma cavalerie aurait été la première du monde. Mais la discipline manquait Par légèreté, par négligence, faute d'avoir compris à temps le sérieux de la situation, nous avons perdu la bataille ; et notre cavalerie, au lieu de remplir dignement son rôle, est levenue — en quelques cas du moins— la honte de notre armée du Sud.

PartoutJ'entendis confirmer ce jugement. Lors des premières hostilités, la cavalerie confédérée était infiniment supérieure à la cavalerie fédérale,recrutée en grande partie parmi des hommes qui savaient à peine se tenir à cheval (1). Mais chaque année la cavalerie du Nord s'améliorait, tandis que celle du Sud déclinait, si bien que sa parfaite inutilité était passée en proverbe dans le Sud, et que l'infanterie riait à cœur joie aux dépens de ce malheureux corps (2).

1. On reconnaissait de tout loin un cavalier du Nord, me disait Mme X'** : il avait l'air d'une sauterelle !

2. Lorsque, pour laisser avancer l'infanterie, on rejetait la cavalerie à l'arrière-garde, les troupes la saluaient des cris de: — Oh! oh! lea hommes de paille! Noos allons nous battre, puisqu'on déblaie If chemin] — Le pauvre dragon qui devait passer seul devant quelque régiment de milice, eut sans doute préféré essuyer le feu d'une batterie fédérale.

Voici un échantillon do ces plaisanteries au gris sel.

i'n fantassin du Sud au Dragon . — Hé ! m'sien ! avez-vous jamais vu un Yankee?

Le Drai/on sèchement: — Oui, j'ai vu un Yankee, et des Yankees!

l.r Fantassin : — Alors, votre cheval était boiteux?

Est-il besoin de le dire ? En fait de bravoure, la cavalerie se montrait, à l'occasion, égale à l'infanterie. Les bauts faits de Ashby, de Stuart, de Hampton — bataille de Kelly's Ford, sous Stuart ; du Dépôt, sous Wade Hampton — ne sauraient s'oublier. Le général Ransom disait que, dans les combats, il se donna quelques beaux coups de sabre, mais que l'arme redoutable était le pistolet. Il affirmait que les revolvers confédérés provenaient tous de la cavalerie fédérale, et qu'avant la fin du conflit, la moitié du Sud était armée aux frais du Nord :

— Un jour, racontait le général, je me trouvais dans le bureau de Jefferson Davis, lorsqu'on lui remit une dépêche chiffrée. 11 la passe à son aide de camp, avec ordre delà traduire. Au bout de quelques instants, la dépêche lui revient. A peine Davis y a-t-il jeté les yeux, qu'il se lève, l'œil étincelant, se prend la tète à deux mains et s'écrie :

— Pourquoi ne s'est-il pas battu ? Pourquoi donc ne s'est-il pas battu ? Chaque pas en arrière provoque de pires dangers !

Par un violent effort sur lui-même, Jefferson recouvre quelque calme et relit la dépêche.

— Il se dit pris de flanc ! de flanc ! Pourquoi, lorsque Sherman divise son armée, ne pas se jeter sur lui et le détruire ? Allons ! Inutile d'en plus parler ! — Jefferson me tend la dépêche. Elle était du général Joe Johnston. Le général annonçait que, pris de flanc, il avait dû abandonner Dalton, Georgia, et que cinq mille hommes de 1' Arkansas, du Tennessee et du Missouri, avaient déserté 1

Un autre soldat : — Tu n'avais pas tes éperons, dis, ce jour-là?

Les dragons s'égayaient parfois à leurs propres dépens. — Un cavalier voyageait en chemin de fer avec deux amis, soldats d'infanterie. Un baby, qui se trouvait dans le même waggon, commence à crier ; il réclamait sans doute ce que M Mica-wber eût appelé : « la fontaine maternelle ». Ses pleurs éveillent un second baby, lequel s'évertue à son tour. Les soldats, tout en hésitant, de peur d'offenser les mères, parlent de passer dans un autre compartiment :

— Allons, camarades ! fait le dragon : Laissez-moi commencer la retraite ! Ne suis-je pas accoutumé à filer, sitôt que linfanterie ouvre le feu ?

Lorsque la cavalerie du Mississipi, fuyant de Corinth, eut rejoint l'armée de Pendleton à Grenade, un gamin arrive à cheval, criant qu'il apporte d'importantes nouvelles.

— Quoi donc ?

— Grant a envoyé un parlementaire.

— Grant? Que veut-il ?

— Il annonce qu'il va bombarder Grenade, et comme il entend mener la guerre en homme civilisé, il vous prie de faire sortir les femmes, les enfants, et la cavalerie du Mississipi!

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