M. Singlin
Du 3 janvier 1661.
V ous estes trop bonne, ma très chère sœur, de vouloir aprendre des nouvelles de ma santé. Je ne vaus pas la peine que vous daygnez songer a moy, qui uq fus jamais bonne a rien et qui ne suis plus qu'une pauvre vieille languissante qui s'en va tous les jou^^s a la mort, mais qui cepandant n'oublie point ce que je vous dois; je vous en asseure, ma très chère sœur, et que la foyblesse de mon corps ne rend point mon affection moins forte. Je m'en vante avec très grande vérité, bien fâchée que ce soit avec tant d'inutilité, n'estant pas digne de vous rendre aucim service. Je prie Dieu tous les jours pour vous ; plut à sa divine bonté que ce fut si bien qu'il daygnat regarder les désirs qu'il me donne pour vous et que je conserverai jusques à la mort ; et après, si Dieu me fait miséricorde.
Je me rejouis de ce qu'on me dict toujours que vous TOUS portez bien. Dieu conserve vostre santé, ma très chère; je l'en suplie de tout mon cœur, et vous, Tamitié dont vous m*avez honorée depuis tant d'années et dont vous me donnés tous les jours des preuves en me norissant. Je ne voy point vostre pain sans atendrissement de cœur de la bonté du vostre qui daigne pren* dre ce soin. Je vous en remertie très humblement.
Ce 15 février 1661 i.
J'avouerai, si vous voulez, ma très chère sœur, que ce nouveau billet est superflu pour me persuader db votre extrême bonté pour des personnes qui ne méritent pas rhonneur que vous leur faites de les aimer, mais qui s'en tiennent néantmoins fort assurées, parce qu'elles ne sont pas si défiantes que vous, ma très chère sœur^ qui faites des réflexions sur les fautes les plus innocentes, comme j'avoue que c'en est une de ma mémoire d'avoir négligé de répondre au billet qui a précédé celui ci, parce que je ne pus le faire à l'heure^ et ne m'en ressouvins que quelques jours après, qu'il me parut trop tard. Voilà tout mon crime, ma très chère sœur, que vous jugerez pardonnable, si vous me faites Tamitié de me croire ; mais je ne me pardomierois pas à moi-même cette sévérité qui fait juger inutiles et superflues des choses qui ne le sont nullement ; et c'est néantmoins ce que vous êtes toujours tentée d'attribuer à la charité que vous distinguez si fort d'avec ràmitié, bien que dans la vérité elle n'en soit que le rehaussement et la perfection. Tout de bon, si yotis étiez à la place du roi, j'appréhenderois que cette défiance vous fit condamner à l'exil bien des personnes qui ne le mériteroient non plus que celui qu'on y envoie. Car c'est quasi nous bannir de votre conversation
1. Cette lettre et la seconde qui suit sont tirées du fonds Saint-Germain, reg. 1508, lequel n'est qu'un portefeuille de Valant, relié et classé différemment. On y trouve encore une quinzaine de lettres inédites de la mère Angélique que je n'ai osé recueillir,de peur de grossir par trop ce volume.
que de nous faire toujours accroire que nous nous en retirons, lorsque nous nous tuons de vous dire tout le contraire. En quoi ce billet m'auroit-il paru inutile^ puisqu'il étoit tout à fait nécessaire pour nous assurer si vous désiriez qu'on ouvrit le rideau ou non, et que celte occasion dont vous y parlez nous en auroit mises en peine sans votre explication? Ainsi, je vous eh devois très légitimement un remerclnient de nous en avoir prévenue ; mais vous ne devriez pas soupçonner de Tavéir cru inutile, parce que je l'ai oublié. Vous exptiquerez mieux une autrefois, ma très chère, lessentâmëuB d'une personne qui n'en aura jamais d'autres que d'une parfaite estime et d'une sincère affection pour vous; et après tout, vous en avez des preuves. Car si nous voulions chercher à nous venger de vos reproches^ combien n'en n'aurions-nous point à vous faire de ce qui se passa l'autre jour au sujet de Cateau I Mais enfin, vous savez si bien contraindre le monde, qu'il faut qu'on cède à la peur de vous fâcher, mais on ne vous cédera jamais que vous aimiez plus qu'on ne vous aime.
Ma très chère sœur,
J fi loue Dieu de vous avoir fait donner vôstre permis^ sien. M. S. * vous fera encore dificulté et reculera tant qu'il poura ; mais ne vous rebutés point, ma très bhère
1. M. Singlin? Cette lettre est évidemment relative à la négociation entamée par mesdames de Sablé et de Vertus, pour décider M. Singlin à se charger de la direction de m'adame de Longueville.
sœur, puisque ce n^est pas manque de charité, vous" asseurant que l'ayant très grande pour tous, il l'a encore très particulière pour vous ; mais son extrême humilité luy persuade qu'il n'est pas digne de servir utilement les âmes et la crainte d'entreprendre et de s'engager dans la conduite des personnes engagées dans le monde luy donne une grande peine. Priés Dieu, ma très chère sœur, et nous le ferons avec vous, que son saint esprit rengage, il ne luy résistera pas et sa conduite ne vous poura servir si ce n'est ce divin esprit qui luy face entreprandre; je prie ce mesme esprit de vous aracher bien tost de ce mechiant siècle qui luy est si oposé. Tay grande envie que Mademoiselle Soyé soit avec vous. Asseurément , ma très chère sœur , c'est ime grande consolation et une force d'avoir une personne avec laquelle on puisse parler de Dieu. Je suis toute à vous, ma très chère.
Oivousavez, ma très chère sœur, la bonté d'écrire à madame du PI. *, comme vous le proposez, et que j'ose vous en supplier très humblement, je crois qu'après cela il faudra l'attendre et qu'il n'y aura plus rien à faire. Son silence me donne d'autres pensées. Néantmoins, j'arrête mon esprit, qui iroit quelquefois trop vite. Il ne faut rien deviner; les choses viennent à leur temps. Je suis seulement bien aise d'avoir fait ce que je devois en faisant cette avance de lui écrire. Je crois