La mort du grand prieur, son frère, arrivée le 22 mai
li(AD£MQIS£LLE DE BELLEFONDS
La mère Agnès de Jésus-Maria était une de ces nobles et saintes filles qui préférèrent la Tie austère des Canner lites aux plaisirs du monde. A oette époque, le nonbre étui grand de celles qui entraient au couyent pav Tooatioa yéritable et allaient y prier pour leurs amies oh parentes qui résistaient peu ou mal aux séductions de la terre. On comptait alors , chez les Carmélites , mesdames de la Rochefoucauld, Séguier, Le Bouthillier, d'Anoure, d« Brienne, de Bury, de Lenoncourt, de Marillac, de Chabot, de Gourgues, de Bréauté , de Langeron, etc. Judith de Bellefonds^ tante du maréchal de ce nom et du maréchal de Yillars , belle et spirituelle, était fort adn^rée à la cour : à dix-sept ans cependant , en 1629 , entraînée par les conseils de madame de Bréauté, elle entra an Car mel et y fut de bonne heure choisie comme sous-prieure, puis prieure. De bonne heure aussi,elle acquit une grande autorité dans le monde, et l'on aimait venir lui demander des avis ou des consolations. Elle mourut au mois de no* yembre 1688 et mérita ce magnifique éloge fait d*elle par
^^suet dans une lettre adressée à la sœur qui lui succé-
^^t; comme prieure : «Nous ne la verrons donc plus, cette
*^^Te pière ; nous n'entendrons plus de sa bouche ces
**^^qles que la charité, que la douceur, que la foi, que la
^^^dence dictèrent toutes et rendirent si dignes d'être
^^Outées. La prudence étoit sa compagne et la sagesse
^^il sa sœur. Sa balance étoit toujours juste et ses conseils
^'^jours droits. »
Je vous demande mille très humbles pardons, ma très honorée et très chère sœur, de n'avoir pas respondu dès hier à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'escrire, mais sans estre malade, on m'avoit fait prendre une médecine par précaution. Je ne manquai pas néanmoins de parler à nostre mère prieure pour M, Valent : elle me répond ce que je savois aussy, qui est que nostre maison n'a point de médecins qui y soient arrestéspardesappointemens, se servant de plusieurs selon les occasions différentes qui y engagent : par exemple, ma chère sœur, du temps de M. Daguin*, M. Brayeret M. Renaudot* traitèrent séparément quelques-unes de nos sœurs qui ont eu des maladies fort longues et qui les obligent encore À venir de fois à autre. Nous sommes toutes persuadées du miérite qui se trouve dans celuy dont vous nous parlez, ma chère sœur, et vous vous en expliquez si for-
1. M. d'Aquin fut nommé premier médecin du roi en 1671, à 1* mort de Vallot : disgracié en 1693, il fut remplacé par Fagon.
3. £u£èbe Renaudot, fils cadet du célèbre médecin, fondateur de la Gagette; il fut nommé, en 1648, premier médecin d^ la Dauphine, et mourut le 19 octobre }679«
tement que, quand nous n*en aurions rien appris ps ailleurs, ce que vous en dites sufiBlroit bien pour e concevoir une grande estime ; ainsy nous y aurons] cours dans les occasions et vous rendrons de très huixni ble remerciemens de la bonté qui vous a fait prendra ce soin à nostre esgard; je n'ose m'embarquer et res— pondre sur ce que vous me faites l'honneur de me dire sur celuy de vostre amitié passée et présente; je Tay toujours regardée comme une grâce et non comme ayant rien qui l'ait méritée, mais aussy en avons-nous des sentimens d'une sy grande et sy tendre reconnoissance que je ne la sçaurois exprimer, et une des joies que je reçois plus sensibles est lorsque je trouve les personnes qui ont l'honneur de vous connoltre assez pour que Ton puisse s'entretenir sur vostre sujet à plein fond, y trouvant une correspondance. Je ne puis nonobstant mes bonnes intentions estre assez heureuse pour vous rendre aucun service, mais au moins j^ofFre une pauvre prière à Dieu pour vous , ma très honorée sœur, avec tout le zèle que peut vostre trè& humble et très obéissante servante.
Sœur Agnès de Jésus-Maria.
Ce 14 décembre 1673.