LES NÈGRES AU POUVOIR
affirment que les difficultés de l'état transitoire une fois traversées, les noirs se tireront d'affaire, et que la race ira prospérant. Ce qu'on peut prédire, c'est qu'elle quittera peu à peu les États du Nord, pour se porter vers les États du Sud, dont le climat lui convient mieux.
Y a-t-il là de quoi trembler? — Les craintes des blancs, en tout cas. ne leur feraient lias honneur. Où donc serait la supériorité tant vantée de l'anglo-saxon, s'il ne pouvait occuper le premier rang qu'à la condition d'avoir la majorité numérique de son côté?
Que les noirs, le suffrage universel admis, obtiennent dans certains districts plus de voix que les blancs, la chose est possible. Mais ce sont les idées et non les votes, qui gouvernent ici-bas. La puissance des idées appartient à la race caucasique, avant tout à l'anglo-saxon. Les idées anglo-saxonnes ont fait l'Amérique, du Canada au Golfe, de l'Atlantique au Pacifique. Elles font le nègre, à l'heure qu'il est. Chaque fois que le nègre parvient à un poste élevé dans l'État, il l'occupe en vertu de son développement anglo-saxon. Les idées blanches ne courent pas risque, on le voit, de disparaître devant les idées nègres. Si donc la race noire prenait jamais, aux États-Unis, la haute main dans le domaine politique et intellectuel, c'est que les blancs auraient singulièrement dégénéré, ou que les noirs se seraient étonnemment perfectionnés. Dans les deux cas tout irait pour le mieux, puisque le gouvernement de la chose publique appartiendrait aux plus compétents.
— Monsieur! s'écriait certain gentleman suddiste : Si, au Sénat ou au tribunal, je m'assieds à côté d'un nègre, comment voulezvous qu'à table, je refuse de m'asseoir vis à vis de lui? Or, si nous arrivons à l'égalité sociale, Monsieur, nous sommes perdus ! Rien ne pourra prévenir les mariages mixtes. Nous dégénérerons ; nous deviendrons une race de mulâtres, un autre Mexique t Nous nous verrons bannis de la famille des nations blanches, Monsieur ! Conserver la pureté du sang, Monsieur, c'est pour le Sud une question de vie ou de mort !
El l"s assistants d'approuver.
C'est là, selon moi, la terreur secrète qui agite tout cœur suddiste.
Alexandre Stephens ne voulait pas dire autre chose, quand il affirmait que si le nouveau regime persistait, les blancs fuiraient le Sud comme une autre Gomorrhe !
Les Suddistes oublient que la Gomorrhe des races mêlées existait par b* fait de l'esclavage. La dépravation des maîtres a rempli
le Sud de demi-sangs, avec toutes les variétés de nuances, depuis le noir d'ébène au blanc pur.
Le pont jeté au travers de l'abîme, c'est la débauche des planteurs qui l'a jeté (1).
1. J'ai souvent rencontré des jeunes filles nègres au teint si blanc, que partout ailleurs, elles auraient passé pour appartenir à la race blanche. Sous l'ancien système, elles étaient livrées à la corruption. On ne les épousait pas. De par la loi, l'enfant illégitime, quelque blanc qu'il fût, partageait le sort de la mère : il était esclave-né! Maintenant, les affranchies et les affranchis blancs — bien que de race nègre — peuvent, dans les districts où ils ne sont pasonnus, se marier avec de vrais blancs. Il en résultera une fusion des races. Ces cas, cependant, sont trop rares pour exercer une influence appréciable sur l'ensemble de la population. En tout cas, cette influence ne sera pas de longue durée. Au dire des Suddistes eux-mêmes, les races mêlées deviennent stériles à la quatrième ou à la cinquième génération.
OPIZVIOaiS SUDDIftTES SÏJ26. LIC KECRK
Les Suddistes sont loin de s'entendre sur la question noire. Rien de curieux comme leurs discussions «\ ce sujet.
En voulez-vous un échantillon? Ecoutez ce dialogue entre un Virginien, et un ardent esclavagiste de Mobile.
Mr X***, Virginien so hasardait à. dire que si le Sud refusait aux noirs le suffrage universel, au moins devait-il leur accorder le suffrage relatif.
— Monsieur! s'écrie le fougueux natif de Mobile, je m'y oppose! Notre gouvernement est un gouvernement blanc, Monsieur! Un gouvernement sous lequel jamais nègre n'aura droit de \oter !
— Mais si un nègre se montre capable? S'il acquiert une ins., t ruction solide, s'il se crée une position, s'il devient propriétaire, si ses domaines paient l'impôt, s'il agit en homme, pourquoi ne voterait-il pas?
— Pourquoi? Parce que le nègre, Monsieur, ne peut agir en homme. On n'agit pas en homm , quand on n'en est pas un. Je soutiens que h' nègre n'est poinl un homme, Monsieur.
— Point un homm '
— Non, Monsieur ! en tout cas, pas de la même façon que le blanc. Entre le blanc et le nègre, Monsieur, je vous montrerai quarante et une dissemblances: Lé\ res épaisses, crâne déprimé, cheveux crépus. Cheveux! ce ne sont pas des cheveux, c'osi delà laine]
Et le terrible d continuer son enumeration. Arrivé
à moitié corps du nègre, le Virginien l'interrompt :
— Je ne contest-- ni les grosses lè\n>s du noir, ni la supériorité i taelle du Idnii.'. J'affirme seulement que le nègre descend de Cham, que. Cham ét;ii fils de Noé aussi bien que Sein et Japhet, que le nègre i r consétjuenl à la famille humaine, et qu'il »'st homn i e muis et moi!
%-2i LES AMÉRICAINS CHEZ EUX.
— Lai ! M >nsii or, jedis, moi, que le nègre ne descend ni de Cham,
S é; pas plus que mon <•;> .-\ l ! Noé3 Monsieur, était blanc. Or, si Noé était blanc,de même que sa femme, comment voulez-vous qu'ils aient eu un enfant noir? Vous prétendez, vous autr < litaires, que Noé maudit Cham. Possible. Mais apprenez-moi, dans ce cas, comment la malédiction de Noé aurait déprimé le front, aplati le nez de son fils, et changé ses cheveux en toison ? Non, Monsieur, le nègre n'a rien à faire avec Noé, pas plus qu'avec Adam! Le nègre, Monsieur, appartient à un autre ordre de la création. Les seuls enfants d'Adam qui entrèrent dans L'arche furenl Noé, ses fils, et les femmes de ses fils : t us blancs, Monsieur! Que le nègre s'\ soit faufilé, il le faut bien, puisqu'il en est ressorti ; mais pour sûr, il se cachait dans la loge au bétail !
Une fois lancé, notre esclavagiste ne s'arrête pas en si beau chemin, et le voilà qui nous expose sa théorie sur la chute :
— Monsieur, c'est le nègre qui séduisit Eve en Eden! L'Ecriture ne dit-elle pas que le serpent était le plus fin des animaux ? N'est-ce pas là, en deux mots, l'exact portrait du nègre ? Une hète, mais plus rusée que toutes les autres !
— La doctrine est nouvelle ! fait le Virginien avec un sourire.
— Non point, Monsieur ! Elle est aussi ancienne qu • la Bible,
— Si le nègre séduisit Eve, repart le Virginien, il devait, vous en conviendrez, avoir un peu plus de charme qu'aujourd'hui. D'ailleurs, que faites-vous de la sentence: « Tu ramperas sur ton ventre ; tu mangeras la poussière ? »
— Ce que J'en fais ? Ouvrez les yeux, regardez le nègre, Monsieur : son plus grand plaisir n'est-il pas de s'étendre par terre, tout de son long? Nous l'avons contraint à se tenir sur ses jambes de derrière ; mais grâce à l'émancipation, vous le verres bientôt à plat ventre ! Quant à manger la poussière, c'est ce dont il s'acquitte fort bien. Lorsqu'il n'a rien d'autre à se mettre sous la dent, il s'emplit l'estomac de terre à foulon ! — Du reste, écoutez Dieu. Au moment où Dieu créa l'homme, le vrai, le blanc, Adam notre père, Dieu dit : — « Faisons l'homme à notre ressemblance. »— Que signifient ces mots, sinon que Dieu avait auparavant créé une autre espèce d'homme: le nègre; non point à l'image de Dieu, mais une sorte d'ébauche, au crâne déprimé, au nez aplati, aux lèvres épaisses, aux cheveux crépus, et sans àme? L'Ecriture parle d'hommes, oui, mais elle nomme Adam : l'homme* Celui-là s ni est fils de Dieu ! La Bible au surplus, ne nous apprend -elle pas qro les enfants de Dieu, voyant que b's filles des hommes étaient belles, les prirent pour femmes? Or, si les ftls de Dieu
OPINIONS SUDDISTES BUtt LK NÈGRE. 223
étalent ei s hommes, pères de cos
;r.s; il n'y a pas d'autre explic ti m. ! ites atl n ;eci : Dieu maudit les
s, pour avoir épou6i .il s ma rce qu'ils
lisaient une race de mulâtres. Et c'i • cette race <le
, nvoya le 1e motif,qû'il
a el ifre sur Sodome et Gomorrhe \ et si
n ■ \ illi ns pas, les mêmes jui ts vïsiteronl les E
Il y a un péché irrémissible, Monsieur: le croisement des r an bon nègre et un bon blanc, pour enfanter un mu-
lâtre ! J'apprécie le nègre, Monsieur, sa place. La place du
ne. Pieu a donné au blanc la domination sur les oiseaux de l'air, sur les poissons de l'eau, et par < . [uent, sur le nègrel Lors rapportai cet entretien au général E. P. Alexander:
— jo ne s; is, pondit le général, s'il existe des gens qui,
ent,aj utent foi à de pareilles théories. Mais ce que. je sais, ;u' lli s sont journellement publiées dans le Sud, que certains esprits, saisis de terreur à la pensée de notre avenir, s'y accrochent dans leur ,et qu'ils voudraient les voir génér I
•rant arriver à cet heureux résultat : l'embarquement de la population noire tout entière, rendue au continent africain.
des opinions plus modérées, laissez-nu i vous lier le résumé d'une conversation que j'eus avec i iv. Mille irduSud, dont les vues représentent exacte-
ment la | les meilleure chrétiens du p ys.
-i c ;i\ in i; itimité du soulèvement
suddiste, qu'il l'appuya de tout son p u\ ir, commanda môme
one batterie >• rps de SI mewi 11 Jackson, et lorsque les
s manq lit fondre la i lise pour les
— -: lit-il avec un sourire Ironique, lorsqu'il me
létail: je suppose que lit d'avoir mitraillé ces
Chiens du Nord, ; . v mirait un cordial
Il de la pari de i - j is je retournais chez
Puis, i t la qn
— \ iir, dit-il: ni usen fais >ns autant. : quo Dii u nné, du haut
duSii uclii.n1 i | ,,,
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ï"2'i LSS AMI (HE/. KUX.
Paul ail rei t icla^ • fugitif? Aflirmorez-vous
que Jésu ii lamné IN - I v% de quel droit le
oond nunc; nous (i) 1 irouvail L' ss-
clavag taudirais aux tours de force d > qu'on
essai.' pour : , . lui . . s tr >ur ! On
vient n ius , ibles à nou . p '■■ l'étal
d'objets \ el \ indus 1 Que signifie tout la ? S mpl rnient,
que lVs i.,\ 11,1 nom ne! - - m ne,
sa vie durant. V< us parlez de droits in il é ta i il La liberté n'est point un droit, VI n i ar. Chacun n une ai Nallus
homo liber. Les enfants naissent sous l'aut >rité de i nrs parents; Le jeune homme meure jusqu'à vingt et un ans — nol ible porli m de son existence — sous la domination du père. La dernière guerre nous a prouvé <\ le t >us, n >us s , lu g un v-
neinent, lequel, sitôt qu'un individual \ de vingt et un
ans — avanl même — a le droit de l'appel ir i cffapeaux,
Et parmi les milliers tombés dans la bataille, combien, Monsieur, qui n'ont jamais été libres l Combien qui, de l'asservissement au père, ont passé à !' - si rvissement ' ! — Une - Ile
jamais l:!;. air ? Soumise aux p [u'à sa majorité,
elle l'est ensuite au mari, jusqu'à la mort.... à moins qu'elle ne lui survive.— La liberté absolue, Monsieur, n'appartienl à personne; pas plus ai' qu'à la femme, pas plu descent qu'à l'enfant, pas plus au noir qu'au Liane ! — Au bout lu compte, la nécessité fait loi. Partout où une race inférieure se trouve en contact avec une race supérieure, elle n'a que deux moyens pour échapper à l'extermination: le croisement, ou la servitude. Le croisement, il ne p »uvait en être question; une répugnance instinctive s'y opposait. Restait l'esclavage : un imperium in imperio ; une sorte de république pour les blancs, avec systè patriarchal pour les noirs. Les nègres i : tection; il leur fallait une tutelle. Les maintenir es le T manité. Esclaves, ils étaient plus heureux . La liberté, vous en z bientôt la certitude, n'esl pas faite pour eux, pas plus qu'ils ne sont faits pour la li avez affranchi ! îs aè .res de vos hides Occidentales ; lié? La plupart des blancs sont retournés en Angleterre, la plupart des
1. Un mot suffit : L'esclavage israélite n'était qu'un servage de sept ans:.Jérémie xxxiv, 7 à 17. — L'Evangile ne promulgue pas <!es lois civics, mais, en réformant le rœur, il réforme les législation* : lisez l'Histoire. Et lisez la Constitute, ■ ''<<'• — TRA.D.