M LES AMÉRICAINS CHEZ VAX
temples, font instruire lours enfants dans les écoles qu'ils ont bâties, habitent les cottages qu'ils ont construits, cultivent le terrain qu'ils ont acquis, prétendrez-vous que ces gens-là retournent à l'esclavage?
L'esclave d'il y a cinquante ans, qui. aujourd'hui propriétaire monte son propre cheval, possède un domaine acheté de son propre argent, défriché et cultivé de ses propres mains, ce nègre — làré- Irograde-t-il?
[]a pays dépourvu jadis de tout édifice religieux, de toute maison d'éducation, couvert aujourd'hui (fégli i d'é nies, ce payslà rccule-t-il?
C'est par centaines que se comptent les noirs émancipés, possesseurs de plantations, dont eux-mêmes débitent les produits. Leurs épargnes, déposées à la Banque, s'élèvent à quatre vingt mille dollars. Quelques uns, parvenus au barreau, occupent de hautes positions judiciaires ; d'autres, devenus pasteurs, annoncent la Parole de Dieu; un plus grand nombre en;' i aient à la carrière de l'enseignement. — Ce qui n'empêche pas le Sud de célébrer sur tous les tons la banqueroute: fallu re ! de l'affranchissement anglais.
« On croit volontiers ce qu'on désire» a dit Bacon. Le Sud s'est donc mis à croire de toutes ses forces quo l'esclavage est d'ordre divin, que le nègre est créé pour l'esclavage, que l'esclavage est créé pour le nègre, que l'émancipation ferait le malheur du nègre, que le nègre n'est pas un homme. Et le Sud s'est tranquillisé.
Il n'y avait, pour les esclavagistes à outrance, pas d'autre moyen de se mettre en paix avec soi-même. En effet : si le nègre est un homme, le nègre devient un frère ; si le nègre est un frère, de quel droit l'achète-t-on, le vend-on, le bat-on, le tue-t-on?
Mais dès que, dogmatiquement, scientifiquement, historiquement, on parvient à se persuader que le nègre est une chose, oh ! alors, quel repos d'esprit! La question est résolue, la conscience apaisée; et l'homme noir continue à savourer le bonheur d'être fouetté, marqué, déchiré, mis à l'encan; de voir sa femme flétrie, ses enfants vendus ; et de finir sous le nerf de bœuf ou sur le brasier, pour peu qu'il ait quelque velléité d'affranchissement.
INFLUENCE ÛÏK L'ESCLAYAGE SBL'B^ L2-1S NEGRI
Je profitai de mon voyage dans les Gulf Slates, pour me mettre en relation directe avec les nègres émancipés, multipliant ! 5 points de contact, recherchant les occasions, allant visiter les noirs chez eux, les suivant au travail, les accompagnant à l'église ; décidé que j'étais à m'éclairer sur leur état réel. Cet état me parut à la fois riche d'espérances et plein de périls : espérances et périls, dus à l'action de l'esclavage.
Certes, les voleurs d'hommes qui arrachaient l'Africain à >n pays, les négriers qui empilaient la chair noire à fond de les marchands qui la débitaient en gros et en détail, ne s'inquiétaient guère de son âme. Toutefois, l'âme n'a pas entièrement péri. Dieu a surmonté le mal par le bien. Au travers du crime qui les faisait esclaves, maints nègres ont échangé la sauvagerie contre la civilisation.
11 y avait de bons maîtres, il y en avait de pieux :
— Mon maître était un père pour moi 1— Ma maîtresse me traitait comme sa fille!— m'ont plus d'une fois répondu les noirs que j'interrogeais. Une né resse entre autres, me racontait, les pleins de larmes, que, durant une grave maladie, sa maîtresse l'avait soignée nuit et jour.
La loi interdisait toute instruction donnée h l'esclave. Mais aucune loi, quelque rigoureuse qu'elle fût, ne pouvait empêcher i \ . en contact journalier avec son maître, d'apprendre une
foule de choses nouvelles pour lui. Quelques maîtres, quelques maîtresses, meilleurs que les lois, enseignaient la lecture à leurs esclaves, leur faisaient annoncer l'Évangile, ne se contentaient pas de leur permettre de suivre le culte, les y encourageaient. Une fois en possession d'idées el d'habitudes qui, pour lui, constituaient un progrès, le noir les communiquait à ses compagnons.
230 AMKRICAiN CH
C'est ainsi que lapopulàtion presque entière des ei répandus
Ti1 .ire du Sud, a reçu quelqn is \ notions de chris-
,, oc plus de trois c ni mille nègres s'étaient, avant la gu rre
tl es à l'Église. L'acte, dans bien des cas, n'impliqu dt
rand chose, en fait de connaissances intellectuelles où de
dé^ loppemenl moral; mais c'était plus que le nègre n'èûtacquis
au sein ties ténèbres africaines d).
Los noirs les plus destitués, étaient ceux qu'on jetait par trou-
t dans le? - plantations du Sud et du Sud-ouest. C ax-là,
ient à l'état de bote de somme. L<>s autres, I res de
>n, outre les lambeaux d'instruclion qu'ils accrochaient tout
■rvant leurs maîtres, sentaient s'éveiller en eux le désir d'en
ir davantage. C'est là, nous le verrons, un des traits saillants
du nègre émancipé.
I ivagea mis les nègres en demeure d'apprendre l'anglais, sortance de ce fait, ses résultats, n'échapperont à personne. Apprendre une langue nouvelle, ce n'est pas seulement apprendre des mots nouveaux, c'est recevoir des idées nouvelles. Gr leur connaissance de l'anglais, bon nombre de nègres affranchis se sont trouvés mieux prépirés qu'aucune autre rare idolâtre, à subir l'action d'un milieu civilisé et chrétien. Quelle serait leur condition., s'ils ignoraient l'anglais (2) ?
L'esclavage a fait du nègre l'imitateur du blanc. Le blanc, au temps de l'esclavage, était l'idéal du nègre. Le nègre avait une échelle sociale, à lui, établie d'après ses rapports plus ou moins directs, ses ressemblances plus ou moins étroites avec le blanc. Le nègre qui travaillait aux champs, sous la surveillance de quelque homme de couleur, était le plébéien ; son frère, le domestiqua de maison, employé au service de la famille blanche, était le patricien.— De môme pour les couleurs. Blanc,signihait noblesse; noir, dégradation. Un homme de couleur voulait-il en insulter un autre, il l'appelait nègre ! Dire à quelqu'un : charcoal-niggèr — nègre de charbon— c'était l'injurier grossièrement. Lejlègre cbène
1. L'auteur nous permettra de penser que l'Evangile porté en Afrique au nègre libre, par les missionnaires de Jésus, aurait fait plus et de meilleurs convertis que l'Evangile annoncé à l'esclave par le maître, avec accompagnement de fouet, de fers et de feu ! — Sans compter les toitures de la traite, les hécatombes de nègres, les infernales razzias que représentait chaque esclare amené aui Etats- Unis. Trad.
2. Leur condition serait celle de tous les païens évangélisés en Asie, en Afrique, en Polynésie : la condition de nations libres, devenues des peuples librement chrétien*. — Tr W.