‹ Les amis de la marquise de Sablé;Chapitre 72 sur 105 · LONGUEVILLE · texte numérisé non relu

LONGUEVILLE

De Port-Royal, 88*'jmn. I ^^

Je ne puis me résoudre à communier demiain, parce I ^' que je le ferai avec trouble, et que je crois qu'il vaut 1 if^ mieux remettre une action de cette nature que de la 1 1^ faire avec inquiétude. Avec le plus grand repos que je 1 q^ puisse avoir, mon esprit n'est pas à peine suffisant pour I j^ me faire communier sans peine, ainsy je suis persuadée I ^ que je ne le dois pas faire , lorsque j'en ay désir : je ne \^ suis point la maîtresse. Je crois donc avoir reçu l'absolution avec une conscience douteuse, parce qu'il me vint en pensées dans ce temps-là que je devois dire une circonstance que j'avois omise, et le ridicule de cette accusation me retint de le faire. Il est vrai qu'il me vint bien aussy à l'esprit, que comme, on n'estoit pas obligé d'accuser ses péchés véniels, on ne Testoit pas par conséquent d'éclaircir les circonstances, outre que je n'avois pas même dans l'esprit que ce fust un péché véniel considérable; mais je crains cependant de n'avoir pas absolument déterminé mon esprit à suivi*e cette dernière pensée, car celle qui me poussoit à dire ce que je ne dis pas estoit tellement meslée avec Fautrei et le sentiment de honte de dire ime sottise comme celle-là m'estoit si présent et si sensible, que je crains avec raison, ce me semble, d'avoir agi par là plutost que par la bonne raison que j'aurois veue si j'avois eu plus de temps à mo résoudre^; mais celui de l'absolution est si court et je fus si troublée que je ne pus me déterminer. Cependant je suis aujourd'hui fort troublée, non pas de la chose, que je croie très-petite, mais de la mauvaise disposition qui fait que je suis ca-

pable de recevoir Tabsolution dans ma conscience douteuse, ce que je crains qui n'ait rendu ma confession mauvaise, ne voyant pas le degré où je puis porter une si terrible chose ; car dans un doute, quelque mal fondé qu'il puisse estre, une personne qui auroit la conscience droite diroit tout ce qu'elle penseroit plutost que de se commettre à abuser du sacrement, et il faut que l'orgueil soit bien grand en moy pour me faire prendre le party contraire, et qu'une conscience soit bien peu droite qui se commet à faire une mauvaise confession.

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