‹ Les amis de la marquise de Sablé;Chapitre 88 sur 105 · LK MARQUIS DE SOURDIS · texte numérisé non relu

LK MARQUIS DE SOURDIS

Charles d'Escoubleau, marquis de Sourdis et d*Alluye, est un personnage qui a occupé une place assez considérable dans la société précieuse et dont la vie cependant est assez inconnue. Très-lettré, aimant passionnément écrire, si Ton en juge d'après la quantité de pages de sa main conservées par Valant, il était fort recherché, ce semble, et ne jouissait cependant que d'une très-médiocre réputation.

Frère du belliqueux archevêque de Bordeaux, qui fut surintendant de la marine et n'aimait rien tant que guerroyer *, le marquis de Sourdis naquit en 1588 : maréchal des camps et armées du roi^ chevalier de ses Ordres en 1633, gouverneur de TOrléanais, Blésois et pays Chartrain, il fit un mariage qui grandit singulièrement sa situation, ayant épousé Jeanne de Montluc, comtesse de Carmain, prin-

1 . Voir notre Histoire de la guerre maritime entre la France et VEspagne, au xvii^ xiècle, Revue de Provence et de Marseille, ann(*e 1860.

^^esse de Chabannais, fille unique d'Adrien de Montluc et ^e Jeanne de Fois : elle lui donna cinq enfants *; mais il semble s'en être peu occupé et sa mort, arrivée en 1657, passa fort inaperçue dans Texistence de son inconstant époux. On avait du reste rêvé .pour lui un mariage bien plus considérable : il s'agissait de Charlotte de Montmorency, celle-là même qui devint princesse de Condé. Il consentait à la prendre sans aucune dot, mais la vieille duchesse d'Angoulême se mit à la traverse et arrêta ce projet.

Sa femme, du reste, ne jouissait pas non plus d'une réputation très-irréprochable; le comte de Carmain disait, en parlant de sa fille et de son gendre : « Il peut faire sa fortune, car sa femme ne la luy fera jamais. » Et encore, à propos d'une aventure galante de la même, le comte de Gramont déclarait qu'il en était fâché « parce que c'est la fille du comte de Cramail, mais bien aise parce que c'est la femme du marquis de Sourdis. »

Ce pauvre marquis effectivement avait, à en croire Tallemant, la réputation d'avoir * fait d'infâmes choses à tout le monde. » — Il débuta dans la vie politique, quoique mestre de camp déjà d'un régiment de cavalerie, comme intendant de la maison de Richelieu. Il s'y distingua par ' le zèle excessif avec lequel il y défendit les préceptes de l'économie la plus voisine de la lésinerie. Gouverneur de rOrléanais, pays Chartrain et Blésois, il résida assez fréquemment à Orléans et s'y signala par une mesquinerie aussi soigneusement appliquée à ses intérêts propres qu'à ceux d* autrui.

Il se trouva notamment au siège de son gouvernement, en 1652, lors de l'expédition de Mademoiselle à Orléans. « Il y étoit peu accrédité, dit-elle dans ses ilf emoircs, et sa conduite envers S. A. R. étoit telle, que l'on étoit bien

1. Le marquis d'Alluye.tué au siège de Uenty, on 1637; Paul, marquis d'Alluye, gouverneur d'Orléans; le comte de Montluc; le marquis de Sourdis, gouverneur de Bordeaux, dont la fille unique épousa Colbert de Saint-Pouange, d'où les marquis de Colbert-Chabannais ; la marquise d'Effiat.

aise de la voir aiasi. » Elle nous raconte, ea effet, que «c deux jours avant son arrivée, il avoit esté arrêté pendant qu*il t'aisoit sa ronde, et quand il s'étoit nommé ils (les bourgeois) ne l'avoient pas laissé passer sans ie demander au corps de garde. » Une autre fois, ces mêmes malicieux bourgeois avaient barricadé sa porte pendant la nuit, de sorte qu'au matin il ne put sortir de chez lui. Sourdis avait la réputation d'appartenir au parti Mazarin, quoique ses intérêts dussent le rattacher, au contraire, à celui de Monsieur. Mademoiselle crut devoir s'en expliquer vivement avec lui et elle ne semble avoir accepté qu'à demi la protestation de dévouement par laquelle il lui répondit. Cotte opposition se manifeste effectivement en plusieurs rencontres et Mademoiselle avoue franchement « en avoir pleuré de colère.» Enfin, Sourdis écouta les conseils de l'évoque d'Orléans et se remit décidément bien dans les bonnes grâces de la princesse. Elle ajoute à ce propos un détail assez piquant. Chaque matin il lui envoyait « un paquet de confiture. — Pendant notre démêlé, continue-t-elle, je n'en avois pas eu, de sorte que je dis à l'ovêque, qui nous raccommoda, qu'il me restituât tout ce qui m'appartenoit, ce qu'il fit, car je ne perdis pas un paquet. »

C'est ensuite dans les salons précieux de Paris que nous retrouverons le marquis de Sourdis, appelé par Somaize, Sarsanne,

La satire des ContrevMtés nous apprend que

Madame Cornuel abandonne Sourdis.

La belle madame Cornuel retint longtemps, en effet, M. de Sourdis, et leur liaison même se changea en une sincère amitié qui ne se démentit jamais, mais qui n'empêchait pas madame Cornuel de juger son ami avec les yeux les moins prévenus : on le verra par ce passage d'une lettre adressée par elle à la comtesse de Maure, le 23 octobre 1659, — c'est la seule lettre connue jusqu'à ce jour de madame Cornuel : — «Nous avons eu le marquis de Sourdis céans. Si M. le comte de Maure se rescria du portrait que

j'en fis il y a quinze jours, ce n'est rien de le peindre de mémoire, il en faut faire un sur l'original. Vous sçavez, Madame, qu'il n'y avoit pas trois semaines qu'il estoit party de Paris, dimanche qu'il arriva céans le matin. Il a donc vu quatre de ses maisons, Amboise, Tours, des religieuses proche de Tours, affermi et rehaussé des terres, vendu de hauts bois, gaigné, cela entre nous, cent mille francs sur le marché avec le Roy. Il a basty deux maisons, abattu à Amboise, ordonné des levées de la rivière de Loire, avancé pour cela son argent, fait sa provision de vin, de bougie, et enfin tant de choses que reçu de l'argent m'échappe de la mémoire aussi bien que quelque léger arbitrage. Vous croyez donc, Madame, qu'à tout cela et n'estre que deux jours en chaque lieu, il n'y a pas eu du temps de reste? Ecoutez : 11 a fait un roman, vers, prose, avantures. Je vous ay souhaitée à la lecture qu'il en fit, car rien n'est pareil à un homme âgé et veuf qu'il descrit^ dont toute la contrée est dépendante, par la considération de son âge et de ses richesses. — De la mesme plume, il prend un autre portefeuille, et a écrit un Traité de la grâce, un de la médecine, et quelqu'autre de la physique. Dans le caresse il fait des devises avec don André, lesquelles mon ignorance ne connut que pour très chétives emblèmes. »

Ce portrait fut grandement apprécié dans la société du temps où l'on aimait singulièrement ces jeux d'esprit. Madame de Maure le communiqua à madame de Rambouillet qui en prisa hautement la ressemblance dans sa réponse : « Le personnage n'est pas méchant, à la vérité, mais il est brusque, et ce qui est fait est fait. Après tout, Madame, je vous rends mille grâces de m'avoir fait part d'une chose qui m'a fait plus rire que je n'avois fait il y a longtemps. » Et elle lui recommande d'envoyer également cette fameuse lettre « au bon M. Conrart. »

La liaison entre Sourdis et madame Cornuel fut très-vive pendant quelque temps: Tallemant,à cet égard, donne des preuves d'une singulière franchise ; mais à Orléans il eut aussi quelques aventures. Il courtisa d'abord une petite bourgeoise de quinze ans^ la menant à la promenade^

« mais jamais la collation ne passoit le bisouit. » Pendant -§- ^^

l'hiver, comme la mère de la belle s'ennuyait de voir tant j- ^^

de monde venir chez elle, Sourdis loua une arrière-bon- ^j

tique « pour y tenir leurs gambades, » mais à condition .cx«i

que chacun paierait deux sols marqués « pour le bois. » .^^ ^ £t il dansait toutes les danses du temps et jouait aux '^^ sx petits jeux. Plus tard il brûla pour une dame de la ville, ^ ^^ pendant ie séjour de Mademoiselle. A ce propos madame ^.cie Cornuel s'exprimait avec une verve dont, je regrette de ne ^»^e pouvoir rapporter ici les traits. Je citerai aumoins cequ*elle ^^ j^ disait de son ami qui , tout en étant parfaitement avare, ^ ^a^ avait des goûts fastueux et ne voulait jamais sortir, par tx: jtr exemple, sans quatre chevaux et une suite nombreuse. « ^gg,

« Que vous voylà ayse, lui disait-elle un jour, il me sem- ^.

ble que c'est Jacob et ses chameaux! »

Plus tard , revenu à Paris et ayant renoncé à la politique, ^ nous voyons M. de Sourdis trôner dans les salons pré — ; cieux.Lié avec mesdames de Sablé et de Maure, il figure, àfl& à chaque page, dans l'histoire des dernières années de ïbê^ Ma, vie de ces deux femmes distinguées; il cherchait dans le^s ^s discussions religieuses un aliment à son activité. Moli^^^Sniste comme M. de Maure, il eut de rudes discussions .^s avec madame de Maure qui, sans être janséniste, penchai' ^k: uit plus volontiers vers les idées delà marquisede Sablé,toat^ .^^e dévouée à Port-Royal et à sa doctrine. Madame de Maur^ —are en écrivit souvent à son amie et on peut constater dan? M^ns les lettres que nous avons précédemment publiées, à que«-.»*6l degré de vivacité s'élevait parfois la discussion^: « Non* jmzMS

nous sommes pensé arracher les yeux, M. de Sourdis m ^ et

moi, » écrit-elle un jour; et une autre fois, nous voyon mr^s que les choses ne se passaient pas moins chaudement entr -^"e* Sourdis et madame de Sablé, par une lettre qu'adressac: ^aiit madame de Maure à celle-ci: «Ce que vousescrivezàM.d^Ede Sourdis, que votre raison est pour lui et votre foi contr^^i^^i et ce que M. le comte m'a dit aussi de la dispute que Yom^^s eûtes ensemble avant-hier, me fait juger que c'est qi^i^e

1. Madame la comtesse de Mau/re^ sa vie et sa correspondants^ ^p 1 vol. in-18. Paris, Gay, 1863.

vous tenez pour article de foi ce que dit saint Augustin dans le Traité de la Grâce. »

Une autre fois encore, madame de Maure manda à son amie qu'elle avait failli se brouiller tout à fait avec M. de Sourdis. L'épisode est assez piquant. Le marquis entra un beau jour chez madame de Maure parlant d'une décision de Mazarin qui attribuait aux gouverneurs de province une assimilation avec les personnages les plus considérables du royaume, ce qui le touchait fort, lui gouverneur de l'Orléanais: la comtesse se récrie et nomme plusieurs gouverneurs qu'elle trouvait de trop médiocre naissance pour figurer jamais parmi les « grands du royaume ; » la discussion s'anima singulièrement: surviennent le comte de Béthune et le prince de Guéménée, et les choses ne se calmèrent pas. Ces messieurs soutinrent l'opinion de madame de Maure, « ainsy la colère de M. de Sourdis redoubla, encore que tous deux traitassent cela le plus doucement qu'ils pouvoient. Aussy ayma-t-il mieux s'en aller avec eux que de demeurer un moment tout seul avec moy, et ayant esté quatre jours sans revenir, je croïois l'avoir perdu, quand il y revint hier. » Il reprit sa discussion, et madame de Maure s'efforça de lui faire comprendre « tout doucement, » qu'elle ne disputait que sur le caractère des grands du royaume, et la chose en resta enfin là. «Mais je m'apperçus dans son discours, ajoute la comtesse, qu'il s'étoit fait faire de grands remerciements par tous les gouverneurs et notamment à l'hostel de Rambouillet. »

Sarsanne, comme Somaize l'appelle dans sonDzdîowrîatVe des PrdcieuseSj ne survécut pas longtemps à la comtesse de Maure; celle-ci mourut en 1663, et Sourdis le 21 décembre 1666. — Il avait beaucoup écrit, comme le constate la lettre de madame Cornuel, mais jusqu'à présent on ne connaissait, je crois, de lui que les trois portraits écrits dans la Galerie de Mademoiselle de Montpensier: l'un est ce! ui de madame de Maure, adressé à mademoiselle de Vandy, le second celui de la marquise de Créquy et le troisième celui de Mademoiselle. Ce dernier est envers et a été quelquefois attribué par erreur à Segrais.

Somaize remarque que c*esl au marquis de Sourdis que nous devons rcxpression si fréquemment usitée aojoixrd*hui « être pénétre des sentiments de queiqu un.» — ^Enfin, comme dernier trait relatif au marquis, nous oonstaterozxs que l'émaillcur Grillet, qui était poëte quelquefois, Ivti, adressa une épltrc des plus élogieuses où nous lisons:

Vraymontje suis bien étourdj!

Je no sçauroii ouvrir ma veine Pour un plus vaillant capitaine Que ce grand marquis de Sourdjl

LioMME VOUS ne voulez rien désirer et avez pouvcr ^^^* même de défendre à vos désirs de paroistre, vous i^^--*' , trouverez pas estrange que l'on soit dans la nécessi'^*' de se taire ou d'incommoder les personnes que l'c^^*^ estime beaucoup ; celte considération me fit disparoisti ■ "* ^ Taatre jour, joint aussy qu'en irritant quelques per sonnes on est aussi aise de ne trouver personne qu^:::^:^^ Ton désire d'en rencontrer chez d'autres *.

SouRDis.

J E VOUS envoie le jugement que j'ay fait du livre ^ ^® Charon comme vous me l'avez commandé absolumei^-^^^^» ne m'estant pas possible de vous rien refuser. Je verr^*'^*®^ les maximes lorsqu'elles seront chez madame la coar^®" tesse de Maure. Je crois mademoiselle de Chalais ass ^^ ^

1. Ce billet parait relatif à la discussion que nous venons "*

raconter au sujet des gouverneurs de province.

de mes amies pour la prier de me donner par écrit les raisons pour lesquelles il faut entendre saint Augustin autrement que je ne Tentends. Je vous donne parole que de bonne foy je m'y accorderay et je respondray article par article ce que mon petit sens me dictera et en peu de paroles : la vérité doit estre cherchée et elle doit aussy estre enseignée par ceux qui la sçavent ; car, en conscience ils y sont obligés, pour faire valoir le talent que Dieu a donné, autrement il est enfoui en terre qui fait la condanmation des méchans serviteurs dans l'Évangile.

SOURDIS

Vous trouverez peut estre estrange que, dans un temps de retraite, j'ay arresté mon esprit sur cette matière, mais si vous en songez le sujet, qui n'est pas en faveur de Tamour, mais plustost contre, vous cesserez vostre étonnement, et principalement si vous vous souvenez de ce que vous m'avez dit de la nature de Tamour dont vous croyez mes sentimens fort éloignés des vostres, sur lesquels faisant réflexion par l'estime de Tesprit de madame la marquise de Sablé, j'ay creu que cette différence ne peut venir qu'en ce que vous faites capital de l'amour d'inclination et moy de celuy de congnoissance. Je ne sçais si j'aurois esté assez heureux en mon imagination dont j'attendray votre jugement.

SOUROIS.

J E ne vous aprendray rien de nouveau quand je vour -«r^ws feray congnoistre que je suis opiniastre, encore que j^ fc.J6 sois demeuré d'accord avec vous de l'amour d'incli -î. Jinalion qui fait ses terribles effets et si violents, j^ ^je n'ay pas abandonné Tamour de choix et d'élection oir ^)u de congnoissance, ce n'est pas abandonner son part» — ti que d'aller chez les ennemis pour espionner afin d'eMi-î tirer les avantages pour son parti, j'estime que voucongnoistrez par cet arrest que je ne suis pas déserteuacur du parti de Tamour de congnoissance, mais un hon^cizinête espion pour son service et je m'asseure que enco i ^^ pe que vostre opinion soit contraire, vous ne blasmer^^^ez pas la fermeté à chercher toutes les choses possibl^^ es pour soutenir ce que l'on a résolu.

SOURDIS

Je vous envoie les papiers que vous avez command»- — ^és contre la résolution que j'avois faite de ne les fai -re voir à personne. 11 m'est souvenu en cet instant de ■ ce que dit Renaut à Avmide lorsque elle vint.au camp^^de Godefroy de Bouillon et qu'elle le pria de la présenU- ^r au général de raruiûo : peut-on refuser quelque cho ^?e à un tel inleicesseur. U n'est pas possible de n'obéir pas à ce que commande madame la marquise de Sabl ^. Vous trouverez le premier discours sec et trancha-»^ pour la nouveauté et la chaleur de la dispute, et le second plus lempéré , après un long examen des raisons de part et d'auties, par la difficulté de se ré-

soudre : si vous estes honneste vous m'envoierez les maximes, ou vous escrirez à madame la comtesse de Maure de me les envoler; je les rendray à Theuî'e prescrite.

SOURDIS

Il me semble que je ne dois estre satisfait de l'opinion que vous avez de mon opiniastreté aux choses de dispute par Fescrit que vous avez voulu voir, ni de mon honneur a escrire touchant l'amour. Je désire que vous congnoissiez ma dévotion par ces deux raisons que je vous envoie, dont je demande votre advis et votre sentiment et le temps auquel je verray les maximes.

SoURDIS.

J 'ay esté adverty à huit endroits différens que j'avois une brouillerie dont je ne m'estois pas vanté. Vous croirez facilement que ce n'est pas moy qui en ay parlé, car je [ ne] vous en aurois pas parlé si vous ne l'aviez apprise d'ailleurs et madame la comtesse de Maure ne le sçîiit pas encore. Je vous advoue que cela me met dans le dernier chagrin jusque à estre prest à quitter Paris; entre plusieurs folies, j'ay celle-là de haïr horriblement ces vacarmes, et bien que j'ay les yeux de l'entendement assez ouverts pour congnoislre que mon honneur y est peu intéressé, mon honneur y est tellement blessé que je ne sçais quelle résolution je prendray.

SoURDIS.

Il ne seroit pas Juste que vous crussiez que je n'eus se qu'une sorte de folie ; vous en congnoisterez uneaut=Te

par cet escrit, après lequel vous ne ferez sans dou te

nulle difficulté de m'envoyer les maximes, les fo^^ws

sérieux ne peuvent estre plaisans de la langue,) es

fous guay ennuient aussi : il faut donc que la fol soit mesiée du guay et du sérieux consécutivement.

SOURDIS

V ous m*avez tesmoigné désirer sçavoir mon sentime^^nt sur Teau qui monte dans les tuyaux de verre dop^^D* M. Rouau * a fait tant d'expériences; encore que je r=nie Tay point dit encore dans rassemblée, je ne laisse ^6 le vous envoyer. Je crois que je fais bien voir que to^^^^ ce que Ton dit de la cause n'est pas véritable, mais j^ ne sçais si j'en dis le vrai, peut estre que demain j' «^ parlerai à l'assemblée.

Madame, après vous avoir remercié de votre sala^B^^fi de chicorée sauvage que je trouve très excellente, fi vous envoie un petit mot touchant le discours d'a^»^^^ vostre médecin, laquelle à mon opinion n'est pas scri'U-

1. Jacques Rohault, savant physicien, né à Amiens en 13^> mort en 1675: il s'occupa spécialement de la partie démoiis'C:!^' tive et mécanique de la physique, et fut un des disciples d^ i* doctrine d Descartes.

tenable par un aussi houneste homme que vous m'avez assuré qu'il est, car les opinions peuvent bien se trouver différentes, mais elles ne peuvent jamais aller contre le bon sens, ce que ces messieurs pratiquent souvent et surtout en tous les points qui sont contraires à vostre croyance : j'attribue cela à Tenvie qu'ils ont eu de contredire à la religion catholique, laquelle les a aveuglés. Il seroit facile de luy faire voir sans difficulté, s'il se veut un peu modérer, je seray toujours prest de vive voix ou par escrit. C'est vostre très humble serviteur.

SotJRDIS. •

Jk vous envoie le papier dont je vous ay parlé et seray bien ayse d'en avoir vostre âdvis à conditions qu'il ne sera lu que de vous et de celui qui vous le lira Le dessein comprend toutes sortes de mécréans. Je seray bien ayse de sçavoir si vous l'approuvez et si les preuves vous semblent bonnes : s'il vous plaist de nous en donner quelques autres, nous les ajouterons avec joye. Il y a fort longtemps que ce traité est fait et n'a pas la polissure nécessaire si on le vouloit montrer.

SOURDIS

J E vous envoie la lettre que vous m'avez confiée . En vérité c'est dommage qu'un aussy homme de bien que M. d'Alais * se laisse tromper, car je le crois trompé,

1. Nicolas Pavillon (1597-1677), évêque d'Aleth, ud des quatre prélats jansénistes ; il fut d'abord avocat à Paris, puis il seconda saint Vincent de Paul et se fit connaître comme prédicateur : il fut pourvu de révôché d'Aletb, en 1639.

et ceux qui sont les auteurs et plus éclairés que luy ;^ ^; leur livre de Denis Raymond nous ayant fait voirnm: JBr

clairement qu'ils croyent en leur âme les cinq pro ^h

positions et ne Toseroient dire.

SOURDIS

Je n'ay point entendu parler de ce que vous aviez2K^3< promis touchant la prédestination de monsieur vostre^^Te médecin i- et je doute même avec permission que vostre^^-^ie crédit aille jusque à l'obliger à escrire ce qu'il croiP^-£:«it sur ce sujet. Après cet adveu je vous feray voir quel— Jt^que chose sur ce sujet que j'ay préparé à ces jours d^^JBe dévotion pour tous, mais particulièrement pour les

chevaliers du S, Esprit.

SouRDis.

J 'ay releu ma petite préface ; les deux mots que vous^^tJS

y avés changé son meilleurs sans doute et plus na '^'

turels que les deux autres.

Quant à la naissance des grands il faut que je me ^ sois mal expliqué, mon intention est de dire qu'il faut estre né grand pour bien congnoistre les grands obs- — tacles qu'ils rencontrent pour les empescher d'am — brasser les vertus chrétiennes, qui sont bien plus forts — et tout autres que ceux qui se présentent aux personnes de moindre naissance. Ils ne sçavent la vérité d*aucunechose; ceux qui les aprochent n'osent leur dire de peur de les fascher, ils les flattent toujours pour gangner leurs bonnes grâces, non seulement il leur aident à trouver des voluptés où ils se portent, mais

ils leur en cherchent et leur en suggèrent et en inventent au lieu de les en détourner. Tout les porte aux délices avec facilité. Il semble mesme que tout cela est un apanage attaché à la grandeur; toutes ces choses ne se rencontrent pas aux personnes de moindre naissance qui au contraire ont avec peiDO et travail les sujets de leurs plaisirs; et ainsi ils ne sont pas si propres à congnoistreles peines que les grands ont à se retirer de ces embaras pour embrasser les vertus chrétiennes. Ainsi j'estime qu'il leur faut une vertu plus grande et au plus haut degré qu'aux personnes de moindre naissance et que mesmes pour en bien parler, il faut en avoir faict l'expéi-ience. Voila mon intention, laquelle je soumets à vostre bon et délicat jugement; mais aussi je soumets l'expression qui est extrêmement nette et polie en vous.

POURQUOY l'amour EST PEINT LES YEUX BANDEZ, NUD ET

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