Né à Angoulême en 1594, mort eu
rentes d'infériorité : il lui manquait ce qu'on est convenu d'appeler le cœur, ce qui seul peut donner le feu sacré du génie ; il venait dans une époque où tout était à refaire et où il était bien difficile de s'élever sur un piédestal, quand les fondations croulaient d'un côté et affleuraient à peine le sol de l'autre; enfin il voulut trop embrasser à la fois et nuisit singulièrement à sa réputation en ne cherchant pas une spécialité pour diriger ses études. C'est avec lui cependant, conmie on l'a dit , que « la France a fait sa rhétorique; » c'est encore à lui « que tous ceux qui ont bien écrit en prose depuis et « qui écriront bien à l'avenir dans notre langue, au • jugement d'un contemporain, devront en avoir Tobli- ■ gation. » Ce mot demeure aussi vrai que le précédent et aurait à lui seul dû suffire pour consoler cet esprit chagrin et jaloux qui préféra vivre dans la solitude au fond de son manoir de TAngoumois, briller par son absence, pour employer ime expression de Tépoque , plutôt que de risquer de voir sa réputation s'affaiblir en demeurant à Paris. Mais les qualités mêmes de Balzac eurent leur revers, et ce revers n'est pas encore un des moindres enseignements laissés par lui à la postérité; Tuniformité de sa méthode lasse; la constante préparation de sa prose en bannit le naturel et l'imprévu, la symétrie de sa phrase la rend monotone, et, quand on en a lu quelques pages, on prévoit en quelque sorte dans quel ordre vont se représenter les figures habituelles de son langage, l'antithèse, la métaphore.
l'hyperbole : il nous apprend à éviter d'écrire toujours trop également bien. Balzac exerça une véritable omnipotence à rhôtel de Rambouillet , aux travaux duquel cependant il assista peu de sa personne; mais ses lettres y étaient attendues avec impatience, reçues avec bonheur, lues avec empressement : et l'on se conformait respectueusement à ses prescriptions. Et quand l'Académie française eut été établie, les conseils de Balzac ne furent pas écoutés avec moins de déférence par l'illustre compagnie qui le dispensa de la résidence, obligatoire pour tous les autres membres.
Voiture * , t le héros » des réunions précieuses , n'exerça pas une influence moins grande sur la société polie : c'est le type de cette brillante et curieuse époque dont il a les qualités et les travers, la grâce et l'exagération. Fils, comme on le sait, d'un riche marchand de vin, Vincent Voiture se lia de bonne heure avec de jeunes gentilshonmies, dont les familles avaient eu des relations d'affaires avec son père, et parvint rapidement à s'introduire dans la meilleure société où il devint M. de Voiture. Il fut admis l'un des premiers à l'hôtel de Rambouillet, alors que Ton n'y comptait que Malherbe, Gombaud, Racan, Balzac, Chapelain et quelques autres rares esprits d'élite. Bientôt Valère devint l'enfant gâté de ces réunions charmantes, si bien faites pour mettre en reUef un esprit plus brillant et plus facile que profond : comme causeur, il servit puissamment la