Ou la première négresse ! — Trao
2. Quelque pitié qu'inspire l'infortune, il est impossible de méconnaître ici le juste châtiment de l'iniquité nationale : choyée, conservée, défendue à outrance par le Sud. — Trad.
3. Sauf les propriétés des rebelles les plus marquants, confisquées par lo gouvernement.
Beauregard, s'était fait maître d'école. D'autees tenaient boutique, •Mitaient de petits journaux, gagnaient leur pain en qualité de commis, ou môme de journaliers ! Trois gentlemen de ma connaissance, le premier général, le second capitaine, le troisième lieutenant, vivaient ensemble dans une chétive maisonnette de bois, dont ils auraient à peine fait jadis un logement de service. Les deux premiers travaillaient au bureau du chemin de fer ; le troisième, en quête d'occupation, passait et repassait durant ses courses infructueuses, devant le somptueux hôtel que naguère il habitait.
Dans sa pénurie, plus d'un propriétaire vendait quelque portion du bien patrimonial, afin d'avoir de quoi payer l'impôt.
Les gouvernants de la veille — comble d'humiliation — se voyaient privés de leurs droits électoraux, tandis que leurs esclaves, ceux que deux ans auparavant ils achetaient et vendaient comme vil bétail, devenus libres, recevant le droit de suffrage, travaillaient à la constitution qui, désormais, allait régir les blancs et les noirs.
Pour le coup, la charrue avait fait son œuvre.
Le Sud se relèvera. En vertu de leur supériorité même, les hommes supérieurs se remettront debout.
Mais il faut que ces hommes acceptent le régime nouveau, avec ses conditions nouvelles. Le Sud de i860 est mort; les choses vieilles ont passé, une jeune création les remplace. Dans l'État même qui, pour maintenir l'esclavage, déclara la guerre : dans la Caroline du Sud, cent vingt et un nègres siègent au corps législatif. L'un d'entre eux remplit les fonctions de secrétaire d'État, tandis que, par un de ces justes retours que l'histoire met parfois sous nos yeux, un autre nègre, délégué du Mississipi au Sénat, s'assied à la place même qu'occupait Jefferson Davis !
L'ÉMWCIPVTIOV DES BLANCS.
Malgré les convulsions qui ont secoué les habitants du Sud, malgré les pertes que leur a fait subir l'abolition de l'esclavage, je n'ai entendu personne, au Sud, regretter l'émancipation.
Le Sud ressemble à un homme contraint de passer, malgré lui, par quelque opération douloureuse. Il croyait en mourir, il n'est pas encore bien sûr d'en guérir, mais en attendant, il se sent soulagé.
Aux temps prospères de l'institution, la tâche était lourde pour les planteurs. Ceux qui regardaient les noirs comme des êtres doués d'une came immortelle, sentaient ppser sur eux une double responsabilité : il s'agissait de pourvoir aux besoins matériels et à la vie morale de ce bétail humain. Ceux pour qui le nègre n'était qu'un outil à cueillir le coton ou à broyer la canne à sucre, n'en devaient pas moins nourrir et vêtir ces machines,qui avaientfaim el <jui avaient froid.
Durant les chômages, durant les crises industrielles, un manufacturier ferme sa fabrique et congédie ses ouvriers ; le planteur n'en pouvait faire autant ; force lui était de garder, sa propriété noire, et de lui donner à manger. Chaque décès, chaque évasion, représentait pour lui une perte de cinq cents à mille cinq cents dollars (1). Sans compter les paresses, les mauvaises volontés, les velléités d'indépendance a punir! Le fouet — et je ne parle pas de ornantes atroces, dont jamais on ne saura la tragique histoire ici-bas— le fonet était le régime commun. Un nègre prenait-il la fuite? on lançait les chiens après lui; ramené, on lui administrait
1. Il faut croire que, tout pesé, MM. les planteurs trouvaient leur compte au maintien de l'esclavage, puisqu'ils l'ont défendu au prix du meilleur de leur sang. — Trad.