L'ABBÉ DE SAINTE-BEUVE
Il faudrait faire l'histoire de Port-Royal pour racontei réellement la vie de l'abbé de Sainte-Beuve. Quelquesligne» suffiront ici. — Jacques de Sainte-Beuve naquit à Paris et fut reçu docteur en théologie dès 1638, à peine âgé de vingt-cinq ans ; il acquit rapidement une si grande réputation comme casuiste, que, de tous les points du royaume, on le consultait pour la direction des consciences.
Partisan de la doctrine de saint Augustin sur la gràcet l'abbé de Sainte-Beuve cherchait à demeurer dans une situation calme au milieu des agitations du temps. Ennemi de la doctrine janséniste, il suivit cependant le parti d'Arnauld et fut exclu avec lui de la Sorbonne. Rentré en grâce après avoir signé le formulaire, Sainte-Beuve vécut paisiblement à Paris, continuant à y être considéré comme le docteur casuiste par excellence. Il y mourut le 15 décembre 1677.
M. de Sainte-Beuve avait un frère, ecclésiastique également et auteur assez estimé,— et une sœur dont le portrait
^crit figure dans la Galerie de mademoiselle de Mont- ^ensier.
Votre rhume a été le mal de tout le monde depuis que j'ai eu Thonneur de vous voir; mais vous avez eu par dessus celui de la hanche qui est très douloureux. N'ayez point d'inquiétude d'avoir rompu le carême dans cette incommodité double. Je suis très aise que vous ayez pris résolution de vous purger dans le besoin que vous en avez, mais je le suis encore plus de ce que vous voulez bien communier demain , ne l'ayant pu auparavant pour vos Pâques. Puisque vous avez estimé que vous hasarderiez si je vous voyois, à cause d'un petit reste de rhume que j'ai encore, vous ferez bien de vous confesser demain à un des prêtres bénédictins anglais, pour ensuite communier. Comme vous n'avez pu faire la pénitence que je vous avois ordonnée, il sera bon que vous fassiez quelque chose en la place. Je voudrois que ce fût une seconde aumône aux mêmes pauvres, et la récitation du dernier psaume de la pénitence, aujourd'huy et demain, devant votre confession. Tâchez aussi de ne donner point lieu à ces jugemens, et de vous occuper plutôt de la considération de vos imperfections pour les détester, que de celles du prochain qui ne pourroient que vous nuire. J'espère que N. S. continuera sur vous ses miséricordes, et qu'il achèvera en votre âme ce qu'il y a commencé pour sa plus grande gloire et pour votre salut.
Un vous a dit vrai, madame. Feu Mons. rarchevSçûe de Paris a défendu la lecture de Jansénius et de tcut ce qui étoit ou seroit fait pour et contre ce livre défendu. Il fit cette défense en publiant la constitution d'Urbain VIII. Depuis en publiant les constitutions d'Innocent X et d'Alexandre VIII, la défense particulière de ce même livre et de tous autres pour sa justification ont été défendus. La permission d'un nonce ne seroit pas suffisante pour lever la défense de Tévêque. Je vous avoue qu'on n'a pas eu toute la déférence qui étoit due à ces défenses, et qu'on n'a point laissé de lire ce livre, d'écrire pour sa justification et de lire les écrits faits pour cela. Il y en a qui ont voulu dire que ces défenses n'ont point été reçues et partant que maintenant elles n'obligent pas. Pour moi, je serai toujours de l'avis de la soumission. Mais comme l'écrit qpie vous avez n' est ni la traduction de ce livre, ni un écrit fait pour sa défense, et que vous m'avez dit qu'il ne contient rien des propositions condamnées, lesquelles vous voulez condamner de tout votre cœur avec l'Église, et que vous ne lisez cet écrit que pour votre instruction delà religion catholique, c'est ce qui a fait. Madame, que je me suis contenté de vous dire que vous prissiez garde, sous prétexte d'instruction morale, de vous embarrasser dans les propositions condamnées, et que vous étiez obligée devons soumettre en cela comme en toute autre chose au jugement de l'Église. Pour peu que vous ayez de peine de cette défense, vous ferez bien de laisser la lecture de cet ouvrage, c'est mon sentiment. Je ne sais
point qu'il se soit passé à la cour aucune chose qui me
regarde. Vous m'obligerez de me dire ce que c'est, et
je vous promets tout le secret, vous étant fort obligé
d'y prendre part.
Catho m'a écrit ; je suis d'avis de dififérer de lui faire réponse jusqu'à ce que j'aie euThonneur de vous voir. Sa lettre tend à me demander si elle viendra en cette ville, chargée comme elle l'est de neveux et d.e nièces. Elle me parle de vous, et de sa demeure précédente. Mais il me semble qu'on ne veut point d'elle en tout, et que vous ne la souhaitez pas aussi; c'est pourquoi elle fera mieux de demeurer que de venir.
Depuis ma lettre écrite j'ai vu. Madame, que je pouvois bien lui faire une réponse qui seroit dans votre pensée. Je vous l'envoie. Vous prendrez la peine de la faire cacheter, et de lui faire tenir.