Mademoiselle
Vous pouvez écrire à M. de Vandi ce qui vous playra efc en disant que nous avons tous les sentiments de très humble respect et de la roconoissence vers Madamoiselle qui nous rend très soygneuse de prier Dieu pour Son Altesse. Vous direz bien vray et pour le bien faire il faut que nous demeurions en silance et en la plus grande séparation que nous pouvons de tout le monde, et surtout de grandeur et puissance. Je suis tout à vous, ma très chère, j'importune vostre migraine.
Saint-Joachim, ^ marfi 1653.
Ma très chère sœur *,
JLiNCORE que j'aye la migrayne, je ne puis remettre à vous dire qu'absolument, je remets à vostre bonté et sagesse tous nos interetz touchant vos veues. Jen'ay jamais entendu vousy comprendre, n'ayant nulle peine que vous nous voyés à quelle qu'heure que ce soit, ni mademoiselle Soyé , et si Dieu vous donne , conune il poura ariver avec le temps, des femmes aussi sures que celle la tout de même, encore même,ilsuûtque vous empeschiez celles que vous avez de nous regarder, et que pour les étrangers les fenestres d'en bas lorsqu'elles seront à vostre chambre soient fermées à clef. Je spécifie cela parce que vous le voulez, car enfin je suis très persuadée que vous aurez autant de soin et peut estre
1. Cette lettre est relative à des jours que la marquise youlait ouvrir sur les jardins du monastère, ce qui inquiétait fort la sœur. Elle a été publiée par M. Sainte-Beuve, dans son Porp» Royal, t. IV, p.454.
plas que moy qu'on ne face point de discours sur nous. Que si les fenestres n'esloient fermées à clef, teldiroit B&us avoir veues qu'il n'en seroit rien; vous savez, ma très chère sœur, la malice du monde et les railleries que font trop souvent les personnes du monde des religieuses , et outre cela combien de gens seroient ravis d'entendre des contes de nous , mais c'est trop vous dire. Sortes d'inquiétude, ma très chère, je ne vous demande , qu'autant de confience en nous pour tout ce que vous en désirerez, que nous en avons eu vostre bonté. Bonjour, ma très chère.
Il faut que je vous dise encore que je suis ravie de ce que vous ne vous estes pas enfuye pour la flebvre tierce de ma sœur Gabrielle. J'avois si jyeur qu'elle mourut que rien plus, quoy qu'on ne meure guère de la flebvre tierce ; mais elle est si délicate et atenuée de longue main qu'elle peut mourir des moindres maux qui luy surviendroient. J'en eusse esté 1res fâchée, car c'est une très bonne religieuse , mais encore plus pour vous de peur que vous n'eussiez pansé qu'on ne vous eût pas dict la vérité; mais, Dieu merci, elle n'a plus de flebvre.
Ne grondés pas de ce que je vous ay escrit. Ma migrayne est peu de chose, aujourd'huy. Je vous suplie de songer à faire quelque remède qui diminue les vostres, c'est à moy a vous remercier, ma très chère, de ce que vous avés agréable que j'aye de l'amitié pour vous. Je prie Dieu qu'il ne m'en rende pas indigne et que je vous puisse rendre quelque très humble service.
Du 3» avril 1655.