A MÈRE ANGÉLIQUE ARNAULD
teline-Marie-Angélique Arnauld naquit le 8 sep- 1591 : sœur de la mère Agnès, de Henry, évêque s, de M. Arnauld d'Andilly, d'Antoine Arnauld, religieuse à nuit ans etdevint, contrairement à tous iements, à onze ans, abbesse de Port-Royal, où, en lie introduisit la réforme de Cîteaux, en faisant dans son monastère toute Taustérité prescrite par ernard. Elle transféra son abbaye des Champs à n 1630, et, ayant obtenu du roi de rendre la charge le élective tous les trois ans, elle se démit de sa » Élue abbesse le 2 octobre 1642, elle fut continuée elle pendant douze ans. Elle mourut le 6 août i mère Angélique de Sainte-Madeleine regretta ips sa translation à Paris : il paraît même qu'elle tait un scrupule, et dès 1646 jelle se pourvut d'une ition de l'archevêque pour remettre des religieu- I Tan cien monastère, en dépit des efforts de celles -Royal de Paris qui craignaient, avec raison, Féloit de leur chère mère. « Dieu y est toujours mieux
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servi qu'il ne le sera parmi nous, écrivait-elle à la reine de Pologne, en parlant de Port-Royal des Champs. C'est une merveille de voir le silence, la modestie et la dévotion même des valets qui nous préparent les lieux avec une aussi grande affection que si nous étions des anges qu'ils attendroient. » Le 13 mai 1648, elle s'y réinstalla avec neuf religieuses, et y fut reçue avec les témoignages de la plus véritable allégresse. Elle eut presque aussitôt à souffrir des conséquences de la Fronde, qui exposaient l'abbaye à de véritables dangers.
Mais je ne prétends pas écrire ici la biographie de la mère Angélique ; il nous faudrait pour cela retracer l'abrégé de l'histoire do Port-Royal, ce qui n'entre nullement dans nos projets. Les lettres que nous publions existent à la Bibliothèque impériale, en autographes [Supplément français, no3029, 9) : une est dans le même fonds, n' 3029, 9. U y en a, dans les portefeuilles de Valant, sept qui ont été précédemment imprimées, six dans la collection de Lettres de la mère Angélique, publiées à Utrecht en trois vol. in-12, 1742-1744, et une dans les Vies édifiantes, t. P', p. 198. En revanche, neuf lettres de la mère Angélique à la marquise de Sablé , insérées dans l'édition d'Utrecht, ne se retron»vent pas dans ce recueil manuscrit.
Ces lettres sont curieuses par les conseils que la mère Angélique y prodigue à son .amie , les douces railleries avec lesquelles elle cherche à lui faire remarquer ses ridicules appréhensions. Le savant éditeur des Lettres de la mère Agnès Arnauld, M. P. Faugère, me semble s'exagérer un peu la valeur de la mère Angélique, quand il dit que les lettres de la mère Agnès « ont moins de force, en « quelque sorte virile, » que celles de la mère Angélique. Celles-ci, au contraire, me paraissent pleines de douceur, d'onction même, et surtout d'une inépuisable bienveillance.
C'est vers l'année 1^40 que madame de Sablé comikiença sa liaison avec la mère Angélique ; elle vint lui demander ses conseils en même temps que madame de Gruéméné, qui ne persévéra pas comme elle : leur correspondance
débute dès le temps de remprisonnement de M. de Saint- Cyran. La mère Angélique paraît s'être vivement attachée à elle et avoir eu une grande influence sur sa direction. « Madame de Sablé vient à Port-Royal, écrit-elle à la reine de Pologne en 1641, le plus qu'elle peut, ayant pris une maison fort proche, en attendant que celle qu'elle a fait bâtir soit sèche. Elle se sépare le plus qu'elle peut du monde, et sincèrement elle veut être toute à Dieu ^ »
Les persécutions qui recommencèrent, en 1666, contre l'abbaye et aboutirent d'abord au renvoi des pensionnaires et des novices, affligèrent cruellement la mère Angélique. Elle vint à Paris à la fin du mois d'avril, quoique assez souffrante et assista au départ des jeunes filles que cette mesure désolait. Ces émotions ravivèrent ses douleurs, et, à la fin de imai, elle dut garder le lit et cesser dé s'occuper des afî'aires qui lui tenaient si vivement à cœuru Elle passa les deux derniers mois de sa vie à prodiguer les conseils et les exhortations à tous ceux qui l'entouraient, et la considéraient déjà comme une sainte. Elle écrivit, à ce moment, une lettre à la reine mèrô pour repousser en son notn et au nom de l'abbaye toute imputation d'hérésie.
1. M. Sainte-Beuve, dans son Port-Royal, consacre la moitié d'un chapitre à madame de Sablé, qu'il juge avec peu de bienveillance. L'historien de Port-Royal, qui élève fort haut la valeur de tous les habitants de l'abbaye, me paraît en cette circonstance peu logique, car il dément constamment le jugement porté par les pieuses amies de madame de Sablé, et qui doivent cependant ici éclairer l'opinion et la former. M. Sainte-Beuve explique cette bienveillance de mesdames et de messieurs de Port-Royal par l'influence de la marquise et par sa générosité, ce qui donnerait une triste idée de ces saint« solitaires. « Bref, dit-il ense résumant, il la fallait aceep- « ter avec ses charges. Port-Royal eut en elle une charge « mémorable. — Elle les a bien fait endêoer^ comme on dit. »
Lundi matin. (Avant 1658*.)
J E commençai hier a vous escrire et ne pus achever tant j'eus de tracas.J'aysçeu que Madame laContesse de Maure n'est a nostre mayson,mais je ne sçay si elle a ouvert la lettre. Je n'avois pas envoyé le billet ne Payant point trouvé lorsque je fermé la lettre. Dieu veuille qu'elle ne Tait point veue. J'eus tort d'y mettre quelque chose qui la put choquer. Il faut toujours éviter en toute chose ce qui peut blesser le prochain autant qu'il œt possible. Je loue Dieu de ce que Madame vostre soBur se porte si bien de sa blessure, nous l'avons mise a une neufvaine que nous finîmes hier *.
Je prie Dieu qu'il commence ce qu'il a commencé si tost que j'eus reçeu vostre billet. On en mit un à la grille afin que les sœurs de Tassistance priasse Dieu et on continuera. Mais quand donc voyés vous, ma chère sœur, que le mauvais air est passé? C'est chose pitoyable. Il y en a plus dans les rues que céans. Gela est pitoyable que nostre maison vous face peur, ou il n'y en a point entre nous (sic). Nous n'avons pas une seule malade et nos convalessentes reprennent leurs forces tout à fait; j'ay toujours grande peine a marcher, et il y a aparence que je ne feré de ma vie grand chemin.
1. Les portefeuilles de Valant renferment de nombreuses lettres de la mère Agnès, mais toutes ont été publiées par M. Faugère.
2. Anne de Souvré, abbessede Saint-Amand, morte le 14 mars 1651, ou de madame Saint-Gel ai s-Lu si gn an, morte le 27 juin JS57.
Il faut finir le pèlerinage et nous sommes bien misérables de ne pas désirer que ce soit bien tost.
Je suis toute à vous, ma très chère sœur. Notre mère la Mère Agnes, ma sœur Anne*, etc., vous saluent très humblement et sont vos très humbles servantes et moy plus que pas une.
(1652 ou 1653.)
Ma très chère sœur,
M.A pauvre sœur Anne est au lit , ayant esté seignée ce matin pour un mal de gorge , qui en est soulagée grâce a Dieu. J'ay esté bien ayse de voir la lettre de madame de L. * , la constance de son affection y paroissant toute entière; vous aviez bien fait de la remettre. Quand elle sera desembarassée, car les visites pressées avec des personnes comme celle-là sont peu satisfaysante. Je vous admire, ma très chère sœur, de vouloir que de pauvres religieuses comme nous reconoisse l'honneur que nousfaitune grande princesse ' de témoigner de la bonne volonté, en prenant la hardiesse de rimportuner ; nous ne blâmons pas celles qui ont d'au tre pansées : elles ont leurs principes et nous les nos • très. C'est à chacun à suivre humblement sa voye. Je prie Dieu qu'il nous face toujours marcher par celle de la petitesse et simplicité qui nous convient, sans manquer à la charité et à la reconoissence que nous devons.
1. Anne-Eugénie de l'Incarnation (Arnauld), née en 1594, professe à Port-Royal en 1618, j mourut le I" janvier 1653.