‹ Les amis de la marquise de Sablé;Chapitre 97 sur 105 · EXTRAITS DB LBTTRSS ADRESSEES DB PARIS (▲N · texte numérisé non relu

EXTRAITS DB LBTTRSS ADRESSEES DB PARIS (▲N

14 mars 1655.

La nuit du samedy au dimanche il y eut deux placards affichés par les intéressés de M. le cardinal de Retz, dans lesquels il estoit parlé des inclinations du Roy pour mademoiselle Mancini : madame D... . y estoit meslée, M. Ondedei et le sieur Bluet.

2 juillet 1655.

Sy avec les choses sérieuses Ton y peult mesler la galauteiie, c'est une adventure assez légère que celle qui est arrivée au sieur Bartet, secrétaire du cabinet. Il est amoureux de madame de Gourville et comme il a

des illustres rivaux qui sont le duc de Candalle et M. le comte de Lude, il s'est échappé de dire selon le conte que Ton en fait, que si l'on avoit osté les cheveux et les galans à M. de Candalle il ne seroit pas fort aimable, tellement que au commencement de cette sepmaine il fut arresté dans èon carosse à neuf heures du matin au milieu de la rue Saint-Thomas du Louvre, dont l'un luy a rasé la moitié de la teste, les autres luy ont arraché ses galans et déchiré son rabat sans luy faire autre mal, et il n'en eu pas moins de peur, car il crioit que l'on eust pitié de son âme, car enfin auprès de Dieu l'âme de Bartet est aussi chère que celle d'un prince.

— M. le Prince Ta manqué belle : il a pensé estre pris par un parti et la vitesse de son cheval l'a sauvé.

Madame la comtesse de Bossu s'est retirée du monastère de Gharonne où elle estoit et qu'elle avoit choisy pour sa demeure : elle a laissé ses demoiselles et ses femmes et vraisemblablement sera retournée avec les Espagnols.

30 juillet.

L'on a donné ordre au sieur Bartet de traiter de sa charge de secrétaire d'Estat.

25 août.

Il y a ici force dames accouchées en mesme tems, madame la duchesse de Mercœur d'un beau garçon, madame de Coallen aussy d'un garçon, mais madame

de la Neuville et madame de Bournonville n'ont eu.«chaciine qu'une fille. La grossesse de madame la duchesse d'Orléans est avortée, car ce n'estoit qu'un faux germe, mais pour celle de madame la princesse de Gonty, elle passe présentement pour certaine.

— On a mis à la Bastille un vinaigrier qui avoit esté enfant de chœur de Nosire-Dame qui se mesloit d'assembler quelque canaille pour boire à la santé du cardinal de Retz, c'est où à présent est réduit le crédit de cette éminence.

10 septembre 16&5.

Le duc de Mantoue est allé voir le Roy à Chantilly qui Ta reçeu, feignant d'aller à la chasse. M. le duc d'Anjou fut au devant de lui et comme ils virent le Roy, M. le duc de Mantoue mit pied à terre, le Roy ne laissa pas de marcher cinq ou six pas , et ensuite mit pied à terre : toutes les démarches furent observées et pourtant sy M. de Nogent ne fut venu qui les fit remonter à cheval, ils eussent été bien embarassés, car il n'y avoit personne pour tenir leurs chevaux. Il y avoit plusieurs circonstances à observer sur le sujet de cette entrevue, tant est-ce qu'il n'eut pas la permission de baiser la main de la Reyne, que parce que au festin le Roy avoit sa nef entière, que M. le duc d'Anjou eust un couteau à manche d'or, luy un couteau à manche d'ivoire : que le Roy avait un fauteuil, le duc d'Anjou un tabouret avec un carreau de soie, et M. de Mantoue un tabouret sans carreau ; qu'il but à la santé du Roy et de Monsieur, sans qu'on luy fit raison, mais quelque

- 371 • habile qui aura plus de temps que moy en fera une relation plus particulière : il me suffit de dire deux choses, Tune que M. le duc de Mantoue s*est conduit en souverain sans avoir esté décontenancé en quelque façon que ce soit, Tautre que le festin a esté superbe et magnifique aufesy beau qu'il sepouvoit voir, et tout le reste fort mal ordonné. Sy Ton en demande la raison c'est qu'en France personne ne fait sa charge et chacun se mesle à celle d'autruy.

8 octobre*

M. de Caudale est de retour en cette ville et a veu la Cour en passant à Fontainebleau : quelques-uns de ses sergens ont été requis pour chercher le sieur Bartet, résident de Pologne en sa maison de Ghoisy, à dessein de luy faire insulte s'ils Teussent rencontré, à cause qu'il s'estoit vanté de les avoir poursuivis jusque par delà Fontainebleau lorsqu'ils estoient sortis de Paris pour exécuter un arrest qu'il avoit obtenu contre eux.

Monsieur le cardinal est encore à Guise où il a continué à faire passer les convois : il a escrit àLL. MM. qu'il seroit de retour le 20 à Fontainebleau: où le Roy est indisposé et saigné quatre fois, la troisième saignée a été au pied,de quoy Sa Majesté s'est trouvée beaucoup soulagée. Aussitôt qu'elle sera en estât, on doit faire une grande chasse pour attrapper une beste qui a fait de grands ravages et défiguré et mangé plusieurs femmes et enfans. .

12 novembre.

L'on croyoit que Ton amèneroit madame de Chastillon à la Bastille ou que l'on la mèneroit à la Fère, mais Ton dit que M. le maréchal de Turenne a respondu pour elle et que Ton Ta laissée à Merlou.

1" décembre.

Le bruit s'estant respandu du bref du pape qui donnoitau Roy la liberté de nommer un suffragantà Tarchevesché de Paris , les évesques se sont assemblés et résolus entre eux de ne pas déférer à ce bref, jusqu'à mander les suffragans de Paris et les autres évesques qui ne sont pas de l'Assemblée pour tirer d'eux parolles de ne point accepter la sufTragance. Cette fronde épiscopale a esté fort précipitée puisque le bref n'a pas encore paru et que Ton attend le retour du Roy pour en sçavoir la vérité. C'est le sujet pour lequel la Reyneadit agréablement que les évesques faisoient comme Trivelin qui ne vouloit pas rendre la lettre dont il estoit porteur avant qu'il n'en eut la réponse.

L'on dit que Monsieur le grand maistre espousera cet hiver une niepce de Son Éminence et que ce ne sera pas mademoiselle de Mancini, mais la signera Marie, sa sœur.

Page 1