H«nry Arnauld, évoque d'Angers
là que vous vous intéressiés à nostre amitié et que vous sériés fasché qu'elle fust altérée par ma faute. Je puis TOUS promettre que je ne vous donnerai jamais ce chagrin. C'est à vous, monsieur, ne pas souffrir que j'aie celui d'estre oubliée d'une personne que j'aime et que j'honore autant que madame de Montmartre. Je vous charge, sans scrupule, de la lettre que lui viens d'escrire parce que je sçai que vous avés souvent la joie de la voir. J'ai une autre prière à vous faire qui ne vous sera peut-être pas si agréable. C'est, monsieur, de vouloir m'apprendre si le petit livre [des Avis delà Vierge à ses dévots indiscrets , sur lequel M. de Tournai a fait une si belle lettre *), a été condamné comme je l'ai entendu dire, et ce qui est aussi arrivé de cet entretien sur la deffense que M. d'Amiens a faite de lire le Nouveau Testament de Mons. Cet escript m'est tombé depuis peu entre les mains, et, quoiqu'il contienne de belles vérités en de certains endroits, il y en a d'autres que j'ai peine à croire qui aient esté soufferts et qui, en effect, ne me paroissent pas soutenables. Je serois ravie de pouvoir vous entretenir là dessus et de sçavoir si mes jugemens sont conformes aux vostres. J'aurois
1. Gilbert de Choiseul d'Hostel, évoque de Comminges, puis de Tournay, en 1668 : il avait tenté de réconcilier, en 1663, les molinistes et les jansénistes. Il a composé de nombreux ouvrages, une Lettre pastorale sur le culte de la Vierge^ imprimée, notamment, en tête des Avis salutaires de la Vierge à ses dévots indûcretSf publiés à Tournay en 1711. Il est mort à Paris le 31 décembre 1689. Madame de Sablé parle également de ce prélat dans une lettre du 18 octobre 1674 : « Que l'on est heureux, lui dit-elle, quand on a de quoi voir par soi-mesme, comme vous, et de n'être point conduit comme un oison bridé par des g6DB qui, estant aveugles, tombent les premiers et font tomber oeux ({Vii les suivent. »
bien de la vanité si cela estoit et j'aurai beaucoup de joie si vous prenez la peine de m'escrire quelque chose sur tout cela. Vous jugés bien que je le tiendrai aussi secret que vous le ppuvés souhaiter et que j'ai envie que ce soit de la curiosité que je vous fais parestre sur une pareille matière.
A Fonte vrault, ce 9« janvier 1674.
uoiQUE je n'ai aujourd'huy qu'un moment de loisir, je ne puis différer à vous témoigner la joie que j'ai que vous ayés enfin songé à moy; je vous ay cru à mon esgard dans un assoupissement profond et la marquise, bien loingde vous justifier, m'a quelquefois secondée de petits mots qui m'ont confirmée dans cette opinion : quoiqu'il en soit, puisque vous vous estes réveillé, je ne prétends pas vous faire de querelle, et je vous prie seulement de ne plus me mettre dans la même peine. Puisque vous voulez que je vous mande ce que je pense des plaintes que madame de S. fait de vous, je vous avoueray sincèrement qu'elles ne me surprennent pas pour les raisons qu'elles sont iraisonnables et queje ne puis plus être étonnée sur son sujet que quand jeU verray s'accomoder d*un procédé droit et juste conune le vostre. Je ne sçais si la charité n'est point un peu blessée dans cette décision , mais comme je ne vous apprends rien de nouveau et que je connois vostre discrétion, j'espère que ma sincérité en cette occasion ne sera point criminelle : il me semble que madame 1» coadjutrice n'espargne pas sa sœur plus que moyquand
elle dit qu'on trouble son repos et quand on conserve la vie d'une de ses religieuses. J'admire comment on peut faire parade d'une telle injustice et je voudrois bien sçavoir en quoy Ton blesse l'absence d'une personne qu'elle n'aime pas lorsque sa conscience est à couvert par Tattestation de plusieurs médecins de probité , si elle ne veut bien laisser croire à tout le monde que c'est par malignité qu'elle souhaite son bonheur et que le repos qu'on lui ôte en procurant la demeure de madame Du Mas à Sainte-Menou n'est autre chose que la priver du plaisir qu'elle prend à maltraiter cette pauvre fille. Je suis naturellement si choquée des injustices que je m'emporterois. encore davantage sur cette matière si je ne craignois de vous trop scandaliser et si je ne me tourmentois pour envoler cette lettre. J'attends avec impatience vos réflexions sur les livres dont vous me parlez et je vous conjure, monsieur, de vouloir faire tenir les lettres que je vous adresse pour madame de Montmartre et madame de Sablé.
A Fontevrault, ce 19 février 1675.
(j'est bien tard respondre à vostre dernière lettre; mais vous sçavez si bien les embarras auxquels je suis exposée, que je m'assure que vous ne m'aurez point pour cela accusée de paresse. J'ai leu avec honte les grands remerciemens que vous m'avez faicts pour un très petit présent , et avec plaisir ce qui a esté escrit , pour et contre le petit livre des Avis salutaires de la bonne Vierge. Vous croies bien, monsieur, que je ne
me meslerai pas de décider ce qui vaut le mieux ^^ tout cela, mais je vous avouerai franchement queii^^ ne m'a tant plu ni tant persuadée sur cette matière qa^^ la lettre de monsieur de Tournai. Il me semble qu*ell.^ respond pleinement à tout, et que quand on l'aleue, 1^^ objections que Ton faict pour les avis de la bonn^3 Vierge paraissent bien foibles ; quand il vous tomber <^ entre les mains quelques autres escrits de cette natar^ ^ vous me ferez un plaisir extrême de m'en faire part « mais sur toutes choses je vous demande la continuatio'ZSL de vostre amitié qui me paroist d'un grand prix pah.^r l'opinion que j*ai de vostre esprit et de vostre veitLX. Ma sœur de Fourille ^ a connu Tun et l'autre, dans 1.^ séjour qu^elle a fait à Paris, et je puis vous assurej*, monsieur, qu'elle vous estime infiniment. Nous parlons souvent de vous, elle et moi, avec plaisir.
A Fonte vrault, ce 28 avril 1676.
Il y a longtemps, monsieur, que la marquise scait combien je suis flatée de votre aprobation. Ainsi, bien loing de croire me trahir, je suis très assurée qu'elle pense Men me faire un plaisir très sensible quand elle vous montre quelque chose de ma part qui peutestre à voslre goust. Eu vérité, elle ne se trompe pas; car ja suis si convaincue de vostre discernement et de vostie sincérité qu'il n*y a point de louanges qui m'honorent
1. Madame de Fontevrault parle de la sœur de Fourille dans une lettre à madame de Sab]é, du 17 juin 1674, en lui annonçant la joie qu'elle ressent de partir pour aller chez la narqvîse.
ni qui me persuadent plus que celles qu'il vous plaist de me donner. De là, vous conclurez aisément, par vos bonnes maximes, qu'elles me sont très préjudiciables et sjans doute il n'en faudra pas davantage pour vous faite changer de style avec moi. Le petit mot d'exhortatioo qui est dans vostre lettre m'afait une impression trà0 grande et m'a fait résoudre à ne point passer de }(mv (quelque affaire que j'aie) sans lire saint Paul. Je pense que vous ne me destoumerez pas de ce dessein. (M)ligez moi, monsieur, de continuer à me dire quelqm iBOi de temps en temps et créiez^ s*il vous plaist, que je suis la personne du monde qui vous estime le plus véritablement ^
A Fontevrault, le 21 septembre 1682.
Vous m'obligez fort, ma chère...., d'entrer comme vous faites dans mes raisons et de m'assurer que madame de TAbbaye-aux-Bois les a aussy entendues. Je suis toujours fort aise d'obliger, mais vous sçavez qu'il ne faut estre ami que jusqu'à l'autel. Je vois que la pauvre dame n'observe dans son gouvernement ni cette règle, ni aucune autre, c'est un grand malheur pour elle mesme et pour les personnes qui sont dans sa dépendance : l'histoire que vous me mandez là- dessus ressemble à ce que j'ay vu mille fois arriver dans ce lieu là; mais, en vérité, il ne se peut rien de plus
1. Une autre fois elle le remercie d'un livre qu'il avait choisi pour elle et lui parle « du cas que je fais de tout ce qui vient de vous et du désir que j'ai que vous me regardiez comme une de vos meilleures amies. >
malhonneste à Tesgard de madame Dofine^ ; je h n
conseille cependant de mespriser cette injure parc ^"^e qu'elle mesprise les personnes de qui elle part. M maison n'est pas si bien située, mais elle est moins oi geuse, et vous pouvez en disposer assurément Tune < l'autre. Voilà enfin le Ronceray donné : je sçavois hier : qull n'estoit pas pour ma niepce , mais il me sembKr«3lc que la personne qui en est pourvue ne paroissoit "pBSSi^di sur les rangs : je la plaindray de se transplanter à l'â g^^ jgi qu'elle a sy ce changement n'estoit de son choix. Me^IHef complimens, s'il vous plaist, à M. Vallant : on dit qu*"««a*il se corrige de son insensibilité , mais il faut que ce r-m q^ soit qu'à regard des gens qu'il voit; j'aime mieux £:^ du moins le croire de cette sorte et n'accuser que mon ald jj. sence de l'oubli où il me met : je vous prie de me maïc der si ma cousine le querelle toujours et surtout coe ment il se porte.
Je suis à vous de tout mon cœur, ma chère . . . et à madame Dofine : je me flatte que vous en est Tune et l'autre bien persuadées.