LAVAGE SUB LES HÈGRES
nant aucun mariage nègro, le mariage n'existait pas pour les noirs.
N'oublions pas ceci : les principes sont plus forts que les faits. \ age était plus fort que les bonnes volontés particulières. Quoi:, que fussent les propriétaires, la mort, la division des biens, ml gansa ase les maris de leurs femmes, les parents de leurs enfants. Ajoutons que chez la plupart des planteurs, l'idée de mariage, de paternité, de lien filial provoquait, dès qu'il s'agissait de l'esclavage, une hilarité sans mesure. Les noms sacrés de père, de mère, de mari, de femme, étaient interdits à l'esclave.
— J'ai reçu le fouet, s'écriait une jeune négresse de la Nom Orléans, pour avoir dit à ma maîtresse : Je viens de la part de manière. Parler ainsi nous était défendu. Cela nous rapprochait trop des blancs.
Indiquons le trait le plus sombre du tableau : la prostitution noire, imposée par le maître blanc.
— Jésus ! faisait un nègre de Maçon : Si je pouvais écrire un . j • révélerais des choses telles, que le inonde entier frissoni d'horreur et se demanderait si, alors, il y avait un Dieu !
La femme de cet homme lui avait été arrachée ; elle avait été
vendue à un marchand d'esclaves. Sa fille, objet des convoitises
du maître, en hutte à toutes les séductions, osa résister. Le maître
•lia sur une autre plantation, et l'y fit fouetter, jusqu'à ce
que, vaincue, la pauvre créature cécMt à son bourreau.
Contre ces atrocités, nul recours pour le nègre. Aucun tribunal ne recevail les dépositions des noirs contre les blancs. Le noir se a as défense; aussi, cédait-il aisément. La morale sombrait ■ la liberté.
— Nos péchés, Monsieur, devenaient notre seconde nature ! me
une vieille négresse, que je rencontrai dans l'école missionnaire de Maçon : — Nous n'y pensions même plus !
A-t-on sondé les abîmes de corruption qu'exprime ce mot : les États producteurs d'esclaves? — Ces États dont la richesse conlil dans l'élève et la vente du bétail humain?
A-t-on mesuré L'étendue de ce foyer de pestilence: la prostitution Boire I foyer alimenté, fomenté, propagé par l'esclavage?
Aussi Longtemps que la femme reste pure, il y a pour l'homme quelque espoir de relèvement ; mais quand la source purifiante ••-i souillée, comment purifiera-t-on le courant humain ?
L'esclavage a troublé les sources. Il a tellement renversé les bases du uns moral lui-même, qu'il faut, avec la plupart des
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nègres soi-disant chrétiens, recommencer l'œuvre tout à nouveau : poser les premiers fondements.
Les limiers, les fers rouges, le fouet; voilà, pour beaucoup de gens, les pires monstruosités di l'esclavage.
J'en connais de plus horribles.
Qui marquait-on au fer rouge? L'homme assez énergique pour tent< r, en risquant sa vie, de reconquérir la liberté. A qui donnait-on la chasse? qui traquait-on dans les marais? qui déchiraiton sous le fouet? la femme assez héroïque pour préférer la torture au déshonneur. Ceux-là n'étaient pas les plus à plaindre; ils avai 'lit sauvegardé leur dignité'. Les vrais suppliciés, je vais vous les montrer: c'étaient ces multitudes, sur lesquelles jamais ne s'abattil le fouet; c'étaient ces hommes, chez qui tout sentiment viril était si bien écrasé, que, passifs instruments des caprices du maître, ils n'avaient plus ni résistance, ni volonté; c'étaient ces femmes, si complètement avilies, qu'elles cédaient sans Lutter, soumises une fois pour toutes, aux plus effroyables abominations.
Tel est le legs qu'a fait l'esclavage à la race noire. C'est avec cet actif, c'est avec ce passif, qu'elle marche à la rencontre de l'avenir.
LES X'OIÏtS £'',!AXCIPKS.
La situation matérielle dos esclaves affranchis, est meilleure qu'on ne se le figure en général. A entendre quelques planteurs, les nègres ont toul perdu en perdant l'esclavage.
— Ah! s'écriait avec l'accent de la plus profonde commisération, .M. \"**, ancien propriétaire de nègres : Que ne les avez-yous vus. quand ils étaient asservis ! Quels j >yeux compagnons ! quelles folies, quelle gaîté ! Aujourd'hui, ce sont des créatures morn tristes, soucieuses: le nègre ne rit plus.
Une grande indigence a. pour beaucoup de nègres, suivi l'émancipation : le fail est incontestable. Qui s'en étonnera? J'imagine qu'en tout pays, une transformation radicale du système de travail, metl int I ut à coup quatre millions d'ouvriers sur le pavé, n'aurait pas man « ';. quelles que fussent d'ailleurs les circonstances, d'entr Iner . près elle de très-grandes misères et de très-sérieuses difficultés. Or, la révolution qui s'est opérée dans le Sud, a contre elle l'ensemble des circonstances. Klle s'est effect i ; »; p r force, sans préparation, contrairement à la volonté bien arrêtée des cil >yens de qui dépendait, en grande partie, sou succès bans l'exaspér Mon de la défaite, beaucoup d'entr'eux refusaient d'i ployer les travailleurs noirs, hâtant ainsi, de tout leur pouvoir, une détresse qu'ils appelaient de tous leurs vœux.
Tell pénurie, que le gouvernement, pour empêcher l s
nègres de mourir dé faim, dut recourir à l'ouverture d'un Bur
r$. Peu à peu, l'offre el la demande du travail s'éta it é railibrées, les nègres ont pourvu à l^'ir subsistance, et la misère a notablement diminué. De seiz>> mill ! noirs inscrits en i860, il restait plus, d'après le rapporl oflicî ! du général Howard, que deui mille sistés 869. I • Bureau, après avoir accom-
pli son œuvre, s'est dissous.
5H8 AMÉRICAINS CHEZ FAX.
M. E. P. Smith que je visitai au Home de Beaufort, et que ses tourni îles dans Je Smi rendenl fort compétent en pareille
man re, écrit — rapport de 1870 — : « De grandes améliorations en fail d'activité, de prospériti nomie, so sont opérées depuis
i860. Tout progresse, l • confort matériel, l'éducation, la moralité! On rencontre encore des pauvres, parmi les nègres âgés et infirmes; mais qu'est-ce que cela, en comparaison de ce qui existait, il y a trois ans? Les affranchis dans les é li es, leurs enfants dans les écoles, présentenl un bien autre aspect, ils sonl mieux vêtus, et portent sur leurs traits une expression toute nouv< lie de virilité. »
Chez les s, comme chez les blancs, il est une class
paresseux achevés, que rien ne tirera de la misère. Cette classe ne forme pas la majorité chez les noirs affranchis. La majorité travaille et s'en trouve bien.
Le nègre libre rit moins que ne riait le nègre esclave t
Il se peut. Le blanc rit moins encore: le regrette-t-il ? voudraitil du rire avilissant de l'esclavage ? Le noir lui-même donnerait-il sa liberté en échange de ce rire-là? Redevenu homme, le nègre a pris le sérieux d'un homme. La gravité, compagne inséparable de la responsabilité, ce reflet des nobles bonheurs, ce sceau de la dignité humaine, a raffermi ses lèvres et relevé son front.
Le nègre affranchi ne regrette pas plus l'auge que remplissait l'esclavage, qu'il ne regrette ses dégradantes gaîtés. Tous s'écrient: — Si nous voulons manger, il faut travailler. Mais nous sommes libres, grâce à Dieu t
Le Sud se plaint amèrement de l'indolence des noirs; le Sud n'a pas tout à fait tort. J'ai rencontré, dans les villes surtout, bon nombre de nègres fainéants.
Certain missionnaire entrant un jour, à midi, chez maître Josiah, ex-esclave, le trouva qui ronflait à plein cœur dans son lit.
— Votre mari est souffrant ? — demande M. X*" à Mme Josiah.
— Lui! il se porte parfaitement, Sali î Mais il dit que maintenant il est libre, et qu'il peut se coucher quand ça lui convient.
— Monsieur I s'écriait un planteur de ma connaissance: J'ai offert de l'ouvrage cà plus de cent nègres inoccupés. Hé bien ! Monsieur, pas un n'en a voulu!
Ceci me paraissant fort, je voulus entendre la version nègre. M. X*" dans son récit, exact du reste, n'avait oublié qu'un détail: le voici. M. X" s'était, l'année précédente, procuré autant de travailleurs nègres qu'il lui en fallait, moyennant l'engagement