‹ Les Américains chez eux d'après l'anglaisChapitre 86 sur 138 · Employé à New- York, Chicago, etc · texte numérisé non relu

Employé à New- York, Chicago, etc

2. Bien, qu'un des centres les plus anciens de la civilisation dans l'Ouest — les Franc lis, en 1761, l'avaient dési née comme station du commerce in lien — Saint-Louis est, en fait, la créatim du pré ent sieele. Sa populat on, de 2,000 âmes en 1810; de 16,000 en 18i0 ; de 70,000 en 1850, s'élève à 240,000 au ourd'hui : 1 20 fois plu-; considérable qu'il y a soixante ans. Saint- Louis se préoccupait vivement alors, d'importantes expériences qui avaient pour objet la fonte du fer. Le Missouri possède en abon lance charbon et minerai. Malheureusement pour lui — heureusement pour nous, Anglais — le charbon, chargé de soufre, aliore le fer, 1 rsqu'on emploie les procédés ordinaires pour le réduire, d'abord en bloc, puis en bane. Il s'agis>ait donc de trouver une méthode qui permit de supprimer la premiere de ces o|éraion<. En cas de si:cc;s, les rails, qui coûtent quarante ou cinquante dollars la t nne, pris en Angleterre, se fabriqueraient sur place à moiiié prix. Le commerce américain secouerait ain-i le joug de l'An.Ieierre, et le Missouri y gagnerait tout. Avouons-le ; il est vexant pour les Américains, et encore plus pour le^ habitants du Missouri, d'ac'ieter du fer à l'étranger, quand on en possède, littéralement, des montagnes sous la main ! Les trois fameuses Montagne» do fer s'élèvent à quelques cents milles de Saint-Louis. L'une d'elles, le Pilot Knot, contient le fera l'état si pur, qu'on a, dit-on, fabriqué un fer à cheval, grosbier il est vrai, avec du minerai brut.

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Un tiers des habitants appartient à la race allemande: gens sobres, actifs, peu croyants par malheur, et qui passent leurs dimanches à boire de la bière dans les ixw-rooms.

Les Irlandais, qui affluent aussi, sont en général ouvriers.

Quelques Écossais font rapidement leur ohemin. L'un d'eux, riche capitaliste, a créé de magnifiques jardins botaniques destinés à la Aille.

Saint-Louis se montre justement fière de sa bibliothèque et de icoles. C'est par millions, qu'elle consacre les dollars à la création ou à l'entretien de ses établissements d'instruction publique. Lors de mon passage, l'École normale marchait bien. Mais l'une des deux universités restait fermée, faute d'élèves, et, par c nséquent, de fonds.

Le I it est significatif. Dans l'Ouest, on n'entreprend guère d'études classiques, on n'en a pas le temps:

— Cela viendra plus tard ! disent les gens du pays. Nous avons

■h ■ actifs, on ne peut tout mener de front ! Pour le moment, nous défrichons nos terres. Après, nous produirons des savants.

Ce qu'il y a de certain, c'est qu'aujourd'hui, tout bon comptable doué de flair commercial; tout homme pratique, capable de mettre la main à l'œuvre, obtiendra un salaire infiniment plus élevé que le meilleur traducteur d'Euripide ou d'Horace, inepte en l'art de tondre moutons et .. chalands !

Faire au plus vite fortune, telle est la visée générale. On entasse les en fa nts dans les écoles primaires - nui ne peut faire son chemin s'il ne sait lire, écrire et calculer — mais le latin ne rapportant pas un gros intérêt, le grec n'étant pas coté à la Bourse, on jette grec et latin au vieux fer. Il est rare qu'un étudiant termine ses cours. A Iowa, quinze élèves sur six cents à peine axaient pris leurs degrés. A Jlarward — Massachussets — la proportion était de vingt sur cent. Ce trait, caractéristique, distingue les anciens États des nouveaux (1).

M. Pan in, professeur à l'Université de Iowa, me parlait d'un étudiant très-doué, qui avait abandonné les cours à moitié route. Le professeur lui exprimait ses regrets:

— Monsieur ! répondit l'élève en déployant une lettre: On m'offre là quinze cents dollars par an, avec perspective d'avancement. Or

\. Ajoutons an antre détail non moins saillant : l'Université de ïowa ouvre ses portes aux étudiantes, et leur confère les diplômes. Le collège d'Oberlûl, Ohio, a le premier reconnu le droit des femmes à recevoir une educaiion universitaire. Depuis plus de trente ans, il admet quiconque se présente — • avec les capacités requises — sans distinction de sexe ou de couleur.

\ aïs, Monsieur, tjui depuis vingt-cinq nus avez pris vos degrés, vous gagnez quatorze cents dollars, tout au plus.

Grand nombre de jeunes gens quutenl donc les bancs de l'Université, pour si> faire employés de télégraphe, agents d'assurances, commissionnaires en marchandises; fonctions qui n'exigent ni diplômes, ni longs apprentissages.

Certaines carrières, ai-je besoin de le dire ? demandent une instruction plus complète. Impossible, sans solide é lucation scieritifique,de travailler, mè-ne au bien-être matériel du pays. Mais ici, les connaissances théoriques baissent pavillon devant les c naissances pratiques. Ces dernières obtiennent de si forts émoluments, que, prompts à les acquérir, impatients de les appliquer, les jeunes gens dédaignent les premières. — Étudier pour l'amour de la science ! à quoi bon ? Le pays réclame à grands cris toutes les intelligences, toutes les aptitudes, toutes les capacités. 11 n'accorde pas à ses employés le loisir de devenir des savants !

Et voilà pourquoi, d'un bout à l'autre des États, dans l'Ouest surtout, l'instruction est si générale et l'érudition si rare.

Le niveau moyen de l'instruction, il faut le reconnaître, est plus élevé que chez nous. Un petit nombre d'hommes seulement le dépassent. Il y a néanmoins lieu de s'étonner qnâ l'Amérique, en dépit de circonstances très-défavorables, ait déjà produit tant d'individualités hors ligne.

• Sur le fleuve, à deux cents milles nord de la populeuse capitale du Missouri, s'élève Keokuk : la « porte » de Iowa.

Keokuk s'est fait à grand tapage sa place au soleil. Croissant avec une inouïe rapidité, elle menaçait de devenir la rivale de Saint- Louis. Ce bel élan ne s'est pas soutenu ; depais dix ou quinze ans, K okuk, demeurée stationnaire, s'est vue devancer par d'autres cités, ses cadettes. L'histoire de Keokuk peut servir d'avertissement aux emigrants du Vieux-Monde. Partout où s'ouvre quelque nouveau champ d'activité, partout où naît un embryo* de ville, les esprits aventureux, les i I arcs s, ns emploi, les commerçants malheureux, accourent d'Europe et des comtés de l'Est. Les premiers arrivés — s'ils ont assez de prudence, assez de flair pour vendre au* bon moment — font vite fortune. Mais bientôt Faiïïuence des immigrants dépasse les ressources de la place et l'étendue des affaires quelque autre centre de commerce, mieux situé, attire les capitaux a\ec le travail; la cité en projet s'écroule avant d'être née, Je dé ri - 'mi i ses droits, et les dupes en sont pour leurs illusions et leur argent.

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