‹ Les amis de la marquise de Sablé;Chapitre 95 sur 105 · NOTICE SUR LE DOCTEUR VALANT · texte numérisé non relu

NOTICE SUR LE DOCTEUR VALANT

Nous terminerous ce recueil par quelques extraits de lettres adressées à Valant. Valant tenait lui-inême sa place dans ce monde brillant et lettré ; il est donc juste de lui rendre cet hommage, quand ce ne serait que par reconnaissance pour les trésors qu'il nous a conservés ^ Il aimait évidemment écrire, et les lettres que lui adressait Tabbesse de Fontevrault témoignent assez de Testime qu'inspiraient ses jugements en fait de littérature. Plutôt ami que médecin de la marquise de Sablé, Valant fut pourvu de la charge de médecin ordinaire de madame la duchesse de Guise après la mort de la marquise. Il entretenait une correspondance suivie avec Tabbesse de Montmartre, princesse de la maison de Guise qui lui adressait ce touchant billet au sujet de la mort de madame de Sablé, arrivée le 16 janvier 1678 :

l. Il semble que Valant vécut jusqu'à un âge assez avancé, d'après la date de la pièce que je publie ci-après sur la conspiration de Naples, en 1702.

uoY que je croye, Monsieur, que vous me faites la justice d'estre bien persuadé que je prens plus de part que personne du monde à ce qui vous touche, je ne serois pas contente de moy même sy je ne vous disois combien je suis touchée de vostre douleur. Je crains que vous ne résistiez pas à la fatigue que vous avez eue, Tune et l'autre ensemble estant bien capables de vous accabler. Songez-y, je vous en conjure et ayez soin de vostre santé ; je ne vous le demande pas seulement par l'intérêt de la mienne, mais par les sentimens d'estime et d'amitié que j'ay pour vous et que je serois ravie de vous persuader dans quelques occasions et combien je suis à vous de tout mon cœur. J'ay fait prier Dieu pour madame de Sablé que je regrette infiniment par Testime particulier que j'avois de son mérite et de sa vertu.

Françoise Renée de Lorraine, dixième et dernière enfant du duc de Guise et de Catherine de Joyeuse, a^ait d'abord été abbesse de Saint-Pierre de Reims, abba/e presque inféodée dans sa maison : en 1644 elle fut nom" mée coadjutrice de madame de Beauvilliers , abbesse de Montmartre, et elle lui succéda le 21 avril 1657. Valjint nous a conservé plusieurs des billets qu'il reçut d'elle: «Sij'en croyois madame de Bois-Dauphin, lui mande-t-elle le 5 septembre 1679, je serois persuadée qu'à Theure où vous faites les choses les plus obligeantes, c'est précisément celle où vous sentez le moins ; mais le billet que je viens de recevoir seroit de trop mauvais augure pour moj, si je donnois lieu à cette opinion : ainsi je prends le parti de croire à la lettre ce que vous m'écrivez et de vous témoigner combien j'y suis sensible. » Le 16 septembre 1674,

elle lui avait dit : « Vous me faites justice des sentimens que vous avez pour moy, puisqu'on ne peut avoir plus d'estime que je n'en ai pour vous, ni une plus véritable amitié.» Au mois de septembre 1680, l'abb esse se rendit à Fresne, à Marchais, château du duc de Guise, et à Reims *. De Fresne, elle écrit â son médecin, le 30 septembre :

J E ne serois pas contente, Monsieur, si vous appreniez par un autre que par moy mesme les progrès de ma

santé : elle se fortifie

Après vous avoir dit tant de nouvelles du corps, il est bien juste que je vous en dise de Testât où l'esprit et le cœur se trouvent : ils sont fort tranquilles et le dernier est toujours plein de reconnoissance et d'une véritable amitié pour vous que je ne sçaurois m'empescher de vous en assurer : vous sçavez bien que c'est de la meilleure foy du monde. Vous seriez content de me voir et je suis bien ayse que vous n'ayez pas mal placé votre confiance.

1 . Elle quitta Reims le 10 octobre et rentra à Paris le 15 ou le 16. « Elle arriva hier à Reims, écrit M. d'Amades à Valant, le 11 octobre, dans la meilleure santé du monde, et en montant les .degrés, elle voloit plutôt qu'elle ne montoit: on lui a fait des honneurs extraordinaires vrayment, et elle n'en a pas moins reçu de monseigneur l'archevesque et des religieuses de Saint-Pierre. » Le même jour, la sœur de Tabbesse, mademoiselle de Guise, qui mourut, sans alliance, en 1688, laissant dei sommes considérables aux pauvres et aux maisons religieuses, notamment 150,000 liv. à l'abbaye de Montmartre, donnait les mêmes nouvelles au cher docteur. D'après ce billet Tabbesie avait une suite assez nombreuse, entre autres plusieurs de ses religieuses : « Que notre couvent, dit mademoiselle de Guise, se conduise à Paris heureusement, s'il plaît à Dieu. » Madame de Montmartre mourut dans son monastère, le 4 décembre 1682, âgée de soixante et un ans.

Par sa situation près de la duchesse de Guise , el lo. géant à ce titre au Luxembourg, Valant voyait le monde le plus considérable. Il nous apprend qu^il remit à la bonne duchesse de Toscane, Marguerite-Louise, — fille de Gaston, duc d'Orléans, et de Marguerite de Lorraine-Vandemont, — des vers espagnols chantés à roccasion de l'ambassade du maréchal de Créquy pour le mariage de la fille de Philippe, duc d'Orléans, avec le roi Charles II. Madame de Fontevrault écrivait à ce propos : « Il a par là repoussé les agasseries de madame la grande-duchesse ; ils sont sages et galants et sy ce n*est lui qui les a faits, il faut que ce soit quelqu'un quy luy ressamble, et quy ait sçeu joindre comme luy à l'insensibilité et à la dévotion toute la politesse que donne la plus fine galanterie ^ » Valant nous a conservé de plus deux lettres de la grande-duchesse, Tune adressée à lui-même, l'autre toute remplie de compliments sur lui.

De Sainie-Mesme, ce 14* septembre 1680.

Il y a longtemps que je m'apperçois par ma propre expérience qu'avec la persévérance Ton vient à bout de tout, car enfin je vous ay mis à raison et J'espère qu'estant un autre homme vous me rendrez de grands soins : il y en a un pour le moins aussy dangereux qae vous qui m'en rend beaucoup ; cela doit vous faire trembler, attendu qiie si vous avez eu des marques de mon inclination, vous n'avez pas eu de grandes preuves de ma constance. Les soins que vous avez eu de ma tante et les bons offices qu'elle veut rendre auprès de moy pourroient me faire soutenir une fidélité esbranlée.

1. Ces vers dont Valant a soigneusement conservé une tr»ductioD, sans dire qu'ils soient de lui, sont au moins très-întignifiants. Ils sont intitulés : «Couplets chantés à roccasion de l'entrée du maréchal de Créquy à Madrid. »

Voilà ce que c'est de se ressoudre si fort, tontes les choses du monde ont de lâcheux intervalles, je tous conseille pourtant de ne pas perdre courage.

La seconde lettre est adressée à l'abbesse de Montmartre :

A Sainte-Mesme» S4 septembre 1680.

Je suis transportée de joye, ma très chère tante, d'avoir reçeu deux de vos lettres qui me marquent que vous vous portez mieux que vous n^avez jamais fait, et je connois par la nature de vostre mal que c'est une des charges qui vous donnera de la santé pour un temps infiny : moy qui m'entend en médecine en perfection, cela me fait espérer que vous vivrez aussy longtemps que je le souhaite. Je sçais si bon gré à M. Valant des soins qu'il a eu de vous que, quand je n'aurois pas eu pour luy cette passion que vous me connoissez depuis le temps que je Tay eue, elle seroit venue dans le moment que j'ay lu vostre lettre; cela n'a donc fait qu'augmenter avec l'espérance qu'il me donne par un mot d'escrit plus tendrement. Je vous envoyé une lettre pour M. Valant, sans dessus, car je vous demande des mystères et il n'en est pas ennemy. Je vous prie de vous souvenir de faire faire une. trappe à mon grenier et que Charlotte-Catherine me fasse de la pommade pour les lèvres avec du raisin noir.

I/abbesse de Foatrevault avait une estime toute particulicrc pour Valant. Nous en avons déjà vu des preuves décisives. Voici encore deux lettres qu'elle lui écrivait :

A FoDievrault, ce 31 avril KTH.

J E vois bien, Monsieur, que vous m*avez puny de mon silence, puisque vous ne m*avez point envoyé le passage que vous m^aviez promis pour le commencement de caresme. Cependant je ne méritois point cet abandon ; car ça esté malgré moy et par des occupations indispensables de ma charge que j'ay esté privée du plaisir de vous escrire depuis les Roys jusqu'à la semaine de la Passion. J^ay eu huit filles à assister à la mort ; et à cette occupation a succédé celle du Jubilé, de sorte que j'ay esté contrainte de suspendre presque tous les comerces que j*ay avec mes amis. Je vous mende tout ce détail afîn qu'en donnant la response que je vous envoie pour M. du Bois vous lui fassiez bien comprendre ce quy est cause qu'il la reçoit si tard. Gomme je l'estime beaucoup et que je seray ravie d'avoir quelquefois de ses lettres, j'ay grand intérest qu'il ne me soupçonne d'aucune négligence à son esgard. J'ay esté extrêmement satisfaite du passage de sainte Thérèse et encore plus de celuy de saint Bernard que vous avez donnés à Madame de Boisdauphin. Je vous prie, Monsieur, de recommencer à prendre soingt de moy et de croire que tout ce qui me vient de vostre part m'est toujours extrêmement agréable.

A Fontevrault, ce 6 mars.

Oi VOUS n'aviez esté consulté pour mes maux de teste, je n'aurois pas l'assurance de faire une responce si tardive à la lettre que vous avez pris la peine de m'escrire. Mais comme j'espère que vous m'aurez condamné vous mesme à ne pas m'appliquer, je ne doute pas que vous ne m'aviez desja pardonné une négligence apparente. Si vous voulez me donner quelquefois des marques de vostre souvenir et me faire part du profit de vos lettres, vous verrez bien par l'exactitude que j'aurai à vous en remercier le cas que je fais de tout ce qui vient de vous et le désir que j'ai que vous me regardiés comme une de vos meilleures amies. Je vous assure, Monsieur, que je suis en effect de ce nombre et que je m'estimerois bien heureuse si je pouvois vous le prouver par quelque service considérable.

Il n'y a rien de mieux choisi que les livres que vous m'avez envoyé.

Madame la maréchale de Rochefort avait Valant pour médeciD, et elle eut à le remercier d'avoir gaéri son fils d'une grave maladie, tout en s'étonnant qu'un enfant de cet âge pût avoir des maux de tête aussi violents. Madame de Motteville le consulta longuement pour avoir son avis sur une poudre « mise en vogue comme guérissant toutes sortes de maux» par le célèbre docteur de Lorme. Madame de Péquignj le fit aussi fréquemment consulter par sa fille.

La sœur Marie du Saint-Sacrement (mademoiselle de la Thuillerie)lui écrit en 1674 pour le prier de venir au couvent : il soignait également les dames de Port-Rojral-des'

Champs, si Tou en juge pat ce billet qui prouve en même temps la piété du bon médecin :

JNos mères se sont tenues fort obligées de l'estime et de Tâffection que vous témoignez pour elles dans le billet que vous m'avez fait Thonneur de m'escrire. Elles m'ont commandé de vous en faire leurs remerciemens et de vous assurer du soin qu elles auront de prier pour vous comme vous le souhaitez. Pour moy, Monsieur, etc.

Jeanne Marcelle Simonin.

Tourière de Port-Rojal-des-Champs.

Ce 23« octobre 1681.

Les Hommes les plus considérables ne témoignaient pas moins leur estime pour le médecin de madame de Sablé. Voici dans quels termes le duc de Montausier remerciait Valant des soins par lui donnés à la marquise :

Ce 18* janvier 1678, à Saint- Germain.

VJETTE lettre, Monsieur, n'est pas seulement pour vous remercier de tous les soins que vous avez pris pour soulager mes inquiétudes, pendant la maladie de feue madame de Sablé, mais pour vous tesmoiguer qu^entre l'extrême douleur que j'ay de sa perte, j'ay encore pris ' beaucoup de part au déplaisir que vous en avez eu. Nous connoissions trop bien vous et moy, son mérite extraordinaire pour ne pas la regretter toute notre vie. Je voudrois pouvoir vous astre utile et je vous 8upplie de croire qu'ayant toute l'estime et la considération

que j'ay pour vous, je feray tout ce qui me sera possible pour vous en dooner des marques en toute ren* contre.

MONTAUSIER

A roccasîon d'une indisposition antérieure de la marquise, il lui avait écrit :

Ce 19* mars 1672, à Versailles.

J APPMs hier des nouvelles de madame de Sablé, mais encore qu'on m'aye assuré que son indisposition n'est qu'un rhume, je ne laisse pas d'estre fort en inquiétude de sa santé. Vous sçavez, Monsieur, combien j*y prends de part, et qu elle ne sçauroit jamais estre plus chère à personne qu à moy, ainsi je vous supplie de m'en mander des nouvelles bien exactes par ce laquais que j'envoye exprès pour en avoir, vous ne sçauriez m'obliger davantage, et vous n'obligerez jamais personne qui vous estime et qui vous considère plus véritablement que moy.

Je mentionnerai encore des billets de M. de Vardes, publiés par M. Cousin comme adressés à la marquise, de M. de Santeul (1»^ décembre 1673), de M. Domat, pour lui raconter qu'il a été très-malade après avoir mangé des abricots rongés déjà par des rats, dans le jardin de madame Périer , rue Saint-Étienne-du-Mont. Voici enfin un billet du président de Longueil, frère deM. de Maisons, qui témoigne de la déférence dont on usait envers le docteur Valant.

Vendredi matin, 27 septembre 1675.

Oi M. Valant pouvait quitter la ville seulement pour aujourd'hui, je le mènerois à Maisons à l'heure qu'il

voudroit partir. Mon frère qui y est malade auroit grand besoin de sa présence et de son secours. Je le supplie de me mander s'il veut bien avoir la bonté d'y venir : c'est son très humble serviteur.

De Longueil.

Valant avait également des relations particulières avec la famille Pascal et avec Nicole, le célèbre théologien. Ce dernier lui écrivit pour le prier de donner des soins à ceux de ses parents qui devenaient malades. Ce billet est daté de Paris, 19 juillet 1689.

Je m'en vas, Monsieur, vous demander bien de» grâces tout à la fois, et je crois cependant qu'il n'y en a aucune qui ne soit digne de vous et que vous ne soyez quelque jour très aise de m'avoir accordée. La première est d'avoir la bonté de consulter avec soin diverses incomodités d'une demoiselle de très grande piété qui se trouvera chez mademoiselle du Mesnil à l'heure que vous aurez la bonté de luy marquer* ; la deuxième de ne point dire ni la consultation que vous faittes ni la prière que je me donne l'honneur de vous en faire, et la troisième de croire im peu sur ma parole que je ne sçache personne qui mérite mieux que vous luy fiassiez

1. Une lettre adressée de Chartres, le 21 décembre 1680, par mademoiselle Nicole à mademoiselle du Mesnil, et dtnt laquelle elle la remercie d'avoir pris de nouveaux renseignements pour sa santé près de Valant, me semble indiquer asses clairement le nom de la personne à laquelle s'intéressait l'illustre théologien. On y remarque ce passage : « J'aj remit cette cure de lait au caresme; il me semble qu'elle sera fort propre à me faire faire pénitence. Si cette vie pouvoit contribuer à ma santé et à ma sainteté, je serois sans doute d'une très-heureuse condition. »

cette charité, comme je ne scache personne qui soit . plus digne que vous de la luy faire. Car assurément c'est une personne tout à Dieu, et du nombre de celles qui altireroient vostre affection et vostre estime, si vous la connoissiez particulièrement, je ne dis pas seulement par sa piété, mais aussi par la qualité de son esprit. Mais comme ce n*est pas dans une consultation qu'il peut paroistre, mettez cela s'il vous plaît sur mon conte qui est déjà bien grand à vostre égard, quoy que la confiance que j'ay en vostre bonté fasse que je ne m'en trouve point chargé. Je suis tout à vous.

Nicole.

Valant adressa lui-même à Nicole cette lettre assez iDtéressanle, ce me semble, pour être publiée, et dont il avait soigneusement gardé la copie. Elle prouve qu'il s'occupait au moins autant de littérature que de médecine :

ijA longueur delà maladie de madame de Montmartre nous a tellement occupés et afBLigés que nous n'avons quasy songé à autre chose ; mais voicy. Monsieur, une occasion qui me réveille et qui me tire en quelque sorte de Tassoupissement où j'étois ; le père Mabillon fait réimprimer saint Bernard, revu de nouveau sur les manuscrits, augmenté de quelque chose et enrichi de plusieurs notes nouvelles. Il y a un des sermons sur les cantiques où il est parlé de Tamour de Dieu dont on peut abuser; il seroit impatient de Téclaircir par une excellente note. Le P. Mabillon y en à fait une dans Tédition précédente et Vendrok* une autre : ce seroit

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