Né à Amiens en 1598, mort en
cause de la conversation ; il y était hardi , novateur , quelquefois prétentieux , mais toujours élégant et de plus im modèle de préciosité; tellement familier avec les grands que le princç de Gondé disait : • Si Voiture « était de mon rang, on ne pourroitle souffrir. » Chaudebonne prétendait qu'il « avoit assez de fortune pour « figurer parmi la noblesse et trop d'esprit pour rester « dans la bourgeoisie; » madame de Sablé, enfin, qu'il « étoit femme par la vanité ; » lui-même disait franchement, en répudiant son passé, qu'il avait été réengendré par la marquise de Rambouillet et M. de Chaudebonne. Comme poëte , ses vers sont généralement faibles, sa versification molle, diffuse, souvent prosaïque ; mais le véritable talent de Voiture, après la conversation, se montrait dans ses lettres, genre de littérature dont il peut à bon droit passer pour l'inventeur et auquel nous avons dû depuis tant de jolis morceaux- Non-seulement il avait beaucoup d'esprit dans ces brillantes causeries dont il était l'âme, mais il en faisait, le cherchait « de très-loin, » et hasardait les rapprochements les plus étonnants pour faire jaillir de leur choc une idée nouvelle, un effet inattendu : il fait positivement, dans ses petits vers , dans ses lettres, l'effet d'un acrobate qui s'expose à des dangers incessants, les côtoîeTTés évite et s'en sert pour mieux montrer sa dextérité. Que devait-ce être quand il était au milieu de ses admirateurs, entouré de ses rivaux , et que ce prestige, cet encouragement moral si puissant sur la
verve et rimagination , devaient aiguillonner encore ses ressources naturelles. Valère passait à bon droit pour rame de ces assemblées, du grand rond y comme a dit Tallemant. M. de Pinchesne, neveu et premier éditeur de Voiture, raconte qu'il a choisi trois dames de la cour pour juger cet aimable écrivain : la duchesse de Longueville et les marquises de Montausier et de Sablé , « qui veulent bien que je dise d'elles, pour la gloire^ » notre autheur, qu'elles ont estimé qu'il approchoitde « fort près des perfections qu'elles se sont proposées « pour former celuy que les Italiens nous décrivent « sous le nom de parfait courtisan, et que les Parisiens « appellent un galant homme. » Voiture savait allier l'esprit le plus sémeux à cet enjouement gracieux qui lui a fait décerner le titre de roi du badinage : il remplit quelques missions diplomatiques avec succès et jouit constamment d'un grand crédit près de la reine Anne d'Autriche, qui le laissait parler avec la plus grande liberté*.
Sarrazin * doit figurer après ces deux illustres précieux; il marchait sur les traces de Voiture; mais s'il plaisantait avec peut-être plus de finesse , il le faisait avec moins de grâce, surtout moins d'aménité. Il occupait du reste une place distinguée parmi les beaux
1. « Cet homme avoit de l'esprit, et, par l'agrément de sa" conversation, il étoit l'amusement des belles ruelles des dames qui font profession de recevoir bonne compagnie. »
{Mémoires de madame de Motteville.)