‹ Les Américains chez eux d'après l'anglaisChapitre 97 sur 138 · HARVARD EX SES DEUX HUSIOIUHTKA · texte numérisé non relu

HARVARD EX SES DEUX HUSIOIUHTKA

L'université d'Harvard, l'Oxford américain, a pris le nom de son fondateur : le Rév. John Harvard, qui, en 1636, lui fit don de sept cents livres sterling.

Soutenue dès lors par de riches offrandes, l'université est arrivée, de progrès en progrès, à conférer les mêmes diplômes que nos universités d'Angleterre. Harvard compte trente-quatre professeurs, vingt tutors — chargés de cours, —environ quatre cents undergraduates — sous-gradués — et plus de huit cents étudiants (1). Les différents grades sont accessibles à tous, quelle que soit la dénomination religieuse des candidats. Parmi les professeurs, l'un est swedenborgien, l'autre unitaire, celui-ci presbytérien, celui-là universaliste, ce qui n'altère en rien la bonne harmonie, paraît-il.

Longfellow, quelques jours après notre première entrevue, me conduisit à Harvard, pour y entendre Lowell, professeur de littérature et de langues modernes : l'auteur des fameux Bigloio-papers.

Nous commençâmes par visiter la bibliothèque. Le Rév. John Harvard avait pour ambition d'en faire une Bodleia américaine. L'incendie de 1764 la détruisit presque en entier. Elle ne contient guère au-delà de cent cinquante mille volumes aujourd'hui. J'y ai remarqué bon. nombre de vieux ouvrages écossais. Le conservateur m'exprima son désir d'y voir mon pays plus largement représenté.

— Je serais heureux! s'écria-t-il, si tout Écossais qui fait imprimer une idée, ou une moitié d'idée, voulait bien nous l'envoyer!

Pour fortifier sa requête, en me démontrant quelle importance

4. On a vainement in\ité les Indiens à suivre les cours, à se mPttre ainsi en mesure de civiliser leurs compatriotes. — Les Peaux-Rouges préfèrent leur vie errante et accidentée aux laucs de l'école. Un seul, répondant à l'appel, a pris ses degrés.

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peut revêtir, à un moment donné, la moindre publication ; le digne homme me raconta l'histoire, authentique je l'espère, de certain individu qui, frustré de ses droits, ne serait jamais rentré en possession de sa fortune, si, au moyen d'une oraison funèbre conservée et retrouvée à Harvard, il n'avait pu rétablir l'anneau qui manquait à. la chaîne des preuves !

Comme nous traversions le préau, afin de nous rendre à la. salle des cours, nous aperçûmes, se dirigeant du même côté que nous, un gentleman de taille moyenne, enveloppé dans le manteau highlander, et portant un énorme portefeuille sous le bras. C'était Lowell. — Un nombreux auditoire d'étudiants l'attendait. Lowell franchit les degrés de l'estrade, ouvrit son portefeuille, le plaça sur le pupitre, et commença.

Professeurs et pasteurs américains détestent, on le sait, tout costume officiel. Lowell portait donc un simple habit de chasse. Une cravate à pois blancs s'enroulait autour de son cou, le coin d'un mouchoir sortait de sa poche , ses cheveux longs et bruns, séparés par une raie, retombaient des deux côtés du front, et l'orateur, les coudes appuyés sur le pupitre, balançait négligemment un de ses pieds.

Lowell lit d'une voix agréable et tranquille, s'interrompant ça et là pour lancer quelque trait, qui peut-être compromet le décorum de la classe, mais qui ravit à coup sûr les auditeurs.

Son sujet était La poésie des Troubadours. Le professeur débuta par les Saxons : Desquels, s'écria-t-il, on pourrait dire ainsi que des dieux : Moins on en parle, mieux ça vaut !

Il les dépeignit comme un peuple vigoureux, à l'estomac solide ; comme une race que ne menaçaient ni spleen, ni langueur. Nation rusée, habile à voir de quel côté le pain est beurré l Fermiers excellents, qui, une fois implantés dans le pays, s'attachent au sol, de même que les dépôts d'alluvion s'attachent aux rives ! Gens pratiques, très-convaincus que deux et deux ne firent jamais sept ! Hommes terribles, dès que le courroux les saisit !

— Mais, eussiez- vous pris un million de ces messieurs, fit Lowell, vous n'auriez pas trouvé un poète ! La poésie veut d'autres élé ments. Elle n'habite pas des cerveaux dont le premier et dernier mot est celui-ci : A quoi bon ? — Question qui embarrasserait fort la rose, et que résoudrait triomphalement le chou t

Lorsque Lowell aborda les poèmes antiques et les romans de chevalerie:— C'était délicieux! s'écria-t-il. Point de comptes d'auberge à payer ! Jamais Hero ne se vit arrêté faute d'un dollar! — Et puis, n'y avait-il pas les géants, ce» ferai es géants qui son aient

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