‹ Les amis de la marquise de Sablé;Chapitre 98 sur 105 · LETTRE SUR LA CONSPIRATION DE NAPLBS · texte numérisé non relu

LETTRE SUR LA CONSPIRATION DE NAPLBS

AMarly, 10 juillet 1702.

La cour estoit hier dans la plus grande consternation du monde à l'arrivée d'un courrier qui apporta le détail de la seconde conspiration qui devoit se faire à Naples, beaucoup plus cruelle que la première parce qu'on en vouloit à la personne du roy d'Espagne. Voicy comment elle a esté découverte : le cardinal Grimany *, de la faction de TEmpereur, envoya de Rome à Naples, pendant que le roy y estoit, un prestre avec des lettres qu'il adressoit à des grands seigneurs déjà gagnés. Ce prestre après en avoir rendu quelques-unes, fit son possible pour voir le roy : après Tavoir approché deux ou trois fois, il ne put s'empêcher de dire que le roy avoit l'air adorable, et malheur, dit-il, à celuy qui se fait peine d'être du nombre de ses sujets. Aussitôt il demanda à parler au vice-roy et luy découvrit le dessein du cardinal Grimany en le priant de luy procurer l'honneur de parler à Sa Majesté en sa présence. Dès qu'il fut devant le roy, il se jetta à ses pieds, luy demanda pardon, et la liberté de luy dire ce qu'il avoit sur le cœur, et que ses avis mériteroient la vie : nonobstant la conspiration dont il estoit justement. Il dit à Sa Majesté

1. Vincent Grimany, créé cardinal en 1697, à la recommandation de l'Empereur; vice-roi de Naples, mort le 24 septembre

que les premiers de la cour esloient convenus de l'égorger, et il en nomma plus de dix dont il monstrales lettres qu'il a voit dans sa poche. Il assura que le lendemain il viendroit dans la ville un moine portant des lettres pour les mesmes seigneurs pour prendre Theure et le moment de leur assassinat. Le lendemain le religieux ne manqua pas d'entrer dans le ville, on Tarresta, on le trouva chargé de toutes les lettres ; la prudence obligea le roy et le vice-roy de ne faire aucun esclat parce que le roy devoit partir le lendemain pour le Milanois, mais le jour d'après du départ, le vice-royfit prendre prisonniers sept de ces seigneurs et cent vingt des premiers de la ville. Ce qu'il y avoit de plus fascheux, c'est que le roy en sortant de Naples emmendt à sa suite trois traîtres : c'estoient trois capitaines de son régiment des gardes levé à Naples. Ils estoient convenus avec le cardinal Grimany que si les seigneurs napolitains manquoient leur coup ou par crainte ou par défaut de commodité, ils mettroient Sa Majesté entre les mains de quelques troupes que le prince Eugène avait introduites dans le Milanois déguisées de diverses manières et qui avoient leur rendez-vous snr le chemin du roy d'Espagne ; mais tous ces malheureux projets estant découverts ont tourné au désavantage des traîtres. Le roy a continué son voyage et est arrivé à Milan où il n'a voulu recevoir aucun présent de la ville : ensuite à Crémone d'où il a esté rejoindre Tannée et commencera d'agir par le siège de Bersel (Verceil). Le Roi levoit hier les mains de temps en temps au ciel en remerciant Dieu tout haut d'avoir conservé son petit-ûls des mains des traîtres. Monseigneur en parlait encore ce matin avec un air triste et n'a pu s'empescher

de dire qu'il aimeroit mieux le roy son fils à Madrid qu'en Italie. Mgr le duc de Bourgogne doit avoir décampé le 8 pour s'approcher de Niqaègue,

La tranchée n'est pas encore ouverte devant Landau i ils n'ont pas même achevé leur circouvallation.

Le sieur de laPaletrière, commandant six galères du Roy à Ostende, attaqua un vaisseau hollandois monté de cinquante canons et de quatre cents hommes d'équi-. page à la vue de douze autres vaisseaux de la tnesme nation qui ne purent luy donner aucun secours à causfj du calme. Le combat dura trois heures et le^ Hollandois ne se rendirent que lors qu'ils virent qu'ils alloient couler à fond ; les galères le remorquèrent et l'ont amené dans le port d'Ostende. Nous avons perdu deux lieutenans de galère et quarante hommes , et les ennemis soixante ; il s'est tiré sur nos galères dans cette action plus de huit cents coi^ps de canop. sans presqu aucun effet à cau3e de resloignement des douze vaisseaux.

NOTE SUR LES PAPIERS T|lOVyÉS CHEZ POUQDBT.

On a trouvé parmi ces papiers (de M. Fouquet) trois déclarations; Tune du marquis de Gréquy qui tient la charge de général des galères pour un des enfans de M. le surintendant quand il sera enaage; la deuxième

de M. de Breteuil, par laquelle il paroist que la charge de contrôleur général des finances est pour un autre de ces enfans; la troisième du commandeur de Neufchaise par laquelle il reconnoist que la vice-amirauté est pour un des enfans dudit sieur surintendant.

Outre de là, ou a trouvé une liste des pensionnaires: M. de Beaufort a quarante mille francs, Grammont, Clérambaut, et un autre maréchal de France à chacun dix mille escus, deux ducs et pairs, La Rochefoucauld et autres, dix mille escus.

Au sieur de Gesvres et un autre capitaine des gardes vingt-cinq mille livres; à plusieurs capitaines aux gardes, présidens et conseillers du parlement, que quelques-uns font monter à quatre-vingts, et presque à toutes les personnes considérables de chaque ordre et condition , à plusieurs dames et filles de la Reyne, mesme jusqu'à plusieurs valets de chambre.

Le duché de Penthièvre de vingt mille escus de rente que le sieur Seri.... avoit accepté a paru appartenir au surintendant.

Le mémoire de la despense de Vaux a esté trouvé monter desjà jusqu à huit millions : on a trouvé dans cette maison cinq cents douzaines d'assiettes , trentesix douzaines de plats, et un sucrier d'or massif, et le Roy n'en a point.

On a fait seulement l'inventaire des meubles, le Roy ayant commandé de luy apporter tous les papiers dans des cassettes pour les examiner.

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