Né à Lyon en 1634, mort en
— 15 ^ « ék bim^ qui sont le propos de la coquette, de la finette , • de la discrète et de la bourgeoise. » Il est de même de l'abbé Gotin, complètement compromis aux yeux de la postérité, quoiqu'il ne fût pas sans valeur : mais il eut le tort de provoquer Boileau, tandis que l'abbé de Pure subit ses railleries sans les avoir motivées ; au lieu de laisser passer inaperçue la plaisante allusion faite par Despréaux sur ses sermons où Ton était trop aisément assis, le jeune abbé lui reprocha dans une méchante satire de copier Horace et Juvénal et lança presque aussitôt un libelle plus méchant encore. Mignot, le pâtissier-traiteur, bafoué dans la même pièce que Gotin, avait de son côté porté plainte devant le lieutenant criminel : se voyant repoussé de ses prétentions judiciaires, il trouva ingénieux de faire cause commune avec le prédicateur offensé, fit imprimer sa brochure, et comme il fabriquait alors des biscuits fort estimés, chaque fois qu'on venait en acheter, il les enveloppait dans un exemplaire de ce factum.^ais l'abbé alla trop loin; il s'en prit aussi à Molière, et tandis que Boileau se vengeait en continuant seulement ses petites plaisanteries, le grand comique s'y prit de manière à couvrir à tout jamais le pauvre abbé de confusion, en produisant sur la scène ce ridicule Trissotin qui se nomma même d'abord Tricolin, et qui vint répéter dans les Femmes savantes les propres vers de son malencontreux homonyme.
Quant aux femmes, la liste en pourrait être également longue, mais je dois en omettre beaucoup si je ne
veux mentionner que celles dont les noms sont demeurés aussi célèbres, j'allais dire aussi populaires; je dois, en outre, nepasm'exposer iciàdes répétitions que nécessiteraient les autres parties de ce travail. A quoi bon d'ailleurs mentionner les reines de ce monde dont les noms viennent d'eux-mêmes à la mémoire en lisant ces pages, et qui nous ont été si finement dépeintes, si spirituellement caractérisées déjà par Téminent académicien auquel revient l'honneur d'avoir, sij'osele dire, découvert le xvii* siècle. Je ne puis pas pourtant, avant d'aller plus loin dans cette galerie, oublier deux des plus grands esprits catholiques de cette époque qui hantèrent l'hôtel de Rambouillet dans leur jeunesse et commencèrent tous deux à s'y faire entendre : Bossuet et Fléchier, Taigle de Meaux et le spirituel auteur des Mémoires sur les grands jours cP Auvergne, J'hésite maintenant à énumérer, même brièvement, les représentants principaux de cette société créée par Catherine de "Vivonne, à pénétrer dans cette pléiade qu'on ne peut s'empêcher de regretter, en voyant le nombre de ses membres à ime époque relativement peu éloignée de nous et en songeant qu'ils ont emporté avec eux ce secret de la conversation qu'on désire et qu'on cherche presque vainement de nos jours : ils tombaient dans l'afféterie, dans la mignardise, je n'ai pas l'intention de le nier, encore moins de les justifier, mais cela ne valait-il pas mieux que les causeries réalistes de nos contemporains? Franchement, n'aimerions-nous pas presque autant enten-
dre le sonnet à Uranie ou un dialogue sur le royaume du Tendre^ que le récit d'une course de chevaux ou Tine dissertation approfondie sur les valeurs de la Bourse ? Je crois cependant instructif de donner ici une courte énumération des beaux esprits qui ,. pendant la période du milieu du xvn* siècle, ont en quelque sorte écrit sous Tinspiration de la société féminine, dont quelques rares membres seulement s'exposaient à tacher d'encre leurs doigts aristocratiquement efiaiés. Je veux nommer la troupe des gens de lettres de cette brillante époque, les commensaux des principaux salons de la moderne Athènes, les habitués assidus et recherchés des bureaux d^esprit, des ruelles et des alcôves ; quand on aura vu ces noms et connu par là les ouvrages qu'ils ont laissés, il sera plus facile de se rendre bien compte du mouvement littéraire provoqué, j'allais dire créé, par l'influence de l'hôtel de Rambouillet.
C'est Bary, qui publia un traité de philosophie et de rhétorique à l'usage des précieuses, « qui ne savoient « pas le latin, » et un Esprit de cour qui devait, au dire de son auteur, déprovincialiser les précieuses éloignées de Paris. Benserade^ qui marche presque de pair avec Balzac et Voiture, le rimeur ordinaire des plus belles dames de Tépoque, leur enfant gâté et à qui Christine de Suède écrivait : « Louez- vous, glorifiez-
1. Paul de Benserade, né en 1612 à Ljons-la-Forôt, en Normandie, mort en 1691.
« vous de votre bonne fortune qui vous empêche de • venir en Suède. Un esprit aussi délicat que le vôtre « s'y fût morfondu et vous seriez retourné enrhumé « fort spirituellement : on vous aimeroit trop à Pàriis « avec une barbe carrée, une robe de Lapon et uiie « chaussure de même. » Gilles Boileau*, esprit i5n et délié, effacé par son cadet, contre lequel il soutint Chapelain, mais qui jouissait cependant d'une Certaine importance à cause de la feuille des pensions dopt il fut chargé par le cardinal de Mazarin. M. àe la Calpfenède*, au sujet duquel Despréaux a dit :
Tout a rhumeur gasconne en un auteur gascon !
et qui nous a laissé quelques romans et de faibles tragédies. CoUetet', l'un des rares amis de Despréaux, qui se maria trois fois et toujours avec des servantes, mais dont la mémoire mérite d'être conservée à cause de ses Cris des poètes français. Conrart a droit à une place toute spéciale dans cette galerie*, car c'est à lui que nous devons la plupart des détails intimes que nous possédons sur la société française du xvii® siècle. Conrart était le « ministre » des précieuses, chargé d'instruire ceux qui voulaient faire bonne figure dans la belle société : « Sa maison, dit Furetière, est un séminaire « dTionnôtes gens, qui, après y avoir fait leur noviciat « pendant quelque temps, sont dignes d'entrer au pa-