‹ Les Américains chez eux d'après l'anglaisChapitre 94 sur 138 · LES AMÉRICAINS CHEZ BOX · texte numérisé non relu

LES AMÉRICAINS CHEZ BOX

empiler valise, manteau, plaid, à côté de lui, pour faire croire que la place est retenue, puis, lorsque s'approche un intru-. s'absorber dans la contemplation du paysagel Mais, ne vous laipas démonter; arrêtez-vous devant cet enthousiaste amateur de la nature; demandez-lui, h haute et intelligible voix: — Cette place est-elle prise ? — notre brave homme vous répondra courtoisement qu'elle ne l'est pas ; il s'empressera de rassembler ses effets, et, n'ayant plus de raison pour admirer la vue, il entamera la conversation avec vous et se montrera le plus aimable des compagnons de route.

Chacun sait de quel respect sont entourées, en Amérique, les femmes qui voyagent seules. Une femme peut prendre place dans n'importe quel wagon; elle se sentira en aussi parfaite sécurité, qu'elle le serait dans le salon d'un de nos meilleurs hôtels.

Si la règle égalitaire, qui règne sur les railways américains, nuit quelque peu au raffinement aristocratique, elle contribue à l'éducation du peuple entier.

Le millionnaire, en voyant un maçon assis sur le même banc que lui, se prend à estimer l'homme pins que les millions. Le rnaçon, de son côté, se trouvant placé sur le même niveau que le gentleman et les ladies, sait qu'on attend de lui la conduite d'un gentleman, et montre une politesse, un vrai comme il faut, dont seraient fort étonnés ceux qui jugent les mœurs américaines d'après Martin Chuzzlewitt. — Les rugosités des masses ne s'effacent pas en un jour ; mais, sur la grande échelle sociale, les plus hauts placés se baissent vers les plus petits pour leur tendre la main. L'ascension suit une marche progressive et paisible : tous finiront par arriver.

Les billets de railways — autre détail qui facilite singulièrement les excursions — vous permettent de vous arrêter où il vous plaît, de poursuivre quand il vous convient. Mon billet de New- York à Charleston, billet formidable, long d'un pied et demi, se divisait en plusieurs coupons, dont chacun représentait une étape du chemin.

M'arrêtant une semaine à Philadelphie, une autre à Washington, une troisième à Richmond, quinze jours à Petersburg, quinze jours à Wilmington, j'allais ainsi, rognant ma feuille de route.— Mon voyage dura six mois. A la fin, présentant le dernier fragment à l'employé :

— Durant combien de temps ces billets sont-ils valables ? lui demandai-je.

— Durant une année, nominalement, Monsieur. Mais nous n'y

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regardons pas de si près. Si tous étiez revenu au bont d'un an et

demi, mémo au bout de deux «ans, nous aurions accepté le Autre. Nous tenons, en fait, ces billets pour bons, jusqu'au retour du voyageur.

Les bagages ! chacun en sait les ennuis ! Bataille pour les faire enregistrer, bataille pour les retirer, après quoi, il se trouve que votre malle a filé au nord, train express, tandis que vous filiez au sud ; que votre porte-manteau s'est transformé en une caisse de modes, votre boîte à chapeau en un sac de nuit plein de vieilles bottes, etc., etc. (1).

Par delà l'Atlantique, rien de pareil. Le sens pratique américain a débrouillé l'écheveau. Votre billet pris, vous le présentez à L'employé préposé aux bagages; celui-ci fixe, sur chacun de vos colis, une petite plaque de métal portant un numéro; il vous en met les duplicatas dans la main : ce sont vos chèques ; aussi longtemps que ces chèques demeurent en votre possession, la Compagnie est responsable de vos effets ; vous n'avez plus à vous en embarrasser. Arrivé à destination, vous les y trouverez ; ils vous y ont devancé. Au lieu de vous attarder à les reconnaître, a. les faire transporter, vous montez en voiture ou en omnibus, vous tendez vos chèques au portier de l'hôtel, et quelques moments après, votre bagage est soigneusement empilé devant la porte de votre app rtement.

Un voyage de milliers de milles s'opère plus aisément en Amérique — bagages y compris— qu'un trajet de cinquante lieues chez nous.

1. On ue parvient pas à comprendre, en Amérique, pourquoi nous consentons, nous aulies Anglais, à subir un système aussi défectueux.

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