‹ Les Américains chez eux d'après l'anglaisChapitre 70 sur 138 · G0 LES AMERICAINS CHEZ EUX · texte numérisé non relu

G0 LES AMERICAINS CHEZ EUX

reformanl chaque fois sous les balles, &\ laissant derrière eux I is morts par monceaux

Au plus fori il»1 la bataille, Pitz-Gerald, un nègre, grièvem ni blessé à la jambe, n*en demeurait pas moins dans les rangs. Le major Nutt lui ordonne de se rendre à î'arriêre-garde. Le sol lat obéit. Un instanl après, il étail revenu.

— Allez donc à l'ambulance, Monsieur! lui dit sévèrement le major : Faites-vous panser.

Le soldat noir disparaît pour la seconde fois. Quelques min à peine écoulées, sa plaie bandée tant bien que mal, il se j dans la mêlée, et se bat comme un lion.

— Ma femme et mes enfants étaient encore esclaves ! dit-il simplement plus tard : Je pensais à eux.

Pendant l'attaque désespérée du fort Wagner, les régimi nts noirs, exécutant une charge magnifique, montaient à l'assaut du parapet de droite, luttant corps à corps avec les confédérés. Le sergent-major Lewis Douglas, fils de Frederick Douglas, l'orateur nègre, voit tomber son colonel ! il s'élance le premier sur le parapet, criant à grande voix :

— Enfants I Pour Dieu et la Liberté!

Un des sergents noirs, W.-H. Carney, parvenu à. son tour sur le rempart et percé de trois coups, ne lâcha pas le drapeau. Le régiment reçut l'ordre de se retirer. Carney, tout sanglant, se traîne jusqu'à l'ambulance, y tombe demi-mort, et dit avec un lier sourire :

— Le cher vieux drapeau n'a pas touché la terre t

Rencontrant le général Abbott, commandant d'une brigade noire : — Quelle différence, lui demandai-je, avez-vous constatée, entre les bataillons de couleur et les bataillons blancs ?

— Les nègres, lorsqu'il s'agit de la défensive, me répondit- il se laissent plus vite démoraliser. Mais pour l'attaque, ils valent les meilleurs soldats. Précipités en avalanche avec des cris forcenés, ils balayent tout devant eux !

XXXYI

I, A CHRÉTIENTÉ \OII6E.

Nulle pnrf, en Amérique, on ne rencontre une foi aussi candide, une conviction aussi absolue de la toute- puissance et de la toute-présence (le Dieu, un amour aussi ardent, une aussi vraie . que chez les noirs convertis à l'Évangile.

Il |ettr semblé voir l'Éternel se pencher \ers eux, pour diriger leur vie jusque dans ses moindres détails : — Le Seigneur nous donne une belle journée, Sah t — entend-on crier, par quelque radieuse matinée de printemps, aux nègres qui vont et viennent sur le chemin. Et leur brillant regard, tourné vers le ciel, y contemple, on le dirait, Jésus, dont la main écarte les nuées:

l'ii vieillard avail si bien l'habitude de rendre grâces pour toutes cl loses, quo lorsque, à son grand cliagrin, il vit partir le missionnaire chéri de tons :

— Oui, mes frères t s'écria-t-il : Notre ami nous quitte, grâce à Dieu t

Les nègres ont souvent des songes, que volontiers ils prennent pour des \ isions.

Sam, noir d'un grand âge, racontait les larmes aux yeux, dans un" réunion biblique a Andersonville, comment le Seigneur lui avait, en rêve, montré des choses merveilleuses, et enseigné un hymne, que nulle oreille humaine n'avait jamais entendu.

Topaze, vieille négresse de Maçon, très-pieuse, dit un jour au mnaire : J'ai été en enf r !

Au geste d'effroi il'' .M. x*** :

— Nmi pas pour y rester! se hâta d'ajouter Topaze : Mais en vision, seulement pour y jeter un coup d'çeil t

— Et qu'avez-vous vu?

— J'ai mi le vieux Satan, assis devant sa porte. Il tenait un

RICABTS CHEZ

laudron, toutbouillant, rempli de soufre et de feu. Los gens qui arrivent là ne sont pas à leur aise, Sahl le diabli montre terriblemenl dur envers eux. Quand ils pleurent, Satan frappe du pied nu criant: - Taisez-vous 1 pas de ces piailleries ! Po irquoi êtes-vous venus ici, si ça no vous plaisait pas ? N'aviez- -vous point de pasteurs, pour vous montrer le bon chemin? Silence! plus nu mot! — Et puis, Sah, il y a dans le coin une pendule qui répète toujours: É-ter-ni-té ! É-ter-ni-té 1 Les damnés demandent au diable: —Jusqu'à quand resteronsnousici? lilt le diable leur répond : - To is I s cinq ans, un petit oiseau apportera, dans son bec, un grain de ; bord de la

mer : Vous resterez jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de sable au bord de la mer !

— Sah ! poursuivit Topaze : Le Seigneur répond à toutes nies demandes ! — Je lui ai demandé, s'il agréait mes prières, de me faire voir une étoile pendant mon sommeil. Il m'en a montré une. Je lui ai demandé si j'irais au ciel? « Sois fidèle jusqu'à la mort, m'a répondu Jésus: Je te donnerai la couronne de vie. »— Mais, Sah ! je ne me sentais pas encore rassurée, et j'ai crié : Seigneur, j'ai peur de mourir, j'ai peur de ne pas aller au ciel ! Alors Jésus m'a dit :«— Je te ferai grâce à la dernière heure! »— Voyez, Sah ! Jésus m'a d'abord fait grâce, juste assez pour me mettre a bon chemin. A présent, je travaille pour obtenir la grâce de la dernière heure t

Après un instant de silence: — Écoutez, Sah t reprit Topaze: J'avais coutume d'aller, le dimanche, compter mes poulets et ramasser mes œufs. Un dimanche matin, j'arrivais devant le poulailler, lorsque j'entends une voix me crier : Ce n'est pas le jour! — Je m'arrête, j'écoute, et je continue ; mais la voix crie plus fort: Ce n'est pas le jour! — Bien vrai, Seigneur, ce n'est pas le jour ! que je dis, et je retourne au logis. Après ça, je n'ai plus ni compté mes poulets, ni ramassé mes œufs le dimanche. Quelquefois Sally, ma petite nièce, coupe un peu de bois pour allumer notre feu. Ça me fâche, Saht parce que ce n'est pas le dimanche qu'on doit rôtir du café! Il faut faire ça le samedi l

Tante Nancy, autre négresse âgée, qui pendant l'esclavage travaillait sur la plantation de son maître, et qui, depuis l'affranchissement, habite une case dans les faubourgs de Hampton — Virginie — racontait ceci :

— Un jour, tout en fossoyant, je pensais que les uns iraient au ciel, les autres en enfer. Voilà que j'entends une voix : « Tu iras en

LA CHRÉTIKNTÉ NOIRE.

enfer! » fait-elle. Alors je dis : - Seigneur, vois-tu, je trouve que j'ai déjà assez a, peiner <it à souffrir comme ça, pendant ma vi ■, sans aller encore en enfer après ma mon !~ Alors une autre voix, bien plus forte, me crie : • Quelques prières de plus, quelqtti i meilleures prières, et je te rencontrerai sur le chemin de la ç impassion!» - Ce mémo soir, quand j'eus fini mon oin rage, je me dis: Il faut que je cherche le Seigneur! Je sors, je fouille partout dans le bois, j'appelle ; mais je ne trouve pas le Seigneur. Je vais vers tante Grâce: Tante Grâce,queje fais, je deviens aveugle! — Tante Grâce dît : — Tant mieux! Fais encore quelques bonnes prières! — Le lendemain soir, je retourne au bois, j'appelle encore, je ne trouve pas Jésus. Vous comprenez, je croyais le voir, comme on voit quelqu'un. Quand je rouirai, il était si tard que les coqs chantaîent déjà ! Je me glisse dans mon réduit, je tombe endormie. Tandis que je dormais., je suis transportée, loin, bien loin, devant un • grande maison blanche! Je frappe. Une dame vêtue de blanc Vient m'ouvrir. Elle avait lescheveux noirs; elle riait, mais sans bruit. Je fais ma révérence, e1 je lui dis : —Bonjour! —Elle me répond : — Bonjour! Ne me remettovous pas? —Non, que je lui réponds. — Vous devriez pourtant me connaître. Regardez-moi bien ! — Seriez-vôns par hasard la vierge Marie ? — Oui, entrez. — Elle me conduit dans une chambre où il y avait, suspendues au mur, des régiments de robes pour toutes les tailles. Marie m'ôte mes baillons, elle me passe une do cos belles robes blanches; sur ma tète, elle pose un turban couvert de pièces brillantes comme de petits dollars en or, vous savez; après ça, elle me met des souliers neufs. Il y avait là un grand miroir : — Regardez-vous ! — me dit-elle. J'obéis. Voilà que la porte s'ouvre, et qu'entre un blanc! 11 était vêtu d^ noir, avec un gilet resplendissant de menus dollars, comme ceux de mon turban. 11 tenait deux coupes dans sa main : — Salut ou perdition ? dit-il en mo les présentant. Que ehoisis-tti t — Oh ! il me semble le voir encore ! — Seigneur, que je dis, je choisis le Salut ! — Jésus porte la coupe à mes lèvres. On voyait quoique chose de blanc au fond. Je bois ; c'était doux ; tr.ds j.-urs après, j'en sentais encore la saveur. Je laisse un peu de liqueur dans le vase! le Seigneur me le rond: — Bois tout ! qu'il fait. Puis : — Retourne dans le monde! presse les pécheurs de jr a moi î — Alors, Marie m'ordonne d'ôter ma belle robe blanche. Je ne m'en souciais guère, mais Marie reprend : - Je la garderai pour toi. Si tu es ftdèle,je te la rendrai! -Ma robeôtée: -. Comment faut-il que je m'en aille ? fais-je à Marie. — Comment es-tu venue ? qu'elle répond. — Par la foi. — Eh bien ! re-

164 LES ' MU;n'Al\s CHEZ EUX.

tourne-t-en par la foit— Marie '. me lancé, je vole comme

mi oiseau, et j ■ me ri » r aye dans m lier !

\ isions jouissenl d'un grand crédit parmi les aoirs : — i ainsi, disent-ils, que le Maître n as parlé, à nous pauvres ignorants, ([m avons peine à lire la Bible.

Une négresse de Norfolk, indig • il • i kg '■ •. arrive après l'affranchissement chez M"" X***, i de 1 1 distribution des aurçônes, et lui deman i • une paire de souliers.

— Impossible, ma pauvre femme ! T souli >F8 sonl don

— 01) I non, Honey — miel — pas tous! Je su qu'il en reste. Ce matin, j'ai prié Jésus pour avoir des souliers, et il m'a répondu : « Demandez, on vous donnera) »

— .Ma pauvre amie, la dernière paire de chaussures a été emportée, justement ce matin.

— Le Sauveur m'avait pourtant promis dis souliers pour aujourd'hui ! fait la négresse avec un regard désolé.

Tout à coup, Mœe X*" s ■• rappelle une caisse ouhliée. Elle /ait enlever le couvercle, elle cherche, point de souliers, on allait refermer le coffre, lorsqu'au fond, voici un bout de chaussur une paire, deux paires, trois paires de souliers, exactement à la mesure du pied de Jenny ! La négresse pleurait de joie en les mettant :— Je savais bien, disait-elle, que j'en aurais! Jésus me l'avait promis !

Les nègres croient de tout leur cœur au pouvoir de la prière. Tante Mary — je la rencontrai à l'Institut de Beech, Savannah — s'écriait, me racontant l'entrée de Sherman, en ce jour à, jamais mémorahle où il vint affranchir les noirs :

— Nous savions qu'il viendrait. Nous le savions, parce que nous avions tant prié! Oui, Sa/*, nous avons tellement tourmenté le Seigneur, qu'il a été obligé d'envoyer .Massa Sherman!

L'ardente manifestation de leur foi est un besoin pour les nègres. Une piété taciturne ou compassée tes figerait. C'est pourquoi les Eglises méthodistes et baptist s. nui répondent mieux que d'autres au caractère expansif de l'Africain, comptent parmi leurs membres un très-grand nombre d'affranchis.

Pour les nègres, la conversion est un coup de tonnerre, suivi d'un déluge du Saint-Esprit, auquel succède l'éclatant soleil qui vient illuminer les cieux et remplir l'univers de honneur !

« Saisir ta religion t » tel est le mot, par lequel ils caractérisent le changement du cœur.

Le nègre reste parfois des semaines entières, écrasé sous le sentimenl de son péché. La pensée du jugement dernier le suit partout. Soudain — peut-être tandis qu'il sert tristemeat à table, ou exécute on ordre ou étrille ses chevaux — il pousse un cri de joie, s'élance, court en tous sens, distribuant force poignées de main et criant : — J'ai saisi la religion! j'ai saisi la religion! Béni soit Dieu! je suis sauvé ! Alléluiaht — Chose touchante, le premier homme auquel il serre la main, devient son père dans le Seigneur; la première femme, sa mère en Jésus-Christ.

Je me trouvais dans la famille X"**, lorsque le valet de chambre se coQvertit. Il y eut bouleversement général à l'office. Tous les serviteurs, rayonnant de joie, s'écriaient : — Dick a saisi la religion ! Dick a saisi la religion 1 — Dick lui-même s'était hâté d'aller annoncer œtl i grande nouvelle aux parents et aux amis (1).

I. nègres chrétiens vous diront presque tous la date précise de leur conversion. Ils énumèreront les personnes converties à telle ou telle assemblée religieuse.

Ulysse me chantait un cantique. Arrivé à ces vers :

Pensez à ce que vous offre Jésus-Christ 1 Bientôt, vous serez aussi froid que la glace!

Ulysse s'interrompit :

— J'en ai vu six, convertis par ce verset! s'écria-t-il.

Toute réunion religieuse, dont le nègre sort sans avoir pleuré, gémi, crié, ou s'être réjoui avec des transports d'allégresse, paraît à ses yeux une affaire manquée.

Je me trouvais un soir dans l'église de Savannah. La nef, faiblement éclairée, contenait à peu près mille noirs. M. K***, un nègre, prédicateur du réveil, prit la parole après le pasteur régulier. Ses brûlants appels à la conversion passionnèrent vite l'auditoire; bientôl éclatèrenl des soupirs, puis des sanglots, puis des hurlements. Tout à coup, un cri perçant domine le tumulte; une jeune femme s'élance de sa place, bondit, retombe, se livre a des mouvements désordonnés. Une autre suit l'exemple, une autre encore! L'orateur noir, cependant, continue ses appels: répétitions des mômes phrases, entrecoupées d'interjections et d'éclats de voix.. L'assemblée se balance et gémit. Les trois

1. « Je te rends grâce, ô Pore, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et de ce que tu les as révélées aux enfants. » Matlh. ch. XI, v : k2.i.

266 les hMrinicAim chez eux.

!S crienl et se débattenl à qui mieux mieux, tandis que lours amis répètenl à tué-tête : Gloire au Seigneur! Gloire au âeign sur!

si quelques pasteurs favorisenl de telles scènes, p srsuadés qu'elles sont une manifestation du Saint-Esprit , les Eglises plus développées, les conducteurs mieux pénétrés des véritables caractères de l'action divine, évitent soigneusement ces surexcitations.

L'éducation, ajoutons-le, enseignera au nègre a se maîtriser.

Ce fut a Richmond — Broad-Street, African Church— que pour la première fois, j'assistai au culte nègre (1). Cette église était naguère desservie par un pasteur blanc. Les noirs, en possession de leurs droits civiques et religieux, se sont hàlés de nommer un pasteur noir.

A part d'insignifiants détails, rien ne distingue ce culte du nôtre. Les cantiques sont exécutés avec beaucoup de verve. Lorsqu'on annonça le dernier, les assistants se tendirent la main, et tout en chantant, sortirent en bon ordre (2).

Dans les camp-meetings — réunions en plein air — dans les hangars où se réunissent les nègres des campagnes, le service religieux vise plus, d'ordinaire, à l'excitation qu'a l'édification.

La composition des cantiques, très-naïfs pour la plupart, permet de les allonger indéfiniment. Un des plus en vogue commence ainsi :

Venez, vieux père, venez,

Car le temps s'écoule vite.

Il n'y a plus rien à faire,

Disent les anges là-haut,

Qu'à sonner les douces cloches.

Oh! nous sommes presque à la maison,

Presque à la maison

Pour sonner les douces cloches !

Le verset suivant reprend :

Venez, vieille mère, venez;

Ainsi de suite. La sœur, le frère, les enfants, tous y passent t Si quelque étranger se trouve là, il a son tour :

Venez, cher étranger, venez ; Venez, frère blanc, venez !

1. Plus d'un millier de personnes s'y réunissaient chaque dimanche. '2. La con^rëg'ition so servait des hymnes de Watt.

LA CHRÉTIENTÉ Nul 207

!'n autre chant présente la môme idée :

Jeune homme, dis, connais-tu le chemin, I e îhemin de la gloire?

\ dis, connais-tn, etc

Quelques hymnes semi-religieuses, datant de l'esclavage, remuaient encore le cœur des nègres jusque dans ses plus intimes profondeurs :

0 Moïse, descends,

Descends dans la terre d'Egypte.

Dis an roi Pharaon

Qu'il laisse aller ma nation!

Pendant la guerre, les noirs avaient ainsi modifié ce cantiqu1

0 ! père Abraham.

Descends au pays de Dixie !

Dis à Jeff Davis Qu'il laisse enfin aller mon peuple!

Ils ont assez longtemps souffert, Dans la maison de servitude.

Le pied de l'oppresseur est lourd, Le bras de l'oppresseur est fort !

0! père Abraham, etc.

Le seul chant nègre inspiré par une colère vengeresse, que j'aie jamais entendit, remonte à ce même moment : l'époque où le Sud était assez puissant encore pour empêcher les armées libératrices d'atteindre les esclave de l'intérieur. Ce cantique fut, dit-on, entonné pour la première fois par une vieille prophétesse africaine, dans une réunion d'esclaves émancipés, près de Washington. En voici le refrain :

Si le diable n'accroche pas Ce misérable Jeff. Davis !

S'il ne le rôti1 pas,

Ne le frii'H^se pas, A qnoi donc sert le diable ?

Grand nombre de ces hymnes, curieux mélange de tristesse et de . représentent la vie comme une succession de douleurs, la mort comme la lin de tous i<>> maux.

J'entendais uni1 vieille ■ occupée à frotter le parquet,

redire de sa voix: mélancolique une des complaintes les plus populaires an in itud ■.

Que ne suis-je mort, quand j'étais un bahyl

268 LUs AMER ÏC AIHI CHE2 EUX.

Un autre cantique, fréquemment répété dans 1rs élises, débute par ces moi^ :

Nul ne sait les madx quo j'oivliiro ; .Nul, sauf le Seigneui Jésus-Christ 1 Nul no sait Is maux qne j'endure, M. lis, moi, je vais aii paradis !

Un sentiment tout pareil, inspire ! >s cérémonies funèbres. — Les sanglots des parents et des amis, leurs appels désolés, représentent le côté terrestre du deuil. Los chants joyeux, entonnés par le reste

de l'assistance, expriment le côté eéli'sti1: l'allégresse du bienheureux.

Beaucoup d'hymnos ont un Caractère symbolique ou narratif.

Ce cantique-ci, exécuté par une congrégation de nègres, qui se balancent d'un mouvement uniforme, les mains jointes, les yeux levés vers le ciel, produit un effet saisissant :

Je n'ai pas le temps de m'arrèter,

Je n'ai pas le tour), de vous attendra.

Ma patrie est de l'autre i

De l'autre côté du Jourdain.

Pauvres pécheurs, adieu !

Le Jourdain je dois traverser, Dois traverser, dois traverser ; Le Jourdain je dois traverser, Pauvres pécheurs, adieu !

Robe blanche je dois vélir, Je dois vêtir, je dois vêtir, etc., etc.

Couronne d'or je dois porter, Je dois porter, je dois porter, etc.

La harpe d'or je dois jouer, Je dois jouer, je dois jouer, etc.

Des souliers d'or je dois chausser, Je dois chausser, je dois chausser, etc.

D'eau vive je dois m'abreuver, Dois m'abreuver, dois m'abreuver, etc.

Au chemin d'or je dois marcher, Je dois marcher, je dois marcher, etc.

Encore on fleuve à traverser, Encore un seul, en cote un soul, Encore nn 11 ;-n ve à traverser,

Et puis nous sommes arrivés.

Je n'ai pas le temps âe ra'arreter,

.le n'ai pas le temps «1 • vous attendre.

Ma pairie est de l'antre côté,

De L'antre côté du Jourdain.

Pauvres pécheurs, adieu !

tes mélodies de ces cantiques, d'une enfantine simplicité, ont adouci de Longues années de tourments ; elles charment encore aujourd'hui les congrégations des campagnes. Elles tendent toutefois à disparaître, et n'appartiendront bientôt plus qu'au souvenir.

I. (s jeunes nègres, à mesure qu'ils acquièrent des connaissances, se faisant difficiles, dédaignent ces airs primitifs. Les nègres âgés, auxquels ils rappellent l'horreur de l'esclavage, ne les répètent pas volontiers.

Je n'étonnerai personne, si je dis que le cœur du nègre pieux aime à se répandre en prières.

Tous prient, dans les congrégations noires : les femmes aussi bien que les hommes. Ces supplications, pleines d'ardeur et de foi, embrasent l'auditoire.

« — 0 Père tout-puissant t ô doux Jésus t glorieux roi t s'écriait Nancy Brooks, dans un camp-meeting: Ne veux-tu pas, aujourd'hui, jeter Les yeux sur nous, pécheurs affliges? — Jésus ! N'es-tu pas lé Dieu de Daniel ? N'as-tu pas tiré les trois jeunes hommes de la fournaise? N'as-tu pas entendu les cris de Jonas, dans le venti ?Oh! s'il se trouve ici, en cet instants

quelque Pierre infidèle, quelque Thomas douteur, Seigneur! n'auras-tu pas la compassion de venir les délivrer ? N*en fourcherastu pas ton puissant cheval, l'Évangile, pour descendre près d'eux? Ne leur diras-tu point : « Allez en paix et ne péchez plus? > ii'iir! n'arriveras-tu pas, tenant le pardon d'une main, et de 'autre un éventail, pour chasser les doutes de nos cœurs? Seigneur! n'arracheras-tti poinl ces .wins à L'enfer? »

Tous ne suit pas. dans leurs citations bi liques, aussi heureux qu • Naney. l'u homme de Chattanooga priait pour que M. Tade le missionn ire. fût : « Ferré à glace, par la préparation de L'Évan. iaix! »

Les nègres, dans leurs intercessions publiques, ne s'en tiennent

27 ' s nia cm

pas :m\ généralités. Ils prîenl pour n\ . pour leurs femm

pour leurs enfants, pour quiconque excite leur intérêt. Je me suis entendu phis d'une fois désigner comme : « Le gentleman blanc, là, dans ce coin! » ou : « Le frère bl dé la porte! »

Les images qu'emploient les noirs, souvent justes, sont non moins originales.

— Seigneur! ainsi priait un nègre : Quand nous mirons rongé tousles os, avalé toutes les pilules amères d'ici-bas, prends-nous vers toi!

— Va-t-en un peu du côté du Nord, Seigneur! faisait un autre : Va bénir les bonnes âmes de par là-bas!

— 0 Dieu! s'écriait le troisième, qui sollicitait avec véhémence un réveil : Secoue-moi comme il faut tous ces pécheurs ! Ne sois pas aussi patient qu'à ton ordinaire!

David, nègre herculéen, qui dirigeait une nombreuse réunion du culte, confessait à voix de stentor les péchés de son peuple, ajou tan , ou plutôt hurlant :

— Rappelle-toi, Seigneur, que je te dis tout cela en secret !

— Oh ! Seigneur ! soupirait oncle Sam : Nous venons à toi ainsi que vont les cruches vides à la fontaine : pour être remplis! — figure qu'affectionnent les noirs, et qu'oncle Nat, antre nègre âgé de la Caroline du Sud, variait ainsi: — Nous venons à toi, comme des cruches vides, sans fond, pour te demander de nous remplir de ton amour !

Dans la même prière, oncle Nat, plus ingénu que versé dans les arcanes du langage, disait encore: « — Nous savons que tu es un Dieu juste, qui moissonnes où ta n'as pas semé ! » — Puis il ajoutait : — « Seigneur! bénis le cher frère qui s'est montré assez cordial pour m'engager à prier! » — On se demandera peut-être si l'assemblée trouvait que cette cordialité fût, pour le cher frère, un titre à des bénédictions spéciales!

Une fois lancés, les nègres, enivres de leur parole, ne la contrôlent plus, lien résulte des expressions saugrenues, impossibles; des phrases qui n'ont ni commencement ni fin, et que : les meilleurs grammairiens du ciel, ainsi disait un pasteur, auraient grand'peine à débrouiller.

Les nègres empruntent maints termes de comparaison à l'esclavage. Pour eux, l'habitation du planteur est le type de la magnificence ; le planteur, parcourant à cheval ses propriétés, le symbole de la noblesse et du pouvoir. De là cette figure : — - Monte à cheval, Seigneur! descends la colline de Sion ; viens passer en revue ton assemblée !

LA CnUBTIE ÏTÊ HOIRE, 27!

— La mort, fibres! s'écriait an orateur nègre : lançant son rapide coursier, traverse tantôt cette rne-ci, tani'i celle-là!

— N'as-tu pas promis, Seigneur ! disait un autre Adèle, d'enfourcher ton cheval blanc, et de venir, certain jour, visiter cette, Memphis ?

—0 Seigneur ! ainsi priait un vieillard de Hampton— Virginie — : Ouvre les fenêtres de diamant du ciel, relève tes rideaux, splendides, secoue ta belle nappe, laisses-en tomber les miettes sur nous t

Le Rév. Thome, de Claveland, entendit la plus curieuse des supplications, prononcée durant la guerre, par un ancien prédicateur nègre de Paris-Island, Caroline du Sud. — Peter, n'oubliant pas que le chrétien doit prier pour ses ennemis, le faisait en ces termes: — Nous t'intercédons, Seigneur, pour nos ennemis, les méchants Sesech ! — sécessionnistes. — Donne-leur le temps de se repentir! Et, si tu les reçois dans ta gloire... eh bien!.... nous ne t'en voudrons pas!

L'œuvre de prédication parmi les nègres cultivateurs éloignés des centres, reste très-primitive, bien qu'en voie de progrès. 11 faut se rappeler que pasteurs et troupeaux, pour la plupart anciens esclaves, n'ont guère reçu d'éducation.

Je ne me sentais, quant à moi, que plus touché, lorsque dans ces modestes congrégations de campagne, j'entendais quelque prédicateur noir, incapable encore d'épeler un mot des saintes Écritures, parler fidèlement, au nom de l'Évangile, et, brandissant sa Bible, en appeler au texte sacré.

— Frères et sœurs ! s'écriait Willy: Je ne puis lire plus d'un ou deux versets du Livre ! Mais l'Évangile est là! Mais la bonne nouvelle est là ! — il montrait le volume— : Que vos enfants sachent lire cela! Le Livre, c'est la délivrance, pour nous autres pauvres noirs !

— Mes frères! s'écriait ailleurs Jack, autre nègre: Vous trouverez le texte de ce matin, dans la Régulation (1) de saint Jean ! — Puis, ouvrant sa Bible vers le milieu, Jack, sans broncher, répéta le verset!

Candide vieillard ! Ne sachant pas lire, ignorant môme où se trouvaient les paroles inspirées, que pourtant il connaissait, Jack prenait la Bible à témoin de l'exactitude de sa citation. Il fit une prédication pleine de vie et de sérieux. Si la science théolo-

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