L OUEST
New-Philadelphia, une de ces villes s rties de terre, avec églises
entrepôts halles, plus un collège qui avail coûté ceni mille dollars,
! vidée aussi promptement qu'eue s'était peuplée. Mon ami,
Si*** qui la visitail naguère, n'a pas rencontré un seul habitant
dans s»s vastes rues. L'être humain le plus voisin étail M. X*'
fermier établi à un quart de mille. Le commerce avail pris une
direction opposée, les citadins l'avaient suivi, les maisons de
New-Philadelphia tombaient en ruines, et les porcs du fermier
lent leurs ébats dans les salles du collège !
Vu gentleman* très au courant de la situation du pays, divisait les commerçants du Missouri en trois catégories : — Sur cent, disait-il, cinq mettent quelques dollars de côfé, quatre-vingtcinq parviennent à nouer les deux bouts, dix coulent, bas.
Que les emigrants y réfléchissent donc à deux fois, avant de quitter la mère patrie, pour aller planter leur tente dans l'Ouest. Et qu'ils le sachent bien : les difficultés contre lesquelles ils ont à lutter dans le Vieux-Monde les attendent dans le Nouveau.
La concurrence se retrouve ici comme ailleurs.
A Saint-Louis, par exemple, un emploi n'est pas plus tôt vacant que des centaines de postulants se présentent pour le remplir.
bes agriculteurs actifs, intelligents, lestés d'un capital qui leur permette d'acheter quelque trente à quarante acres de terrain, réussiront <! n- L'Ouest, parce que c'est de ces gens-Là que l'Ouest a in. : tire emplette de lots pour les revendre, offre aussi quelque chance de succès ; mais ce sont des chances, et on ne les saisit cue:--, qu'en s'enfonçant dans les solitudes que la spéculation n'a I encore exploitées.
De Keokuk, je fis une excursion dans l'iowa.
i; [itiellement agricole, compte moins de terrains incultes
qu'aucun autre Etat. Sur ses cinquante-cinq mille milles carrés de superficie, trente mille milles consistent en prairies à, perte de vue ; si unies, que la charrue peut s'y promener en tous sens. esl admirablement fertile. — Un jeune homme qui, en Angleterre, gagnail cinq cents francs par an comme valel de fer arrivé dans la Des Moines Valley, acquit, avec l'argent avancé par un oncle, cent soixanl le terrain, à raison de cent vingt-
cinq francs l'acre. Dès 1 i première année, ses bénéfices lui permir, ot d'éteindre sa dette; la seconde année,i] plaçait treize cents dollars. Son domaine vaul maintenanl six ou sept fois le prix d'achat,
Chog ! ante, les chemins de f r devancent ici les hommes.
En Europe, on n'établit d< voiesfern [u'éntrevill
3l4 LES AMÉRICAINS CHEZ EUX.
sîdérables pour assurer aui ligues un transport significatif. C'est t'inverse en Amérique. Les ràfls jouem le rôle de pionniers ; ils vont fi la conquête du désert^ les villes se bâtissent sur leur parcours ; l'industrie répond à leur appel. — Et ces ailles s'étalent avec une magnificence qui ferail pâlir le luxe de leurs sœurs d'Europe! Et cette Industrie déploie toutes les ressources du progrès le plus avance, dans des régions où l'éteanger s'attendait à ne rencontrer que buffles et Indiens t
Nos fermiers ouvriraient de grands yeux, s'ils voyaient les machines les plus perfectionnées fonctionner sur des fermes perdues au milieu d'incommensurables solitudes.
Coupant la prairie sans bornes pour me rendre àlowa, j'aperçus un personnage qui, gravement assis sous son parasol, se faisait traîner, à Gravera champs, dans une espèce de dog-cart.
— Singulier endroit pour se promener en voiture ! dis-je à mon ami R* \
— Cet homme laboure, me répondit-il.
— Laboure ! Vous plaisantez ?
— Point. C'est ce que nous appelons une charrue-buggy : si puissante à la fois, et si facile, qu'une femme ou un enfant la conduirait.
Les socs de la ehatrue-buggy sont fixés sous le véhicule ; une poignée pivotante règle la profondeur des sillons. Le laboureur s'établit sur son siège bien rembourré, prend les rênes : Hue ! et sans mettre pied à terre, retourne son champ. Quelques-unes de ces charrues tracent jusqu'à quatre sillons à la fois (1).
Comment traverser les prairies, sans parler des embrasements qui les transforment en océans de feu? Hélas! ce spectacle horble et sublime n'a été, pour moi du moins, qu'une mystification.
Je rencontrai mon premier incendie dans l'État de lowa. Ni tourbillons de fumée, ni flammes dévorantes, ni Indiens terrorisés, ni buffles affolés. Rien, sinon cette mince ligna écarlate, qui, serpentant dans les ondulations de la plain1, laissait le sol recouvert, on l'eût dit, d'un drap mortuaire aux plis noirs. — Coleridge prétend que les spectateurs d'an incendie trop vite éteint ont droit de le siffler. J'avais quelque envie de siffler à mon tour cet embrasement dérisoire. — Dans les localités où de
4. Le premier labour des prairies s'opère au moyen d'une charrue ordinaire que traînent trois, quatre, et même cinq paires de bœufs. — On en voit de pareilles en Espagne.
l'ouest. 318
hautes herbes, où de grands arbres deviennent la proie des flammes, l'effet est tel que nous l'ont décrit les romanciers. Dans les prairies de l'iowa, l'incendie est un très-simple et trêsinoffensif procédé agricole, destiné à faire pousser l'herbe et a User le sol.
La chasse aux canards forme le principal divertissement des habit nts. Autrefois la caille, qui ressemble à notre faisan ; le poulet des prairies, plus gros que n;>tre coq de bruyère, abondaient dans le territoire, lie berchés sur le marché de New-York, ils se font rares. La ville aux gigi utesques appétits étend ses bras à travers les prairies de l'Ouest, pour y saisir sa proie et satisfaire ! i gourmandise de s ;s épicuriens.
loua! Ce mot indien exprime la joie. Lorsque les indigènes — ainsi dit la tradition — marchant vers l'Occident, traversèrent le Mississipi et eau: lièrent dans les prairies : — Ioiva ! s'ecrièrent-ils : Nous sommes bien ici, plantons-y nos tentes!
Pauvres Indiens 1 Leur paisible halte n'a pas duré longtemps. Les visages pales, Y Englese ou Y Anke.es — longs-couteaux — sont arrivés avec leurs rails, leurs locomotives,leurs villes, leurs charrues-buggy ! Force a été de ^der la place. 11 y a trente ans, l'iowa entier, sauf une zone étn Ite sur les bords du Mississipi, apparl' n lit à deux tribus alliées : les Sacs et les Fox. Aujourd'hui, on chercherait en vain dans l'iowa un Sac ou unFox. Les reservations réserves — leur ont seules été conservées. Or l'État, au mépris delà parole jurée, vend ces réserves aux immigrants; et l'Indien refoulé de désert en désert, sous prétexte qu'il est incivilisabler , aura bientôt Uni de \ ivre (I).
1. I"n vieil Indien, appartenant à l'une des tribus chassées il y a quarante ans iln Mississipi et île la Géorgie, (fartait aussi présent le souvenir de cette grande iniquité, que si elle se fut accomplie hier.
— Le pays é< ait à nous ! — ainsi parlait l'Indien : Mais le* visages pales le convoitai -ut pour leurs plantations de coton et leurs esclaves. — Wons disions: Pion I C'est notre pay* le chasse, les ossements de nos pères y reposent, ■tons ne le donnerons pas ! — Les visages piles s'écrient qu'ils l'auront, bon gré, mil jrré Nous tenons conseil. Malheureusement, on se sépare sans avoir n llo -, le! blancs fbat les lois tjttl anéantissent notre
gouverne nent. Ils nous emprisonnent pour les moin1 , et nuis poussent
•i faire, alin île no a ippelons à n>lrè Grand P re : à
Wa-him;ton. Notre Grand Père noas dit : — Je ne puis pas vous protéger latts le ter it lire que vous neen •■• matntemnt. Mais il y a «les contrées à I' du Mississipi : je vous y ir nsporterai. L'est lice que prétendaient les vi-.i pâles: sj dé le nons, et prendre notre pays. Rien qu'an |eane nomme
dans ce temps, je faisais d : partie dn conseil. — ïlpns répétons: Le pays est
1 ■■: aons roulons y rivre i.-ir. —Le secrétaire de la guerre conférait
avec nous, la bouche pleine de promesses. Nous disons : — Le Secrétaire de
3iG LES AMERICAINS Ui::/ El
L'Indien est civilisoble, quoi qu'on dise l'Américain.Je n'eu veux as tribus : les Choctaws et les Cherokees qui toutes lieux onl adopté nos mœurs.
.)*;,i renc ni ré à Washington un Chpctaw, venu des confins de l'Arfeansas pour affaires onl . Homme aux. manières distin-
guées, instruit, vêtu à l'européenne, il m'invita fori aimablement a l'aller voir chez lui.
— Volontiers! répondis-je : Si vous me garantissez ma chevelure !
— Oh ! s'écria-t-il : Les beaux temps du scalp sont passés! Nous faisons de l'agriculture, nous avons adopté la législation américaine, et notre chef est devenu ministre presbytérien.
L'Indien semble, au premier abord, plus intelligent que le nègre mais il progresse avec plus de lenteur. Or la nation qui, dévorant ses repas en quatre minutes, construit ses railtcoys à raison de deux milles par jour, n'attendra pas cent ans, pour donner à l'Indien le loisir d'enterrer son tomahav, k, de se débarbouiller le visage, et d'enfiler un pantalon!
Le llux envahissant de la civilisation monte, monte toujours, repoussant l'Indien aux derniers contins de l'Ouest. Le sol va lui manquer sous les pieds. Déjà, les visages pâles ont jeté l'ancre sur les bords du Pacifique ; déjà, les deux civilisations qui remanient le Nouveau-Monde se donnent la main par-dessus les Montagnes Rocheuses. La race des Peaux-Rouges, qu'enserre la race blanche, meurt au contact. Le choléra, la petite vérole, la boisson plus encore que la guerre, achèvent de l'anéantir. En dépit des lois qui, au Canada et dans d'autres États, interdisent la vente des liqueurs aux Indiens, le Peau-Rouge trouve moyen de s'empoi-
a guerre mourra, notre Grand Porc Washington mourra, et on déchirera les traites. — I.e secrétaire gagna un de nos chefs — mi-blanc, mi-indien — lui fit. signer le traité, et disparut. Le traître qui avait si rut en môme
temps; il savait ce qui l'attendait, s'il élait resté. On nous donne l'ordre de partir. La tribu répond : — -Nous resterons ! nous sommes chez nous! On nous a trahis! — Le général Scott arrive avec six mille soldats, pour nous expulser. Nous nous battons en braves ; mais l'homme blanc était plus fort que nous. Alors nous disons: — ÏNous partirons ! — îl fallut trois années pour transporter notre nation de l'autre côté du Mississipi. A peine en route, le choléra nous attaque; il nous emporte par milliers. L'un de nos poètes, arrivé sur la rive occidentale, se retourne et dit . — S'il y a un Dieu, il vengera le crime!
— Il l'a vengé! — poursuivit l'Indien, faisant allusion à la dernière guerre : — ÏNous ne savion cela s'accomplirait, mais le jour
de la rétribution r,st venu! Dieu est juste! La coupe que les visages pâles nous ont forces d'avalor, Dieu la !etir a fait boire!
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sonner avec l'eau de feu. Il donnera son fusil, sa couverture tout ce qu'il possède pour du wisky; et une fois qu'il a commencé de s'enivrer, il ne s'arrêtera plus :
— Lorsque les Indiens, me racontait M. X***, se rendaient en caravanes à Keokuk, ils avaient coutume de préposer quelques-uns d'entre eux à la garde du reste de la tribu, afin que celle-ci pût se priser en paix, jusqu'à complet abrutissement.
L'indien de la réalité n'est pas, tant s'en faut, l'Indien du roman.
— Partagez votre dernier morceau de pain avec un Indien! me disait M. R", missionnaire qui a longtemps travaillé parmi les Peaux-Rouges : 11 vous accrochera votre dernière bouchée s'il peut. En revanche, si dans un moment de détresse vous l'avez secouru, il ne l'oubliera jamais.
M. N"*, mécanicien d'un des steamers qui desservent les lacs du Canada occidental, rencontre un jour dans les bols un Indien fort en peine. La cheminée de sa carabine venait de se briser. Sans carabine, un Peau-Rouge meurt de faim. M. N*" — je tiens l'histoire de lui — examine l'arme , la compare avec son fusil, s'aperçoit que le calibre est le même, dévisse de son fusil la pièce qui fait défaut à la carabine de l'Indien, l'adapte à l'arme du Peau-Rouge, lequel, heureux et reconnaissant, s'enfonce dans la forêt. Chaque année dès lors, l'Indien, sans y manquer une seule fois, apporte à celui qui l'a tiré d'embarras quelque belle pièce de gibier ou quelque gros poisson.
Les Indiens, dit-on, gardent meilleure mémoire de l'offense que du bienfait. Ne serait-ce point qu'ils ont plus souvent à. faire à celle-là qu'à celui-ci ? Très-fiers, les Indiens sont susceptibles. Nous causions, mon ami G"* et moi, devant la porte de notre hôtel; une femme indienne s'approche, et nous offre quelque ouvrage de sa façon. Sans s'interrompre, M. G*** l'écarté du geste. L'Indienne se redresse, arrête sur nous un regard d'inexprimable dédain, et s'éloigne de l'air de Junon en courroux. Désolé de l'avoir offensée, je la rappelai. Ce fut en vain; elle ne se' retourna même pas.
Plus rusé que le renard, l'Indien vous dupera à l'occasion. — Vous voit-il venir le long d'une rivière, pressent-il que vous allez le hèler, lui et son canot, pour la traverser ? mon Peau- Rouge, en quelques coups de rame, se place au beau milieu du courant, et de là fail ses conditions. Si, durant les pourparlers, une parole irréfléchie vient froisser notre homme, il pousse au large, et ni promesses, ni menaces, pas même l'espoir d'obtenir du