LE8 NOIRS ÉMANCIPÉS
— Vous voyez cette chose ronde ?
— Oui, Madame.
— C'est un 0 : Dites 0.
Phoebe ouvre une gueule de crocodile et crie : 0 t
— i;ii bien! c'est une des lettres de l'alphabet Partout où vous apercevrez ce rond, vous saurez qu'il s'appelle 0.
Gomment rendre le ravissement de Phoebé! Sans perdre un instant, elle se met à chercher deso,dans les textes bibliques suspendus au mur, et chaque fois qu'elle en trouve un, signale sa uverte par de joyeuses exclamations ; après quoi, elle court rayonnante, faire part de sa science à mari, enfants et petitsenfants ! Phoebé, qui dès lors a. régulièrement suivi l'école, lit non-seulement des o, mais tous les livres qu'on veut bien lui
Un nègre — classe du soir, Montgomerry — incliné sur l'énorme que portait le pupitre, s'absorbait dans l'entreprise ardue d'en • tot après mot quelques versets. Il pouvait avoir cin-
quante ans.
— Qui est cet homme ? demandai-je à l'institutrice.
— Un ouvrier de campagne. Il a quatre milles à faire pour se rendre ici, autant pour s'en retourner. Sa journée de travail finit
te minul I la leçon; or, Fred a si grand peur
manquer une syllabe, qu'il ne soupe que l'école terminée, n tard chez lui.
I. - blanc méprisent les nègres ; c'est très-bien. Mais trouvezmoi en A re, en Ecosse, en Irlande, en France ou ailleurs, . [uel [ne blancs qu'ils soient, qui s'acharnent à l'instruction comme le lait ce bétail noir. Pour ma part, j'aurais été ' u\ de constater, parmi les suddistes blancs qui appartiennent à I tférieure et ignorante, un dixième seulement du zèle intellectuel que déploient lea noirs.
ille nègres, tanl hommes que femmes, tous pères e1
s de fouille quelques-uns aïeuls et bisaïeuls, fréquentaient les
r, lors de mon séjour au Sud. En une seule année, ils
ont donné deux cent mille dollars pour l'instruction de leurs
Bla, au sortir des abrutissements de l'esclavage!
i d'en demand. t autant à nos populations .
grande famille humaine, chaque race a ses aptitudes
' blanche a fait preuve de plus d'énergie, de plus
de ré plus viril
qm1 I . ;
21S M un ric • ins CHEZ EUX.
pas égaliser les niveaux; remettre au pas, l'enfant que ses aînés ont devancé? Le nègre, cet enfani arriéré, rattrapera les frères qui l'ont devancé, j'en ai le ferme espoir» Qu'on me permette de cftter quelques faits h l'appui.
Di\ mille nègres de tout âge, avancent, àl'heure qu'il est, aussi rapidement dans les écoles, que <liv mille blancs d'âge pareil, soumis an même enseignement.
J'ai vu, dans le Haut-Canada, les élèves noirs assis à. côté des élèves blancs. Les uns se montrent aussi capables que les autres, affirment les professeurs.
Le collège d'Oberlin — Ohio — réunit étudiants noirs et blancs des deux sexes. Tous suivent les mêmes cours de latin, de ■. de mathématiques, de philosophie. Et les noirs tiennent tète aux blancs. — Osera-t-on prétendre, apr^s cela, que la race noire est condamnée à une éternelle infériorité? En tous cas, elle a ses hommes d'élite, qui se chargent de prouver le contraire.
Un nègre, remportait naguère la médaille d'or, à l'université de Toronto.
V étudiante, qui prenait ses degrés au premier rang du collège d'Oberlin, était une négresse. Je la retrouvai, directrice du Coloured Institute, à Philadelphie.
M. Basset, alors principal de cet institut, nommé plus tard ministre d'État à Haïti, est un nègre.
Langster, autre gradué d'Oberlin, l'un des avocats les plus éloquents que j'aie entendus, est un noir.
Frederick Douglas et Sella Martin, deux orateurs hors ligne, sont nègres.
Les poètes Frances Harper et Maria Child appartiennent à la race africaine.
L'astronome Banneker était un nègre du Maryland.
Le sénateur actuel, représentant du Mississipi ; le secrétaire d'État de la Caroline du Sud; le lieutenant-gouverneur de la Louisiane, sont tous des noirs. Il y a des nègres docteurs en médecine, des nègres docteurs en théologie, des nègres éditeurs de journaux, des nègres écrivains, des nègres négociants, magistrats, juges, shérifs. Pas un emploi qui n'ait son représentant nègre; pas un fonctionnaire nègre qui ne remplisse régulièrement les devoirs de son emploi.
Venez soutenir, en présence de ces réalités, que jamais le nègre ne dépassera un certain point de développement!
— Il se peut ! disent les Suddistes : Mais donner, d'emblée, droit dw vote aux noirs, c'était une dangereuse absurdité!
Les noirs émancipés. 249
Nous l'avons vu: c'était une nécessité politique.
11 y a plus. Sous un gouvernement qui tient le pouvoir de se* administres, de quel droit priver de leurs privilèges politiques quatre millions d'administrés?
Sous un gouvernement qui déclare que l'impôt sans la représentation est une tyrannie, de quel droit refuser la représentation aux hommes de couleur qui, imposés h l'égal des blancs, versèrent dans le trésor public — 1868 — vingt millions de dollars, produit de la taxe que subissait leur culture cotonière ?
— Il fallait, reprennent les Suddistes, commencer par l'éducation politique des nègres. Après, on leur aurait conféré des droits.
C'est fort aisé à dire. Si le fait du suffrage n'avait pas assuré les droits des noirs, leur aurait-on jamais reconnu ces droits ? Aurait-on fourni aux noirs les moyens de développement nécessaires à l'acquisition, puis à l'exercice de ces droits? — Il est permis d'en douter.
Après tout, la meilleure manière de préparer un nègre, ou tout autre liomme, à user du droit de suffrage, c'est de le lui donner.
— « On apprend à voter bien, en votant souvent ! a dit Beecher : Le nègre se forme par ses erreurs et par ses faux coups. »
« Le droit de suffrage accordé au nègre, ajoute-t-il, transforme les grands politiciens suddistes en professeurs d'universités noires. Tous étant intéressés au vote du nègre, il leur importer tous que le nègre vote dans leur sens. Les hautains candidats du Sud prendraient-ils la peine d'exposer au nègre le pour et le contre de telle ou telle politique, si le nègre n'avait pas en main le vote : ce talisman sans pareil ? Qui donc, jadis, songeait à entrel 'nir Pompée ou Sam de lois, de principes politiques et d'élec- } Aiij lurd'hui, les nègres entendent toutes sortes de choses men sill uses, sur le gouvernement des peuples. N'est-ce point ici la Vraie éducation ? Le vote, tout comme l'école, civilisera les noirs. »
On l';i reconnu du reste, les affranchis exercent leur nouveau pouvoir,avec une modération qu'on n'osait espérer .Nul, plus que les représentants de couleur, ne s'est plus énergiquement élevé, dans i lées c institutionnelles des Etats du Sud, contre la répu-
diation de la dette; nul n'a plus courageusement maintenu l'hou- 9. Cependant, cette dette, qui l'avait conir act ••■ .' Leurs ! i pas eux. Si elle était reconnue, qui devait la payer? Eux
pour leur part d'impôt*.