‹ Les amis de la marquise de Sablé;Chapitre 55 sur 105 · LE CARDINAL D'ESTRÉES · texte numérisé non relu

LE CARDINAL D'ESTRÉES

César d'Estrées, fils du maréchal duc d*Estrées, frèr^ du second maréchal de ce nom, et neveu de la belle G»'" brielle, naquit le 5 féyrier 1628. Il fut nommé de bona^ heure évoque de Laon et devint l'un des amis particulier^ de madame de Sablé. Louis XIY lui confia plusieurs missions qui le mirent en grande faveur. A Rome, il txx't chargé de la grande affaire du jansénisme et obtint 4^ trêve appelée paix de VÈglùe, Nommé cardinal en 1674, il contribua puissamment à l'élection d'Innocent XI; il se rendit ensuite en Bavière en 1677, passa en France en 1680 pour remettre son évêché à son neveu, et retournai Rome pour négocier cette fois l'affaire de la régale. D ^s'acquitta brillamment de tout ce qui lui fut confié, et après divers autres voyages politiques, il revint enfin à Paris en 1704 : il y mourut abbé de Saint-Germain-des- Prés et académicien, le 18 décembre 1714.

Bel esprit, écrivain élégant et précieux, on ne connaît aucun ouvrage de lui ; on lui attribue seulement quelques vers de la Guirlande de Julie et quelques autres adressée à madame de Maintenon.

(Rome.) Ce U avril 1672.

1e m'oublierois plustôt moi-mesme que d'oublier les iontés dont vous m'avés honoré, et je vous asseare, madame, que l'impression n'est pas moins vifve en moy que lorsque j'estois à Paris, et que certes un mérite comme le vostre est à Tespreuve de Tabsence et du temps. J'ay veu mes intérêts dans une telle agitation et traversés par tant de longueurs et de contretemps, que dans cet estât , ne pouvant vous rien escrire que solliciter vostre amitié et qui soulageast vostre défiance, i'ay cru me devoir réserver à une nouvelle agréable , que la venue de mon frère me donnoit bien d'espérer et qui seroit arrivée si le dépit et la haine que ceste cour a conçue sur ma fermeté et sur mon désintéressement ne Favoit portée à sacrifier maintenant des chapeaux à son ressentiment pour me mortifier et pour me nuire ^ Vous auriez esté contente de Tindifférence et du mépris avec lesquels j'en ay regardé les marques et de l'indignation publique de tous les cardinaux et de tout le peuple mesme contre un si indigne procédé. Mais, chère dame, servant un prince si ferme et si bon, et maintenant sa gloire , j'estois si asseuré de ceste

1. L'évoque de Tournay, — Gilbert de Choisetil,— venait de recevoir le chapeau de cardinal, que tout le monde croyait destiné à Mgr d'Estrées. * C'est une grande douleur pour son amie, écrit macfame de Sévigné, le 1" mars J67-2. On tient que M. de Laon s'est sacrifié pour le service du roi, et qu'afin de ne point trahir les intérêts de la France, il n'a point ménagé le cardinal Alfieri, qui lui a fait ce tour. » Mgr d'Estrées était d'autant plus froissé qu'il était créé in 'petto, depuis le mois d'août 1671.

esclataiitc protection qu'il me donne, qu'il ne doit pas m'attribucr un grand courage de n'avoir esté estonné de ce coup et de n'en avoir pas appréhendé les suites , et certes, Ton connoist assez à Tlieure qu'il est que la confiance dans les bontés de mon maistre estoit bien fondée, et cette connoissance et la présence d'un ambassadeur chargé de tous ses ordres, me font prendre le parti de chercher les moyens de servir avecqoes quelque bienséance. Un ambassadeur ne les leur refuse pas dans ses premières honnêtetés et ilsr prennent d ticiie d'exagérer tellement la satisfaction qu*ils en ont, qu'il est visible qu'ils cherchent cet honneste prétexte pour tout finir. Voylà, madame. Testât oùje me trouve: vous verrez que vous ne serez pas oubliée, lorsque je pourray vous faire sçavoir Taccomplissement de vos prophéties et si par hasard vous voyez le chevalier de Lorraine, il vous pourra dire combien nous avons park de vous. — Je réussirois encore plus aysément à (avoir deux autres chapeaux avec les deux que le roy apparemment aura bientôt, qu'à faire agréer aucune dea paroles qui sont dans le Mémoire que vous m'aveï envoyé. L'affaire n'est pas mûre encore et je ne sçais quand elle le sera. Je seray heureux de contribuer à une si bonne œuvre, mais j'éviteray cependant la trop grande précipitation, car vous avez des soupçons si.... que je ne sçais ce que vous en penserez. On cherchera quelque place pourMoret et vous n'aurez pas écrit, madame, deux fois inutilement sur ce sujet 41a personne du monde qui vous honore et vous respecte le plus.

Ce 30 septembre 1672, à Rome.

X OUT est pour moy de conséquence quand vous y paroissez, madame, et quelque bonne opinion que vous ayez de moy, vous ne connoissez pas ou vous ne voulez pas user de tout vostre crédit quand vous me faites des prières au lieu de commandemens : vous serez servi^ dans la petite grâce que vous recommandez , et elle ii*est pas de nature à recevoir grande difficulté. Je me suis réjouy trop tost de la réunion de vostre.... car il me semble qu'elle n'est pas trop asseurée, au moins son retour à Chambéry me le feroit soupçonner, car j'ay appris que madame de Longueville a esté malade et qu'elle se porte mieux; je ne songe point à sa perte et à sa douleur sans estre attendri ^ Mes amis m'assurent que je puis estre assuré de vostre protection, mais je vous supplie de m'apprendre si vos conjectures sont aussi fortes en ma faveur pour Tavenir qu'elles ont esté infaillibles pour le passé. J'y ay plus de créance que tous les astrologues du monde, et de vos serviteurs il n'en est point qui soit plus présentement à vous avec plus de respect.

Après de si grandes marques, madame, de mon attention para su persona, je vous diray que je n'en auray pas moins pour ce que vous et cette grs^nde princesse, pour qui j'ay toujours eu une si sensible vénéra-

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