‹ Les amis de la marquise de Sablé;Chapitre 43 sur 105 · Communierez · texte numérisé non relu

Communierez

que je ne sois très indigne de vous servir. Je me suis consolée de ce que vous ne pouvés presque sortir de tout river et en me promettant que je me donneray rhonneur de vous escrire souvent et de vous avoir toujours présente devant Dieu. Ma très chère, je suis sincèrement et vrayment toute à vous.

Du 6» février.

Ma très chère sœur,

JM. S.* m'avoit desja dict Vincomodité que vousaviés de ce bruit dans la teste, dont je vous plains beaucoup, sachant qu'il est très incomode. J'en ay esté plusieurs années très incomodée,mais il n'estoit pas si grand que le vostre. Il en court cette année, et le remède à ce que l'on dict est de bien se purger. Je prie Dieu, ma très chère sœur, devons en délivrer bien tost. Je suis très en peine de ce que vous ne rencontrez point une personne comme il vous la faut et encore plus de ce qu'elles sont si rares qu^il n'y a que Dieu qui vous la puisse doni\er. H la luy faut demander. Il est nostre vray père qui a tant de bonté qu'il ne refuse point à ses enfens quand ils luy demandent avec une vrayeconfience et humilité qui leur est necessère. Je fis mettre dès hier des Utz dans vostre chambre du dedans, et on y a couché cette nuit; on y a feit, et fera tous les jours du feu. Je suis logée a la chambre de tout embas du bâtiment neuf, où nos novisses avoient esté tout Tiver, elle est seulement chaude, que je n'y puis soufiTrir grand feu en ayant mal

l. M. Singlin.

a la teste. Asscurcz vous que nous rendrons incpnti.-*. nent la vostre bonne, Dieu aydant. Pour nos afiEayrea ^ ma très clière sœur, vous on savez plus de nouveïlos que moy , mais quoy qu'il en soit, rien ne nous pexit ariver que Dieu no le vouillo ainsi, nous n'avons rien à craindre que de n'avoir pas la préparation decœurçue nous devons avoir pour tout ce qui luy plaira nous envoyer. Tout nostro soin doit estre de la demander à celuy qui no donne pas iukî pierre à ses enfens quand ils luy demandent du pain.

Je suis toute à vous, ma très chère.

Ma très clière sœur.

Vous pouvez reprendre vos chambres quand il vous playra, mais nous n'y pourons pas entrer quand elles ne seront plus danslaclauture. Vous pouvez panser, ma très chère , si je n'aurois pas autant de joye que vous de pouvoir avoir l'honneur de vous y voir. Si vous n'aviez besoin que pour vos drogues , ma sœur Catherine les iroit fayre à vostre parloir , en la présance de M.Moussin, si vous vouliés, et je vous asseure qu'il n'y a point de malades et qu'elle n'en aprochera point, sil en survient. Je suis toute à vous, ma très chère sœur. N'ayés point peur , je vous en supplie très humblement.

Du 24 et du 26.

Ma très chère sœur,

Oi vous sçaviez la peine que me donne la vostre, je croy qne vous auriez autant de peine pour moi que j'en ay pour vous. Je suisafligée que vous soyez sortie et neantmoins voyant la suite des choses, je croy qu'il le falloit, car il vous eût esté impossible de soutenir la continuité de nos maladies qui vous eussent fait mourir de frayeur. Il n'est tombé personne depuis deux jours, et deux de nos petites sont parfaitement guéries, et deux antres en bon estât, les quatre autres sont au fort de lenr mal, mais sans péril aparent, grâces à Dieu. Pour les trois sœurs, ma sœur Marie de Sainte-Madeleine du Fargis * fut hier à Textremité, et je croy que sans deux seîgnées et des sentifications et du Gilla, elle ne seroit plus au monde. Elle est beaucoup mieux grâces a Dieu iMM.Isore et Renodot en ont très bonne esperence. Pour moy, la grande peur que j'ay que nous la perdions me fait toujours craindre. On Ta encore seignée ce matin, les deux autres sont bien *. Enfin, ma très chère sœur, nous sommes a Dieu. Il a un tel soin de nous qu'il ne laisse pas tomber un de nos cheveux sans son ordre. Cela fait que je ne me puis inquiéter jusques autrouble.Je vous asseure pourtant, ma très chère sœur,

1. Marie d'Ângennes â^u Fargis, ïi6.e en ^618, fit profession à Port-Royal le 11 novembre 1640 : prieure de Port-Royal-des- Cliamps en 1660, abbesse de 1669 à 1678 et de 1G84 à 1687, morte le 9 juin 1691.

2. M. Sainte-Beuve a public» cette lettre on omettant cette phrase depuis : Grâces à Dieu,

que je Tay plus osié de votre crainte et de toute la peine qu^elle vous a donnée que de toutes nos malades. Au reste, ma très chère sœur, pour Tamour de Dieu, je vous en suplie très humblement de croyre que ce que Ton vous a dict, n'a point esté par autre esprit que celuy de la charité, du respect et de Taffection qui noua faisoit désirer de chercher les moyens de vous mettre en repos et en liberté d^espril, tout nostre désir estant qu'on ait jamais subjet d'avoir regret de s'estre engagé avec nous, et il me samble que je voudrois faire impossible pour cela. Je ne me plains point de vos frayeurs. Au contrayre je les porte avec douleur , compassion très grande , et nous en avons pleuré, ma sœur Catherine * et moy . La pauvre fille eu estoit toute pénétrée, mais je vous advoue, ma très chère sœur, que vos defiences me fâchent et ces incrédulitez que vous avés a tout ce que Ton vous dict. En sorte que vous doutés encore si Ton ne mettra point de morts au chapitre, encore qu'on vous ait tant protesté que cela ne seroit point. Jamais, tant que vous serés au monde , que je prie Dieu estre de longues année. Encore vous veux-je pardonner ça. Je voy bien que c'est im effect de l'extrémité de votre frayeur qui vous os te la présance de l'esprit, et de la memoyre ce que Ton' vous a dict, et il est vray que cela me fit panser qu'il n'y avoit point de moyen asseuré que do le murer, et sans la crainte de vous fâcher, il le seroit et je vous asseure, que depuis le jour de la mort de nostre sœur, personne n'y a entré, et je trouve cela resonable, afin que vous soyés plus éloignée de tout mauves air, et que vous reveniés avec

1. Novice qui avait été pendant assez loDgtemps auprès de madame de Sablé.

Lfi d'asseurence quand il playra a Dieu guérir nos îades. Je suis toute à vous, ma très chère sœur, et cœur que Dieu conoist*.

'^avois toujours crainte que nos lettres vous fissent HT. Cela m'a fait différer a me donner l'honneur de as escrire ; mais mademoiselle Soyer me dict hier e je le pouvois et que les passant au feu vous n'en tiés pas peur.

Ma très chère sœur.

lous ne partirons qu'a la fin de la sepmaine. Si vostre ur se passe, nous pourrons avoir l'honneur de vous ir, et je vous asseure, ma très chère sœur, qu'il n'y a l1 subjet de craindre. Cette pauvre fille n'estmorte que purecomsomtion; elle estoit tellement seiche que je étonoistous les jours, la voyant marcher, comme ele pouvoit fayre, et aussi est-elle finie comme une npe ou il n'y a plus d'huille . Néanmoins, ma très chère >ur, je vous suplie humblement de ne point contraine vostre esprit ; la peur est un vray mal encore même L*il n'y en put point [avoir] d'autre, d'ailleurs tout le 3nde se porte bien, et nous sommes bien obligées a eu de donner tant de santé a cette Mayson, tout se erit aux champs, ors les fiebvres cartes. On donnera ;ous les accès de vostre eau de scorsonère à ma sœur irie de Sainte- Madeleine*; nous verrons ce qu'elle •a. Si je n'ay point l'honneur de vous voir des yeux

.. M. Sainte-Beuve a omis la phrase depuis : Et je trouve. {. La mère du Fargis.

du corps, je vous asseure, ma très chère sœur, que je vous verrayde ceux deFespritet que tant que je vivray, je priray Dieu qu'il vous augmente ses saintes grâces et que vous ne soyez pas privée de raccomplissei^ient de vos bons désirs. Je suis toute a vous, ma très chère sœur.

Du vendredi matin.

Ma très chère sœur,

J 'ay trouvé l'advis que vous m'avez fait Thonneur de me demander si important que je n'ay osé vous repondre sans parler à M. S. *, lequel juge que vçus ferez bien de fayre le compliment. Il dict qu'il ne faut pas reculer quand Dieu fait quelque ouverture, ;parce. que nous ne sçavons pas ce qui luy plait. Au reste, pia très cbère sœur, [le] santiment est très bon de vous séparer du monde autant qu^il vous sera possible, mais çn suivant Dieu.

On ne vous entendit point sonner hier; il faut trouver une invention pour cela. En atendant on a ouvert le tableau dès le matin et l'ouvrira pour vespre. Nous avons fait mettre des vitres au desus de notre grille qui empesche que nous ne sautions plus la mauvaise senteur les vendredis. Espérés toujours en Dieu, ma très chère, et lui demandés une parfaite confiance de 3a miséricorde. Je suis tout à vous.

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