Ô8 LES AMÉRICAINS LIIEZ EUX
Ajax y court. Par une merveilleuse coïncidence, il y rencontre sa int'1 ce i
— viens! fait-elle: Profite de l'occasion, recouvre ta liberté 1
— Non ! dit résolument Ajax: .Mon maître a confiance en moi, je ne le tromperai pas.
Maintes dames suddistes me racontèrent comment, au fort du conflit, plus d'un esclave avait défendu Le bien de ses maîtres, résistant aux menaces, et refusant de réxéler le lieu où se trou- \ aient cachées les valeurs.
Tinsley, vieux nègre, appartenant jadis à Mma A'"— Fayelteville— louait son travail, et jour après jour, comme aux beaux temps de la servitude, remettait à sa maîtresse l'argent qu'il a\ ait ainsi gagné. Sans le tribut volontaire que lui payait Tinsley, Mme A"*', ruinée par la guerre, aurait manqué de tout.
— La mort, ajouta Mme A*", qui me racontait le fait, n'éteignit pas l'affection de Tinsley. 11 me légua six cents dollars, et quatre cents à un membre de ma famille.
Fidèles à leurs anciens maîtres, les noirs ont prouvé, par d'innombrables actes de dévouement, qu'ils savaient être reconnaissants envers leurs libérateurs.
A Roadman's Point — Caroline du Nord — un détachement de Fédéraux, poursun i par l'ennemi, saute dans une barque, qui, juste au moment où pleuvaient les balles, s'ensable et ne bouge plus! Les soldats, couchés dans le fond de l'embarcation, se demandent lequel d'entre eux ira, au péril de sa vie, la renflouer? Nul ne répond.
Jœ, un noir, se lève: —Restez! fait-il tranquillement : Je m'en charge. S'ils me tuent, eh bien! ils me tueront! Moi, qu'est-ce que ça fait? Vous êtes soldats, vous! On a besoin de vous!
Jœ s'élance, plonge, remet la barque à flot, et tombe percé de sept coups de feu.
Autre trait :
M. X*", officier fédéral, cherchait à s'échapper de Richmond. Paul, esclave, lui servait de guide. Tout a. coup, ils entendent aboyer les limiers lancés après eux. Paul indique exactement la route à M. X*", se fait une incision au pied, afin de dépister les chiens par l'odeur du sang, et s'élance dans le sens opposé. M. X* ' arriva sain et sauf aux quartiers fédéraux. Paul, le nègre héroïque, fut à moitié déchiré par les chiens.
Grâce à la souplesse de sa nature, grâce à son esprit d'imitation, le nè^re comprend la discipline et s'y soumet aisément.
Les écoles en fournissent la preuve. Pour peu que les institutrices le veuillent, les enfants atteignent à la perfection de l'exactitude. On voit les fillettes entrer par une porte, les garçons par l'autre, marchant au pas militaire, comme de vieux soldats. Sans bruit, sans trouble, ils prennent leur place,se lèvent, répondent, se rasseoient : un coup de timbre suffit à diriger leurs mouvements.
Cette faculté d'assimilation, cette promptitude d'intelligence^ explique comment les esclaves fugitifs, qui franchissaient en foule les lignes de l'Union pour s'enrôler sous l'étendard de la liberie, devinrent si vite de bons soldats. Deux ans! il n'en fallut pas davantage, pour faire de cent mille esclaves, cent mille hommes de troupe, admirablement disciplinés.
La discipline n'était pas tout : il fallait du courage. On se demanda si les nègres en auraient? s'ils voudraient se battre? s'ils en serai, nt capables? La guerre, qui mit ces deux cent mille noirs en face de leurs anciens maîtres, répondit victorieusement à la question.
Le nègre s'est fait sa place dans l'estime des Américains. M.lligginson, colonel d'un régiment d'affranchis, déclare, dans son rapport officiel, qu'il a trouvé chez ses soldats noirs une énergie, une impétuosité, dent jamais il n'avait rencontré d'exemple, sauf peut-être chez les zouaves français.
« — Lors de notre première attaque, ainsi s'exprime le colonel Higginson, mes nègres, avant que j'eusse eu le temps de les faire descendre du steamer qui nous transportait, se pressant à découvert, en proue et en poupe, chargeaient et déchargeaient avec une incroyable rapidité, aux cris de : « Tenez bon! » — Dans Tint '■rieur du bâtiment, ils se disputaient les sabords, afin d'ajuster tel ou tel ennemi. Nos artilleurs noirs, montés sur la chaloupe canonnière, restaient solides devant un feu violent. La sécurité générale exigeait que tous les hommes, sauf les artilleurs, demeurassent dans l'entre-pont. On n'obtenait cela qu'à grand'peine. Tous s'élançaient, tous suppliaient qu'on leur permît de sauter à terre, pour courir sus aux rebelles. »
La charge de Porl Hudson; les batailles de Milliken Bend, Newmarkel Heights, Olustee, Toison Springs; laseconde attaque de Petersburg, virent les régiments noirs accomplir des actes héroïques. A l'affaire de Honey Hill — Caroline du Sud — les bataillons nègres, qui occupaient une des p ntions les plus dangereuses; méritèrent par leur inébranlable altitude l'admiration, même des hommes du Sud. Ces bataillons — le fait est rapporté par un récit suddiste — chargèrent à trois reprises, en vrais enragés, se