INFLUENCE DE L 'ESCLAVAGE SUR LES NÈGRES
portait envie au mulâtre; tre, au quarteron; tous au blanc
pur.
Cette vénération du blanc a produit des résultats empoisonnés. Que de né lie a perdues! Que de dépravations, que de tur-
pitudes elle a pr< tégées, fomentées, assouvies! - Les blancs, ces types que le n iît s'efforçait de reproduire, étaient trop souvent mauvais blancs; partant, des modèles détestables, dont le nègre lit mieux a imiter les vices que les vertus. Néanmoins, le noir a vu ses horizons s'élargir. D'autres peuples en savent plus que lui; il l'a compris, c'est un bien.
lavage, enfin, a doté les nègres de quelques bons métiers. 11 a l'ait de plusieurs d'entre eux des serviteurs intelligents, des lab oreurs, des maçons, des ébénistes, des charpentiers, desaubergistes, des barbiers, des négociants, leur fournissant ainsi les moyens de gagner honorablement leur \ie et de se créer une position. Metl z, à la place de ces quatre millions d'affranchis, quatre millions de nègres fraîchement débarques d'Afrique, et voyez lesquels seront le mieux préparés à entrer dans le grand courant de la civilisation (i)i
Si Dieu a tiré le bien du mal, le mal qu'a fait l'esclavage n'en existe pas moins.
c ! mal est sans mesure et sans nom.
lavage formait le nègre au travail, oui ! Mais en même temps, il lui apprenait à associer l'idée de travail à l'idée de servitude, à i trder le travail comme le stigmate de la dégradation; si bien que, pour le nègre, liberté et paresse sont devenus synonymes.— Le libre se chargera de démontrer les résultats de cet enseignement.
L'enseignement se formule, au surplus, en termes très-nets, par la bon be même des blancs.
Je prenais le thé, en Virginie, chez un ami. La femme de chambre entre au salon : — Madame ! dit-elle, à Mœe X'** : un gentleman désire VOUS parler.
M,c X*** sort et se trouve en présence d'un homme de couleur.
I Mettes en face les millions et les milliards de nèpres massacrés pour appro-
Yisiomtpr le mardi*'' : mettez le> millions et les milliards de nègres sacrifiés aux
ices m • la production; mettes les brutalités, mettez les bestialités qui se
sont, duranl des siècles, exercées sur les esclaves, et dites si ceux-là étaient
mieux préparés qme les Africains, auxquels on porte FI dam leur pays,
[rand eon rant de lu civilisation ! » — Thaï-.
232 LES i.MK'RIGAINa CHEZ .
Aussitôt, elle rappelle sa femme de chambrent d'une voix forte, d* manière h être entendue du visiteur aussi bien que de Mary:
— Comment, s'écrie-t-elle, osez-vous me dire qu'un gentleman demande à me voir? Cet individu est un nègre, un homme qui travaille. Le gentleman est un homme .qui ne travaille pas, qui peut vivre sans travailler, qui fait travailler pour lui I Vn nègre peut Être fort honorable, il ne sera jamais un gentleman!
Les nègres n'envisagent pas autrement la question du travail. En séjour chez une famille du Sud, je me trouvais seul au salon, lorsque Flora, la jeune négresse qui nous servait, vint attiser le feu,
— Avez-vous été esclave? lui demand ai-je.
— Oui, Sah. J'appartenais à Mme X***, près d'ici.
— Que pensez-vous de l'affranchissement ?
— Ah bien! sais pas! Faut travailler aujourd'hui comme alors.
L'esclavage pourvoyait aux besoins du nègre, oui ! niais de manière à lui enlever tout sentiment de responsabilité personnelle. Le maître entretenait le nègre, la femme du nègre, et sa progéniture. Le maître dirigeait jusqu'à ses moindres mouvements. Le nègre obéissait, comme un mannequin, à la main qui tirait la ficelle ou qui poussait les ressorts. Qu'aurait-il fait d'économie, dé prévoyance, de domination sur soi, de confiance en ses i r< de saine ambition ?
Quelques-uns, il est vrai, autorisés, une fois leur tâche achevée, à travailler pour leur propre compte, sentaient s'éveiller en eux le désir de se racheter, eux et leurs familles. Ceux-là, on les reconnaît aujourd'hui à leur développement moral et à leur activité. Ce sont de rares exceptions.
Règle générale, l'esclavage a fait du nègre un éternel enfant. De là son insouciance, sa faiblesse de caractère, ses prodigalités, ses entraînements; dans bien des cas, son incurable misère.
L'esclavage a mis le nègre en contact avec l'Évangile, oui ! mais quel Évangile ? L'Évangile du planteur. L'Évangile qui justifiait l'esclavage, qui en faisait une loi divine, qui autorisait tous les abus de pouvoir, tous les dénis de justice, tous les avilissements, toutes les monstruosités. Peut-on s'étonner dès lors que certains nègres rejettent, à l'heure qu'il est, une Bible dont ils ne savent rien, sinon que leurs maîtres s'en étay aient pour les maintenir dans la dégradation ? S'étonnera-t-on que de pauvres négresses tout en faisant profession de christianisme, vivent