La reine
u d'opression sur la poytrine sans aucune émo- B fiebvre. Je me vais fayre seigner, en ayant besoin, 8 je me purgeray. M, S. Ta esté seigné ce matin, len avoit bien plus de besoin que moy et il y a mps, sans qu'il en aye peu prandre le loysir. C'est pitié de ce que vous ne dormes point et de ce lademoiselle de Chalés est obligée de vous quiter. t bien qu'elle se depayche de fayre son affayre. n grand désir que Dieu vous donne une personne 16 il vous la faut et que vous soyez icy, puisque TOUS en donne un si grand désir que je croy qui de luy ; nous avons encore une vieille sœur laye iante-huit ans, toute consomée, qui pourra bien ir demain ou après. Gela étonne tout le monde de ir aller si vite. On dict que c'est d'ennuy que nous ons. Si nos ennemis peuvent se persuader que irons toutes aussi vite, peut estre nous laisse- Is aller à Dieu paysiblement.
mis ravie que vous ne vous effrayés pas trop, et nent, il n'y a pas de quoy, car c'est comme une mayson eloygnée de plusieurs rues que nostre fer et celui de Tinfirmerie, outre ce que M. Renodot re qu'il ni a nule malignité. Pour votre peintre, me conois pas à cela, mais il me semble qu'il n'y avoir d'injustice de le payer au prix de l'autre, à (rtion de ce qu'il a fait. Je suis toute à vous, jn'a assisté pas une de nos malades à la mort*.
tous ne mentionnerons qu'en abrégé trois autres billets père Angélique, trop insignifiants pour être transcrits, pn, du 19 février 1656, elle débute ainsi : « Ma très-ctère I je ne vous ay osé escrire ces jours passés, à cause de 1 sœur défuncte, quoyque je n'en eusse point aproché,
non pas par crainte, car il n'y avoitrien de malin en sa maladie; c'eitoit une fille de soixante-deux ans, trës-cassée, infirme* qu'un Tieux rhume a étouffée. C'est la quatrième et non pMla cinquième, comme on vous avoit dit. Enfin, ma très-chère sœur, nous mourrons tous, et si Dieu nous fait la grAce de nous j hien préparer, comme il l'en faut supplier sans cesse, no^ mort sera la fin de nos maux et le commencement de toua nos biens. » Elle coïitinue en parlant tisane, maladie et purgaiion. « Vous savez, ajoute-t-elle en terminant, ce qui se passe, qui nous oblige à prier Dieu plus que jamais; avec son secours, nous serons assez fortes. » Dans un autre, elle remercie madame de Sablé d'avoir parlé aux juges pour le procès des religieuses et lui dit qu'elle ne lui écrit pas à cause de la petite vérole qui règne à Port-Royal, quoi qu'elle n'approche pas des malades. Dans le dernier, elle parle de la mort d'une sœur Agée de soixante-huit ans : « C'estoit une Ame vraiment à Dieu dans sa simplicité; c'estoit de ces petits auxquels ïïotre Seigneur révèle les mistères qu'il cache aux sages et aux grands. »
ANTOtNE ARNAtJLD
Antoine Arnà'uld, JFrêre de M. d'Andilly et le vingtième enfant de leur père, est trop connu pour que j'aie à en parler avec détail ici.
Il naquit à Paris le 6 février 1612, quitta l'étude du barreau, sous les inspirations de l'abbé de Saint^-Cyran, pour celle delà théologie ; il fut reçu, en 1641, docteur enSorbonne et ordonné prêtre en 1656, puis il se retira à Port- Royal où il demeura douze ans. En 1679, il dut quitter définitivement la France, et il mourut à Bruxelles le 6 août 1694, fidèle jusqu'à la fin à ses doctrines.
Ce 29 mars (1661).
Je vous escris, Madame, sans sçavoir à quel dessein, sinon que dans le sentiment que j'ai de l'extrême injustice que l'on veut faire aux entants de M. de Bagnols*, ce m'est im soulagement que d'en parler à une
1. M. du Gué de Bagnols, maître des requêtes, était fils de l'intendant de Lyon ; devenu veuf, il s'était jeté à Port-Royal
personne que je n'en crois pas moins touchée quemo: Car, connoissant comme je fais quelle est vostre gén« rosité et vostre reconnoissance, je ne puis douter qi vous n*ayez conservé pour un tel ami des sentimeM extraordinaires d'affection et de gratitude, et que vov ne soyez encore plus portée à en rendre après sa moj des témoignages à ses enfuns que vous n'auriez fait i luy-méme durant sa vie, parce qu'une amitié généreuse n'est jamais plus satisfaite que lorsqu'elle peut agir en faveur de son amy sans aucun meslange de propi*e interest. Or, cela n'arrive jamais davantage qœ quand ceux que nous aimions ne sont plus du monde, parce que tant qu'ils y sont, il est bien difficile de dis-
on 1647. Il vendit sa charge etie trouva à la tôte de 60,000 lÎTres de rentes. Il acheta, près de Chevreuse, le chAteau des Trous, o& il installa bientôt une des trois petites écoles de l'abbaje. Atoo le duc de Luynes, il contribua aux travaux exécutés en 1651 à Port-Roy al-des-Champs.
M. de Bagnols était d'un caractère ardent et fier, mais il se soumit complètement à M. Singlin. Il mourut le 15 mai 1657, à peine âgé de cinquante ans : « Il a tant jeûné et tant fait d'austérités, dit Guy-Patin, qu'il en est mort; et, de peur qu'il n'en eschappàt, Guénaut et un des gazetiers lui ont donné du TÎn émétique. Quelle sottise de prendre ce poison dans une inflammation de poumon et à jeûner si rudement qu'il en faille mourir. » Ses enfants demeurèrent aux Trous, et c'est au sujet des persécutions dirigées contre \& petite école installée dans ce château, que ceux-ci se virent probablement tourmentés.
Madame de Sablé ne négligea pas la prière de M. Arnauld, oai nous voyons la mère Agnès la remercier, le 24 mars 1663, « de l'action si bonne, si généreuse et si méritable que vous Tenei de faire à Tégard de notre pauvre enfant, en lui donnant la main dans un pas si glissant que celui où elle est. » Mademoiselle de Bagnols avait été demandée en mariage : elle demeura fidèle ï Port-Royal et mourut en 1686, recommandant qu'on l'y ense* velît auprès de ses parents.
-^iTier si la considération des services que nous en es- Ï^^X'ons ne fait point une partie de la chaleur que nous ^Vons à les servir. Et quand nous serions asseurés qu'il ^^y entreroit rien de cet interest bas et commun, il y a ^^^e autre vue plus subtile dont les âmes les plus no- ^^es se gardent le moins, qui est celle d'obliger une îeTsonne qui nous en sçaura gré et qui nous en aimera davantage. Mais il n'y a rien de tout cela dans ce que l'on fait pour un amy mort ; il n'est plus en estât de reconnoistre par d'autres services ceux que nous luy rendons, ny mesme de nous tesmoigner qu'il nous en a de l'obligation. Et ainsi. Madame, c'est en ces rencontres qu'on peut pratiquer excellamment ce que Jésus-Christ nous recommande dans l'ÉvaDgile de prendre pour objet de notre charité, non ceux qui nous peuvent assister en autre chose, mais ceux qui sont les plus incapables de nous faire jamais aucun bien Voilà ce qui me persuade que ce qui auroit pu afFoiblir une affection moins solide et moins désintéressée, n'ayant fait qu'augmenter la vostre, la mort de M. de Bagnols ne vous rend que plus disposée à tesmoigner par des preuves effectives les sentimens qui vous restent de l'amitié que vous avez eue pour luy. Mais, de plus. Madame, vous aurez pu considérer qu'au regard de l'affaire dont il sagit, M. de Bagnols est plus vivant que sll estoit sur la terre, puisque le zèle qu'il a eu pour l'éducation chrestienne de ses enfans est infiniment accru depuis qu'il est dans le ciel. C'est pourquoi je vous advoûe que j'aurois peine à souffrir que ceux qui ont fait profession d'aimer M. de Bagnols pendant sa vie témoignassent de la froideur en cette rencontre, parce que je ne pourrois attribuer un si mauvais effet
qu'à Tune ou l'autre do deux causes également mauvaises et dangereuses. Car si cette indifférence naissoit de leur peu d'ailection, il me semble qu'ils aurdent grand sujet di» (Moindre que ce défaut de gratitude en-, vers un toi ainy (]ii(* fut ^f . de Bagnols ne fust one maniue d'un grand rofroidisseuient de charité dans leur ctpur; ot si ollo ronoit do co qu'ils jugent cette affain^ peu importanto pour le bien de ses enfans, ils auroient encore, ce nie sonii)le, grand sujet d'appréhender que ce jugement ne fust une preuve du peude sentiment qu'ils auraient pour les choses de Dieu, e* de leur peu de lumière pour en discerner la grandeur et rimportance. Je sais que les personnes du monl^s'estonneroient de ce langage, parce qu'ils ne font pa^ grande différence, en ce qui regarde les enfans, entr0 conduite et conduite , éducation et éducation. Et C0 qui les fortifie dans celte pensée est qu'il arrive asse^ souvent que ceux qu'on a élevés avec plus de soin ne» réussissent pas mieux que les autres, et s'engagent dans d'aussi grands déréglemens lorsqu'ils sont en leur liberté que ceux dont on n'a eu aucun soin particulier. Mais ce raisonnement. Madame, est une îllusioïi, qui ne trompe pas seulement les gens du monde en cette rencontre, mais qui les abuse en une infinité d'autres, et leur fait regarder comme inutiles les plus sAr^^ etles plus ordinaires moyens du salut, parce qu'il y en a plusieurs qui s'en servent mal. Il est donc vrai, ma^ dame, qu'il y a peu d'enfans qui réussissent et qui conservent les senximens de piété qu'on a tasché de leur inspirer, parce que les dangers du monde sont horribles ; mais il est vray néantmoins que l'éducation chrestienne est un bien inestimable, et que c'est le moyen
ordinaire du salut des pères et des enfans. Ainsy Dieu ayant rempli le cœur de M. -de Bagnols de ces seutin^ens, et luy ayant toujours fait considérer le soin de r^ducation de ses enfans comme son devoir, et le pre- Djier objet de sa piété, on a sujet de croire que tant (ju'Us dqfmeureront dans Testât où il les a laissés, Qt où ij ^ ordonné si expressément qu'ils denieurassent, cet Qglat choisi par un père si éclaifé est une gqurçe de bénédictions pour eux et la voye ]^ plus assurée pour If^ cp^duire au ciel. Jlt guand même ils viendroient 4 eji abuser, ceux qui en sont chargés eu seroient vériblen^ent quittes devant Dieu puisqu'ils les auroient laissés daus l'ordre où la Providence les a mis. Mais si on vient à les faire sortir de cet ordre, en les faisant changer de conduite, on les prive par là des grâces que Dii^ii a attachées aux saintes intentions d'un si bon père, et on les expose à un danger de se perdre d'où quand I||eu même les préserveroit par une fayeur pj^rticuli^re, ceux qui les y auroient epgagé^ ne laisseroient p£^ d'estre coupables de ce scandale criininel que Jésus- Christ condamne si souvent dans l'Evangile. Car, comme saint Çyprien traite de parricides les pères qui par la crainte de la persécution faisoient manger à leuçs petits enfans des viandes immolées aux idoles, parce, comme remarque saint Augustin, que, quoy que l'âge des enfans les empeschast d'en estre souillés, il -n'auroit tenu néantmoins à ces pères lasches qu'ils ne leur eussent ravy la vie de la grâce par la contagion des idoles; de mesme encore que Dieu fit éviter aux enfans de I^. de Bagnols les mauvaises suites de ce changement, ceux qui en seroient causes ne laisseroient pas que d'estre criminels pour avoir renversé l'ordre de
Dieu, et les avoir exposés à ce péril. Cependant, Madame, c'est à quoy on veut engager une aussy bonne princesse qu'est la Reyne par de faux prétextes de religion, et c'est ce qui nous doit faire déplorer la condition des princes et regarder avec frayeur la difficulté qu'Us auront de se sauver, puisqu'il y a tant de danger pour eux dans les actions mesmes qu'ils s'imaginent estre les plus saintes. Car ce n'est pas assez que d'avoir du zèle, jamais personne n'en a cru avoir davantage que saint Paul lorsqu'il persécutoit l'Église. Mais si quelque chose doit faire juger que le zèle n'est pas selon Dieu, est quand on entreprend d'ime part au delà de ce que l'on doit, et qu'on néglige de l'autre ce que l'on doit. Et ainsy, Madame, ce sont deux choses également estranges, de voir que d'un côté l'on présume avoir assez de lumière pour condamner le jugement d'un très-homme de bien et très-éclairé dans la conduite de ses propres enfans , et que de l'autre on en ait si peu que d'avoir mis Oratius Tubero que vous connoissez enla place où vous sçavez qu'il est. Il est vray, Madame, que ce qui rend ces fautes plus pardonnables est que les personnes qui les commettent sont environnées d'une infinité de gens qui leur remplissent l'esprit de mensonges, et qu'il ne s'en trouve point qui osent leur dire la vérité, parce que nous sommes en un siècle où la foiblesse et la lâcheté passent pour modération et vertu, et où on croit en estre quitte devant Dieu en se persuadant que ce qu'on feroit ne serviroit de rien, quoy que nous n'en soyons pas assurés, et qu'il y ait souvent des occasions, où sans nous mettre en peine des événemens, nous sommes obligés de satisfaire à ce que Dieu demande de nous.
Ce 5 juillet.
lous n'avons point demandé cet escrit de M. Lopez r une simple curiosité, mais parce que luy-mesme a imoigné désirer que nous le vissions, comme vous rrez par ce morceau d'une lettre escrite de Bordeaux, e je vous envoyé et que vous pouvez montrée marne de L. * . Au reste, nous savions déjà bien que ce jre de M. Lopez qui est chez M. leP. deC. ' avoit escrit ;oii frère pour rintimider. Mais en vérité. Madame, ce at présentement des terreurs toutàfaitpassagères. Il ivoit plus à appréhender quand il a rendu son juge- 3Bt avec ses collègues, quoy qu'il ne pouvoit manier de le faire sans trahir sa conscience, puisque le .rlement leur avoit renvoyé ce livre pour en juger. lis maintenant que ce jugement est rendu, plus ils [•ont voir qu'ils ont eu raison de le rendre, et plus ils mettront hors des atteintes des Jésuites, qui ont aployé inutilement tout leur crédit pour leur faire èce, et qui n'en ont pu venir à bout, parce que iuroit esté la chose du monde la plus tyrannique de Tsécuter des théologiens pour avoir obéi à Tarrest du trlement qui les a obligés de dire leur advis sur une atière toute de théologie. Ainsy, Madame, vous juirezsans doute, que ce n'est nullement le commettre le de montrer cet escrit, et que luy-mesme n'a point s appréhensions-là, comme vous pourrez voir par tte lettre escrite de Bordeaux, qui est d'une personne
l. Madame de Longueville.
l. Le prince de Conti.
qui est tout à fait un homme d^honneur et à la parole duquel on se peut entièrement fier.
Après tout néantmoins, je ne trouve rien à redire à la bonté de madame de L. ny à la vostre de ne vdriloir pas qu'on fasse voir un escrit qui pourroit attirer quelques persécutions contre celuy qui en est Tautenf, et je suis bien de votre advis si cela estoit à craindre. Maisj^ pense que vous jugerez vous-même qu'en l'estat où sont les choses, et les jésuites étant irrités contre lui au point qu'ils le sont, c'est leur doimer grand avantage que de laisser croire que les professeurs n'ont eu aucune raison d'absoudre Wendrockius * d'hérésie ; ce qui pourroit arriver s'ils ne se deffendoient point contre la lettre que les jésuites ont fait imprimer dans Bordeaux; au lieu que faisant voir, comme il leur est fort aisé, que la prétention des Jésuites est ridicule et insoutenable, ils se mettent bien plus à couvert de la persécution des Jésuites.
Ce 31 juillet.
Il serbble que vous me vouliez corrompre pât fies louanges, afin que je vous pardonne vostre maii^ëH' ment de parole. Vous ne m'avez payé qu'à dlettiy ce que vous m'avez promis, et vous m'avez prive de la plus excellente partie de ce que vous m'aviez fait espérer. J'ai reçu les pensées des deux amis; mais je n'ay point reçu les vostres. Je ne vous laisserai point en repos que vous ne me les ayez envoyées. Si j'avôis lâ
1. Faux nom sous lequel Pierre Nicole a écrit des notes sur les Provîndaîes,
deuxième partie de la Logique * je me vengerois en vous l'envoyant, afin de vous faire rompre la teste àî des subtilités d'école, qui ne sont pas si agréables que ce que vous avez vu dans la première; mais, en attendant, je vous envoie un discours de Tame que j'ai tiré autrefois de saint Augustin * et que je vous supplie de ne pas égarer parce que je n'en ai que ce brouillon. Vous y trouverez beaucoup de raisonnemens semblables à ceux de M. Des Cartes, et c'est pour vous dire le vray, ce qtii m'a donné quelque affection pour ce nouvel auteur, de ce qiiè j'ai trouvé plusieurs de ses pensées conformes à celles de saint Augustin. Car ce discours est traduit mot à mot de ce saint père , et tout ce que j'ai fait a esté seulement d'en retrancher quelques choses et d'y mettre de petits titres.
Ce 1" août.
On nous a mandé de Bordeaux que M. Lopez, théologal, l'un des docteurs qui oiit absous Wendrock et celùy qiiî a fait Tescrit que vous avez trouvé si boii, en a fait depuis un nouveau contre une lettre imprimée qiie les Jésuites font courir à Bordeaux, et qu'il Ta envoyé â son ffèrô qui est auprès de M. le prince de Conty , s'iiHàgiàkhi que cela suffisoit pour nous le faire tenir
1. Un de ses ouvrages intitulé : la Logique ou Vart de penser. — Dans un billet précédemment publié, Arnauld, en envoyant à madame de Sablé le discours placé en tête de la Logique,\m dit : « Ce sont des personnes comme vous que nous voulons avoir pour ju^es. » La première édition de la Lo^tçue est de 1662.
2. Il composa des Commentaixes sur les Confessions de ce saint.
comme c'est son intention. Cependant, comme nous n'avons point d'habitude avec ce frère de M. Lopez, nous pourrons bien ne le point voir, si vous ne nous faites la grâce de vous employer auprès de monseigneur le prince de Conty pour vous la faire avoir. Car cet homme paroît fort habile , et quoyque d'abord il ait été un peu esbranlé par les menaces des Jésuites, maintenant qu'il est engagé dans Taffaire il y témoigne beaucoup de fermeté et peut-être mesme que cela peut servir pour détromper M. le prince de Conty, parce que cela ne luy sera pas si suspect que ce qui viendroit de nous. On nous a même escrit qu'il a esté fort satisfait de Tescrit que vous avez vu.
Au reste, je vous rends 1res humbles grâces de ce que vous m'avez envoyé ; et vous pouvez bien vous assurer que j'en userai avec toute sorte de discrétion.
Ce 9 août.
Voila la deuxième partie de la Logique^ puisque vous désirez absolument de lavoir*. Mais ne vous en prenez qu'à vous mesme si vous en avez la teste rompue, puisque je vous ai déjà averty qu'elle n'estoit capable que de faire ce mauvais effet, parce qu'ayant voulu démontrer toutes les règles, il a fallu nécessairement desmêler beaucoup de petites choses qui ne se peuvent comprendre sans fatiguer un peu l'imagination. C'est
i. M. Cousin a publié une lettre adressée par M. de la Brosse à madame de Sablé, au sujet de ce livre qu'elle lui avait prôté et qu'il avait « lu ou plutôt dévoré avec toute la satisfaction iina* ginable. »
pourquoy, madame, je vous supplie de ne lire que ce qui ne demandera pas tant de contention d'esprit. Car je serois inconsolable si je vous avois fait du mal en ne pensant qu'à vous donner une heure de divertissement.
Un conseiller de la grand'chambre du parlement de Bordeaux * a encore escrit à M. d'Andilly que M. Lopez a envoyé deux escrits à son frère, dont V\m est celuy que vous avez vu corrigé et augmenté, et l'autre un nouveau, afin que nous les vissions. Cependant, madame, je vois bien que la fausse politique de ce frère étouffera cet escrit et que sous prétexte d'obliger son frère, il ne tiendra pas à luy qu'il Délaisse aux Jésuites l'avantage dont ils se flattent d'avoir convaincu ces docteurs d'estre de fort meschans théologiens d'avoir absout un livre qui est vrayment hérétique. En vérité, la timidité choisit souvent de fort meschans moyens de se mettre à couvert de ses craintes.
1. évidemment M. Joseph de Voisin, conseiller an parlement de Bordeaux, et cité dans la Bibliothèque janséniste. Il se fit prêtre et mourut en 1685.