‹ Les Amis oubliés de Port RoyalChapitre 12 sur 103 · H. Brémond. Sainte Chantai, p · texte numérisé non relu

H. Brémond. Sainte Chantai, p

saint qu'on aurait indigné, si nous en croyons l'abbé Brémond, par la seule idée d'une ressemblance d'àme entre la Mère Angélique et la Mère de Chantai éprouvait le besoin impérieux de se consoler en écrivant à cette même chère fille.

22 septembre 1619.

« A mesure que je m'éloigne de vous, ma très chère fille, selon les lieux, je me sens intérieurement de plus en plus joint et uni à votre cœur, selon l'esprit ; et connais bien par là que c'est le bon plaisir de Dieu, que nous ayons ce sentiment de véritable et sincère dilection. J'ai vu enfin M. votre frère *, que je proteste être l'un des aimables personnages que j'aie vus jamais, pour la bonté et piété de cœur que Dieu lui a donnée. Le jour précédent il avait eu l'avis du départ de son pauvre petit François, et néanmoins son esprit était dans une tranquillité parfaite, et avec un certain repos en la volonté de Dieu, qu'autre que Dieu même ne peut lui avoir donné.

« J'avais écrit jusqu'ici, ma très chère fille, quand j'ai été emporté du tracas à la cour, et après dîner j'ai reçu ce cher frère toujours plus ferme de courage, quoiqu'attendri jusqu'aux yeux sur la maladie de nos sœurs Catherine de Gênes et Marie.

« 0 ma fille, Dieu me soit en aide ; à peu que je ne lui aie dit les paroles de cet ancien prophète : Hé ! comment Seigneur, cous affligez donc encore ces filles qui, pour l'amour de vous, in ont repu et nourri. Mais non, ma fille toute très chère, j'aime mieux avec l'autre prophète dire : Je suis muet sous vos verges, et n'ouvre nullement ma bouche ; car c'est vous qui faites cela. En somme, il sera toujours vrai que ceux qui prétendent d'avoir part avec Jésus glorifié, doivent premièrement avoir part avec Jésus crucifié. Or sus,

1. Arnauld d'Andilly qui venait de perdre son premier enfant âgé de trois ans.

ma fille, tenez votre courage haut élevé en Dieu, en sa Providence, en l'éternité. Amen.

« Je suis ce que ce même Dieu veut et sais que je suis pour vous, et je ne le saurai mieux dire qu'ainsi. Je vous écrirai à toutes rencontres, estimant qu'en contentant mon âme en cela, je le ferai suivant le gré de la vôtre, que je prie Noire-Seigneur de rendre toute sainte. Amen*.

Le même jour, il écrivait aussi à M. Arnauld, tant il se sentait « inséparable d'affection w avec toute cette « bénite famille ». L'instinct prophétique du saint semble lui avoir fait pressentir la fin prochaine de Tavocat, aussi lui faisait-il d'affectueuses recommandations sur sa santé.

22 septembre.

« Monsieur, je vous regarde de bien loin selon le corps, mais de bien près selon l'esprit, et vois votre cœur paternel affligé de plusieurs accidents depuis mon départ. Mais je vois encore, ce me semble, que Dieu, votre bon ange, votre prudence et votre courage vous soulagent et fortifient parmi toutes ces secousses. Vous savez trop bien la condition de cette misérable vie que nous menons en ce monde, pour être étonné des événements qui y ari'ivent de diverses sortes. Que vous puis-je donc dire en cette occasion? Laissons prendre à Dieu ce qu'il lui plaît et remercions-le de ce qu'il nous laisse, et encore plus de ce qu'il nous rendra le tout avec une usure non pareille, au jour auquel nous verrons sa face. J'ai et aurai à jamais part à vos contentements et à vos déplaisirs, puisque je suis inséparable d'affection d'avec vous et votre famille bénite de Dieu, laquelle, en la personne de M. d'Andilly et de moi, vous conjure d'avoir bien soin de votre personne pour ne point tant travailler désormais, qu'à mesure que l'âge décline, vous devez vous soulager par un juste repos. Vous ferez incomparablement plus en dix ans de

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