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Après avoir pris le thé, les plus jeunes demoiselles sortirent de table pour s'amuseientre elles. Les unes examinaient les travaux de la ferme , d'autres se promenaient dans le jardin, admirant les progrès de la végétation. Quelques-unes, parcourant les petits sentiers qui se trouvaient derrière la ferme , cueillaient, dans les haies, des violettes et dps primevères dont elles emplissaient des paniers , qu'elles avaient apportés à cet effet.
Rien n'échappait à l'attention de Marguerite. Elle examinait les vaches qui paissaient, les poulets et les porcs à qui l'on donnait à manger , et que l'on enfermait pour la nuit ; elle admirait le jardin , en visitait tous les coins et recoins. Elle rencontra une bordure de violettes auprès de laquelle elle s'arrêta pour se hâter de remplir son panier avant que l'heure du départ fût arrivée. Julie lui offrit de la seconder. Elles furent obligées de chercher avec lapins scrupuleuse attention, car plus d'une pensionnaire avait déjà passé par là avant elles ; mais Marguerite ne se laissait pas décourager facilement , et elîe n'en continua pas moins ses recherches. Elles étaient arrivées à l'extrémité du sentier; et
le bois épais qui semhlait en fermer l'issue renouvela les craintes de Julie. Elle pria 3Iarguerite de ne pas avancer davantage, et de revenir sur ses pas. « Qui sait, dit-elle, ce qui peut arriver ? tout le monde est devant la maison; quelque méchant homme n'aurait qu'à sortir de ce bois et venir nous prendre ! Je suis bien sûre que M""' Comagène ne serait pas contente de nous savoir seules ici ! Je t'en prie , IMarguerite , allons nous-en.
— Que je ne vous retienne pas , répondit 3[arguerite , si vous avez peur! mais je vois des violettes , un peu plus loin dans le sentier ; il faut que je les aille cueillir. 11 ne peut pas y avoir de danger aussi près de la maison. Je reviens à vous dans un instant. »
j\e voulant pas non plus ni rester seule ni abandonner son amie dans une situation qui lui semblait périlleuse , Julie hésitait sur le parti qu'elle devait prendre , lorsqu'elle vit deuxhommes qui descendaient par le sentier, et s'avançaient droit à la rencontre de Marguerite , qui paraissait ne les point apercevoir , tant elle était occupée à chercher ses fleurs. C'en était trop pour que son courage ne l'abandonnât pas dans cette circonstance.
Elle se mit à crier au secours ; et aussitôt M"^ Ockendon, la femme du fermier et toutes les peusionnaircs accoururent pour voir ce qu'il y avait.
« Des hommes ! des hommes ! s'écria Julie : Marguerite est entrée dans ce sentier , et ils vont la prendre.
— Pourquoi ? parce qu'elle cueille quelques fleurs ! Oh ! certainement non ! répondit la fermière, qui s'imaginait que la crainte de Julie provenait du tort que pouvait avoir son amie. Il est permis à tout le monde de cueillir des fleurs dans des haies , quoique votre bonne maîtresse vous ait défendu d'en prendre dans le jardin.
— Mais , est-ce qu'ils ne la prendront pas ? demanda Julie , qui commençait à se rassurer en voyant que les deux hommes continuaient leur chemin , sans avoir l'air de prendre garde à Marguerite , qui avait déjà visité la moitié de la haie, et emplissait tranquillement son panier.
— La prendre ! s'écria la bonne femme, est-ce là ce que vous craignez ? mon Dieu ; non, ma chère demoiselle : ce sont deux de nos laboureurs qui reviennent de l'ouvrage.
Ah ! je vois bien que c'est la première fois que vous venez ici, car sans cela vous n'auriez pas peur de rencontrer des voleurs chez nous.
— Je vous prie de m'excuser , répondit Julie , qui commençait à craindre d'avoir offensé l'hôtesse. M"" Ockendon , ajouta-telle d'une voix douce, je vous en prie , faites des excuses pour moi, car je ne sais que dire pour ma justification. »
31"^ Ockendon se mit alors à faire l'exposé des craintes de Julie, et à raconter qu'ayant toujours été élevée dans la retraite , il ne lui était jamais arrivé de s'éloigner autant du logis. La femme du fermier accepta volontiers cette excuse , et prenant la main de Julie, elle lui protesta qu'elle n'avait aucun danger à craindre. « Mademoiselle , lui dit-elle , nous avons deux gros chiens qui nous défendent contre les approches des voleurs. » Julie alors commença à avoir peur des chiens , et porta de tous côtés ses regards inquiets, pour voir s'ils n'approchaient pas pour la mordre. Dans ce moment Marguerite arriva , avec son panier plein de fleurs , et se félicitant de l'ample récolte qu'elle venait de faire. Lorsqu'elle
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apprit le motif qui avait causé les craintes de Julie , elle l'embrassa tendrement, et lui témoigna sa reconnaissance pour la preuve d'attachement qu'elle venait de lui donner , sans pouvoir néanmoins s'empêcher de lui reprocher sa faiblesse.
Elles retournèrent aussitôt à la ferme , où M"* Comagène les prévint qu'il fallait songer à reprendre le chemin de la pension. Chacune paya sa dépense , en laissant une pièce de vingt sous sur la table ; et la maitresse y ajouta une somme suffisante pour dédommager amplement la fermière et ses domestiques , de la peine et de l'embarras qu'elles leur avaient causés.
En s'en retournant , elles offraient le spectacle d'un essaim qui se précipite autour de sa reine. Julie trouva le chemin plus court qu'en venant , quoique la distance soit la même. Elle n'avait point eu , jusquelà , occasion de remarquer qu'une route parait beaucoup plus longue la première fois que l'on y passe , que la seconde. A peine de retour à la maison chacune gagna sou lit, et oublia bientôt dans le sein du sommeil la fatigue et les plaisirs de la journée.
Le lendeaiain cependant on parla des divertisseraens de la veille ; et Julie regretta que ses craintes puériles, qui n'étaient chez elle que l'effet d'une mauAaise éducation , l'eussent empêchée de prendre sa part de ces innocens plaisirs.
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