Disons simplement la torture. — Trad
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notre organisation sociale, politique et commerciale, que l'abolir, c'eût été, nous le pensions, la ruine totale des noirs et des blancs. Que de fois j'ai supplié Dieu de nous arracher à cet abîme! Et maintenant que le fait est accompli, bien qu'il le soit de la manière la plus dure pour nous, je bénis Dieu d'avoir exaucé ma prière f
La guerre a délivré le Sud d'un autre fardeau non moins lourd : le mépris universel. Bons ou mauvais, les propriétaires d'esclaves se voyaient tous englobés dans la même réprobation. Elle les atteignait chez eux ; elle les flagellait à l'étranger. Ils étaient mis au ban des nations; ils le savaient et ils en souffraient.
M. M***, faisant son tour d'Europe, dînait en 1858 chez un riche Ecossais. On parlait de l'Amérique. M. M*** laisse échapper ces mots : mes esclaves. Aussitôt, les dames se lèvent et quittent la table! — Cependant, M. M*** était un chrétien sincère, un maître doux ; ses nègres le chérissaient. Mais le fait restait monstrueux, et les iniquités qu'il légalise déteignaient sur l'ensemble des planteurs.
Comment se soustraire à cette injustice partielle ? Ne provenaitelle pas d'une justice, sommaire si l'on veut, mais qui allait à fond, et ne se trompait pas ! Les maîtres doux et bons ne tenaient-ils point, tout comme les autres, l'esclavage pour une institution divine? Ne regardaient-ils pas le fouet, le fer rouge, la vente aux enchères, l'interdiction du développement intellectuel, comme autant de conditions regrettables sans doute, mais absolument nécessaires? Les cruautés exercées sur les esclaves, la dépravation qui s'assouvissait aux dépens de la race asservie, leur paraissaientelles autre chose que les abus factieux d'un despotisme légitime en soi? — Le monde civilisé était donc dans son droit, lorsqu'il imputait au Sud tout entier les atrocités de détail qu'impliquait l'esclavage: l'esclavage voulu, maintenu par le Sud. La loi des solidarités humaines, pour être méconnue, n'en subsiste pas moins. C'est donc très-justement que les reproches amers et les appels indignés plein aient sur les Églises et sur les chrétiens du Sud.
Ce que le Sud n'a pas eu le courage de faire, Dieu l'a fait. Il a brisé L'institution. Les blancs, tout connue les noirs, ont reconquis ^eur liberté. La mollesse d'an luxe énervant ne les asservit plus. Devenus pauvres, il faut qu'ils travaillent; avec le travail, l'énergie renaît.
Quant aux noirs, ils s'instruisent par millions. La Virginie seule compte soixante el dix-mille nègres libres, qui hier m1 savaient rien, qui aujourd'hui écrivent et lisent couramment. L'élément
étranger et yankee se précipite dans le Sud. Pour soutenir la concurrence avec les noirs, pour ne pas rester à la remorque des I ilancs, les Suddistes auront à bûcher ferme. Ce mouvement, du reste, a commencé. Depuis les professeurs des grands collèges jusqu'aux instituteurs des plus modestes écoles, tous s'accordent k reconnaître que les élèves travaillent, comme ils ne l'avaient jamais fait.
— Plus de paresse ! s'écriait l'un d'entre eux.
— Il s'agit de ne pas nous laisser devancer par ces Yankees! ajoutait un second.
Une expression constamment employée dans le Sud résume la situation nouvelle : nous nous Yankisons t
L'esclavage avilissait le travailles travailleurs libres lui rendront ses lettres de noblesse. Lee prêcha de parole et d'exemple. Refusant les secours pécuniaires que lui offraient ses amis d'Amérique et d'Europe, il se mit résolument à gagner sa vie, et quelques jours après la reddition, l'un de ses fils, major-général dans l'armée confédérée, entrait à Richmond, conduisant une voiture de foin.
C'est ainsi que se relèvent les nations.
Autre résultat important de la guerre: les vastes domaines des planteurs, morcelés et mis aux enchères, sont achetés par le Gouvernement qui les revend, soit à l'immigration blanche, soit aux nègres affranchis. La grande propriété, trait caractéristique de l'ancien Sud, disparait, tandis que se créent les petits propriétaires et les petites cultures, source véritable de la prospérité d'un pays. Le temps vient où les territoires immenses, monopole d'une classe privilégiée, auront passé tout entiers dans les mains de la classe moyenne, au Sud, comme au Nord.
L'immigration blanche transforme déjà la contrée.
Jusqu'ici, grâce à son incroyable fertilité, les produits du Sud donnaient le change sur la paresse de ses possesseurs. En 1859, deux années avant la guerre, le Sud exporta pour cent quatre vingt huit millions de dollars, dont cent onze, en balles de coton. Or, dans les États cotonniers eux-mêmes, trente neuf acres sur cent, à peine, étaient cultivés ; le reste, vingt sept millions d'acres, demeurait en friche. Le sol, gratté plutôt que labouré, produisait année après année les mêmes récoltes, jusqu'à ce qu'épuisé, on l'abandonnât, pour aller gratter quelque autre morceau de terrain et l'épuiser à son tour. Les planteurs, ayant bien soin de laisser en jachère une forte proportion de leurs propriétés, employaient cent hommes, au plus, sur un domaine qui, avec le travail libre, en aurait
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occupé un millier. Des fermiers, incapables de cultiver convenablement plus de cent acres, en écorchaient deux cents, et en abandonnaient trois ou quatre cents à la grâce de Dieu. On me montra certains champs, qui ne rapportaient jamais plus de dix boisseaux par acre; un bon labour en eût donné vingt; un sondage en eût produit quarante. M. X... de la Caroline du Nord, me faisait parcourir ses terres :
— Un fermier écossais, me dit-il, en tirerait trente boisseaux l'acre ! Je n'ai jamais pu en obtenir au-delà de cinq.
Bienvenus sont donc les travailleurs actifs, les agriculteurs habiles, les hommes d'initiative, qui, introduisant pour leur propre compte machines et systèmes nouveaux, arracheront aux torpeurs de l'ignorance, de la paresse et du laisser-aller, tout Suddiste de cœur, qui ne voudra pas être battu dans cette lutte généreuse.
L'émancipation, répétons-le, a plus affranchi les blancs que les noirs.