J08 LES AMÉRICAINS CHEZ EUX
e jour-là, par bonheur, le pont ne faisaà pas réôole buissonnière.
J'attendais, à Goshen, la diligence de Lexington :
— Quelle espèce de route allons-nous avoir ? — demandai -p a. un gentleman qui attendait comme moi, tout en fumant son eig sous la verandah.
— Terriblement raboteuse, I guess (1)! — me répondit-il.
— Bah ! fit un individu en chapeau pochard : — Elle n'est pas meilleure qu'il ne faut, voilà tout.
Puissances du ciel ! Que va-t-elle être, cette route qu'un Yankee déclare : raboteuse, et l'autre : pas meilleure qu'il ne faut !
A peine avions-nous quitté les environs de Goshen, que déjà la voiture se livrait à d'inquiétants soubresauts.
— Pourquoi n'entretient-on pas mieux les chemins ? m'écriai-
je.
— C'est rien, ça ! fit mon vis-à-vis, au moment où un nouveau cahot le jetait sur mes genoux : Ça, c'est le meilleur bout ! Passé la Furnace, vous trouverez des ornières où j'enfoncerais le bras. Quand la nuit descend, Joe — notre cocher — ne distingue plus les trous t
Après la Furnace, en effet, les bonds devinrent tels, qu'obligé de fixer mon chapeau sur ma tête au moyen d'un mouchoir, je me cramponnai des deux mains à la courroie qui formait le dossier du premier banc, afin de ne pas être lancé sur les cailloux. Quand je dis sur les cailloux : c'est en pleine rivière, que notre véhicule menaçait de culbuter !
Seul dans la voiture — mes compagnons avaient [atteint leurs destinations respectives, — mon poids insuffisant rendait ses convulsions plus désordonnées.
La distance qui sépare Goshen de Lexington — vingt et "quel" ques milles — aurait été, sur une route anglaise, facilement parcourue entre le thé et le souper. Six forts chevaux, conduits haut la main par un cocher habile, mirent huit heures et demie — de six heures du soir à trois heures du matin — à la franchir. Arriver sains et saufs, les roues encore attachées à la voiture, c'était déjà miraculeux !
Une seconde voie relie Lexington au chemin de fer: Mais, disent les natifs, quelle que soit la route qu'on choisisse, on regrette toujours de ne pas avoir pris l'autre l
1. / guess — mot favori du Yankee : je]présume, je prévois, je suppose.
l'ouest. 309
Dans les contréps mare '. Los roules
Corduroy, comme on les comme ici, formées plus soùvenl ili* troncs d'arbres couchés les uns ; autres,
se distinguent, suivant la dimension des matériaux qi im-
p >s • ;!. en Wckcly-Crkk (y, et Hunker-Chunker. Les routes Cordtu ne procèdent pas brutalement ; elles ne concassent ni ne brodent le \royageur; seulement,au moyen d'au système de petits cahots réguliers, mon I mes, in . elles désarticûlenl tout ; intures, déjoignent tous ses os, ébranlent tou dents.
Dans Pou 'st. les Interminables rubans de queue qui travel les prairies, excellents en — on y n
comme sur du velours— se transforment après la pluie en océans boueux.
M. X '*", empêtré lui-même, avec son chariot, au beau milieu dm «s roui at, dit-on, un chapeau qui s'agitait sur
la su igeus ■. Concluant du chapeau ;i l'homme :
— Hé! l'ami ! s'écria M. X*** : Faut-il vous donner un coup de main ?
— Merci ! merci î répond le chapeau. Je suis à cheval, nous nous en tirerons !
Monture el > valier, tout, sauf le chapeau, avait disparu dans la fondrière.
Demander du macadam à un pays démesuré, dépeuplé encore, -■l'ait, convenons-en, se montrer par trop exigeant. Surtout si nous aj , nions que les chemins de l'Ouest franchissent d'immenses idues alluviales, que l'argile y mesure dix à quinze pieds de fondeur, qu'on n'\ aperçoit pas un seul arbre, que les rocti S ni un objet inconnu, et qu'autant vaudrait y chercher un diamanl qu'un caillou (1) !
Mais -i les fondrières de l'Ouest onl un villes n'en on1 pas, el I r qui se voit, au milieu des
plus mtes métrop ;e de rues aussi mal tenues
les routes des prairies, a quelque droit de s'indigne . le m'arrô is, dans une des prin rues de Memphis, pour
i canne la profondeur du bourbier qui s'y étalait.
— ; l'un près ; : Il n'y a pas longtemps, un écriteau prévenait le publicqueM. l'ins] de ! i \ >iri ::
1 is de rOue lindre gravois ■,•>•.