Nicole lui-même
rendre un grand service à TÉglise, sy on pouvait encore y donner un plus grand jour : Ton ne doute pas^ que vous ne le puissiez et ne vouliez bien y employer
quelques heures de vostre temps M. le comte
du Vexin mourut avant-hier à Tâge de neuf ans ^ :il estoit désigné à Tabbaye de Saint-Denis qui est de cent vingt mille francs de rentes, à celle de Saint-Germain qni est de soixante-^dix mille francs et à celle de Cluny qui est de cinquante mille francs*, ce pauvre enfant est bien heureux d'estre mort ; il avoit beaucoup d'esprit, mais le corps tout contrefait par le dérangement des vertèbres. Le Roy a voulu qu'il fût enterré à Saint-Germaindes-Prés : on Ta mis vers le milieu du chœur, proche le roy Ghilpéric : M. de Seignelay vint dire aux religieux les intentions du Roy : tous les pages et les valets de pied de la grande et petite écurie avec un flambeau chacun , les pages estoient à cheval.
12 janvier 1682.
Les relations de Valant avec la famille Pascal existaient par suite de la présence à Port-Royal des cinq enfants de madame Périer, G liberté Pascal, sœur de Rlaise, femme d'un esprit élevé, et d'une piété des plus austères. Le 28 août 1665, elle écrivait au docteur :
oi je ne jugeois de la bonne volonté que par les paroles, vostre long silence, Monsieur, m'auroit fait craindre que vous n'eussiez diminué quelque chose de celle que vous m'avez fait l'honneur de me tesmoi-
1. Louis-César de Bourbon, né en 1672, fiU légitimé de Louis XIV et de mademoiselle de La Vallière.
ner jusques icy, mais comme j'en ay jugé par TefFet, qt que j'ay sçu les soins continuels que vous avez eu de mes enfans, je vous assure, Monsieur, que je ne vous ay accusé ny de paresse ny d'oubly, et que j'ay seulement murmuré contre les continuelles occupations qui me privoient de la consolation de recevoir de vos nouvelles. J'ay bien de la douleur de ce qu'ayant manqué de vous rendre grâces de toutes vos bontés aussy souvent que je le devois, je n'ay point d'occasions de vous tesmoigner par mes services que j'en ay toute la reconnoissance imaginable et qu'ainsy vous avez lieu d'en douter; en vérité, Monsieur, vous me feriez injustice, et je vous crois trop équitable pour appréhender cela.
La lettre suivante, également de madame Périer, est curieuse par les détails qu'elle fournit sur l'intérieur de madame de Sablé qui aimait, ce me semble, beaucoup s^occuper des autres.
Vous verrez, Monsieur, par la lettre que mon fils se donne l'honneur de vous escrire, l'effet de la boisson des eaux. J'ay reçu une grande joie de les voir icy tous deux; mais vous jugez bien qu'elle est fort meslée, tant par le sujet qui les a obligez de faire ce voyage que par la peine que me donne la pensée d'une nouvelle séparation. Mais ils ont de si grands avantages dans le séjour de Paris que, bien loing de m'y opposer, je me dispose à les faire partir aussy tost que je croiray que leur santé le leur pourra permettre. La bonté que vous avez pour eux, Monsieur, n'est pas un des moindres sujets de consolation que j'aye de leur esloignement.
Ils m'ont réitéré les tesmoignages qu'ils m'en ont donné par leurs lettres. Je vous en ay une très sensible obligation et je prens la liberté de vous en demander très humblement la continuation. Je me donne Thonneur d'escrire à madame la marquise pour luy rendre grâces de la bonté qu'elle a eue de parler de moy à M. de Boisfranc, maistre des requestes, d'une manière qui m'a attiré des civilités incroyables de sa part. Il n'y a rien au monde de si obligeant que les soins qu'elle daigne prendre de me recommander ainsy à tous.les gens de sa connoissance qui viennent en ce pays-cy, mais je n'ay pas osé prendre la liberté de luy donner un avis que j'ay creu que je devois faire passer par vous , afin que vous en usiez selon la prudence dont vous estes tout remply. Je ne sçais, Monsieur, si vous sçavez quelque chose de l'histoire de M. de Boisfranc; ainsy, dans cette incertitude, je crois devoir vous la dire.
C'est un jeune homme très accomply , et qui aura de très grands biens. Monsieur son père sur cela projette de grands desseins pour son établissement. Cependant ce jeune homme a fait une inclination qui ne plaist pas au père et comme on le voit engagé on a creu que Tesloignement pourroit y aporter quelque remède et c'est pour cela qu'on l'a envoyé dans ces provinces de Bourbonnois, d'Auvergne et de la Marche où il a de proches parens sous prétexte de les voir et d'aller à ses terres de ce pays-ci; enfin on le promène pour luy oster cette fantaisie de l'esprit. Depuis qu'il est party de cette ville c'est-à-dire depuis trois ou quatre jours j'ay apris par un de ses proches que M. de Boisfranc, le père, se défie de madame la marquise de Sablé , qu'il croit qu'elle-entretient cette amourette et qu'elle fomente les
inclinations de son fils contre ses intentions ; cela m'a extrêmement faschée et j'ay respondu à cela comme je devois , mais cela est inutile, car mon discours ne retournera pas à M. de Boisfranc. J'ai creu que jéne devois pas laisser ignorer cela à madame la marquise parce que je sçais que quoy qu'elle considère beaucoup le fils, elle a de grands esgards pour le père et qu'elle ne seroit pas bien aise qu'il creust qu'elle fait quelque chose contre ses intérests. Vous jugerez mieux que moy, Monsieur, de ce qu'il est à propos de faire là dessus ; mais je vous pHe de faire les choses en sorte que je ne paroisse point du tout là dedans ;gC'est-à-dire que les gens qui m'ont fait ce discours ne puissent pas sçavoir que ce sont des persoimes que je vois tous les jours et envers qui cela pourroit me faire des affaires. J'ay apris aussy qu'on intercepte toutes les lettres que la demoiselle escrit et si elle s'avisoit quoy qu'innocemment de parler dans ses lettres de madame la marquise vous voyez bien que cela redoubleroit les soupçons : ainsy je crois qu'il faut remédier à tout cela. Je vous supplie, Monsieur, d'avoir la bonté de faire mes excuses à Madame de ce que je ne luy ay pas dit tout cela à elle mesme; j'ay eu plusieurs raisons pour en user ainsy : je ne sçavois pas s'il esloit à propos de le faire et d'ailleurs comme je n'ay pas accoutumé de luy parler d'affaires, je craignois qu'elle ne fist lire la lettre par quelqu'un de ses gens. Voilà, Monsieur, une commission que je vous donne avecques bien de la liberté, mais j'ay creu qu'elle ne vous seroit pas désagréable, puis qu'il s'agit du service de madame la marquise dont je sçais que les instérets vous sont infiniment plus chevs que les vostres propres. Je vous supplie de vous
souvenir aussy des miens et de mesnager les choses en sorte que dans Tordre qu'on y mettra, on ne puisse connoistre que cet avis vient de moy , ny directementny indirectement. Vous m'obligerez bien si vous voulei me donner avis quand vous aurez reçeu celte lettre, parce que comme j'ay esté obligée d*y mettre tous les noms, je seroisbien faschée qu'elle fût perdue. Je vous prie aussy de me mander en mesme tems Testât de voslt'e santé. J*ay eu bien de la joye d'aprendre par mes enfans vostre guérison aussy tost que vostre maladie. Je prie Dieu qu'il vous conserve aussy longtems et au^sy heureusement que le soubaitte, Monsieur, vostre très humble et très obéissante servante.
G. Pascal.
Toute ma famille vous salue icy avecques tout le respect et la tendresse possibles, et vous demande la continuation de Thonneur de vostre amitié.
Voici enfin une lettre de madame de Sablé qui a échappé jusqu'à ce jour, croyons-nous, à tous ceux qui se sont occupés de la marquise et de son entourage; elle donne quelques éclaircissements sur la famille de son médecin et témoigne de l'estime réelle qu'elle professait poux lui :
J 'ay grand peur, Madame *, que vous me trouviez bien hardie, ayant aussi peu Thonneur que j'ay d'estre connue de vous, d'oser vous faire une très humble suppli-
I. Est-ce la maréchale de Créquy dont le mari conqait la Lorraine en 1670 ?
cation, mais comme je vous connois par la réputation de vostre vertu et de vostre grande charité, j'espère que vous ne blasmerez pas la liberté que je prens et que vous aurez la bonté de m'accorder une lettre de faveur à M. vostre mary pour tin marchand de Lyon nommé Vallant, fort honneste homme qui fait mes commissions en ce payè-là, frère de mon médecin. Il a une affaire à Nancy dans laquelle il a besoin en justice d'une protection qui ne peut estre plus grande que celle de vostre mary, ny estre mieux appuyée que par sa vertu auprès de luy. Vous sçavez, madame, que j'aurois beaucoup de voyes pour vous le demander, mais il y a tant de plaisir d'estre obligée d'une personne de vostre mérite que j'aymérois n'employer que moy mesme pour cela. Le motif qui m'oblige à l'entreprendre vous doit obliger à me pardonner et à me faire l'honneur de croire que personne n'est plus que je ne suis avec toute sorte de respect vostre très humble et très obéissante servante.
Marquise de Sablé.