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La démission de sa'charge d'abbesse

m'a semblé que ma promptitude ne vous déplaisait pas trop. Enfin, ma très chère Mère, je suis toute imperfection ; et ma douleur, c'est que je ne vois point du tout le moyen de me corrif^'er où je suis; car tout m'est occasion de faute. Je ne dis pas ceci pour vous importuner, ma très chère Mère ; c'est qu'il m'échappe ; pardonnez-le moi.

« Il y a i<^*i un gardien des Capucins à notre porte, qui est fort habile et homme de bien, mais d'une humeur je ne sais quelle : il veut que je le caresse, que je lui dise mes affaires, et que j'aie une fort grande confiance ; et moi, je ne le puis ; dont il est si mal édifié qu'il s'en plaint fort, comme si je lui faisais des mépris insupportables, de quoi je suis bien loin extérieurement; mais en vérité intérieurement j'ai assez de peine à estimer des humeurs badines, et à croire que les âmes qui se repaissent de ces niaiseries aient un grand esprit d'oraison, ainsi qu'on dit de celui-ci. Il a dit qu'il ne viendrait plus dans celte maison si je ne faisais autrement. D'ailleurs il prêche très bien, et nos anciennes dames l'entendent volontiers, quoique sans fruit.

« Ma chère Mère, j'ai du respect humain ; je suis embarl'assée dans une fâcheuse affaire, et j'ai tout plein d'ennemis. Il ne faut qu'un homme comme cela pour me décrier dans son Ordre; car ils s'entre-supportent en ces vaines recherches d'honneur. Or, pour lui dire mon secret, il est impossible, et je ne dois pas aussi assurément le faire ; mais je le trompe à cette heure, que je veux le tirer de son aliénation d'amuserie ; j'y perds bien du temps, et cela avec évagation d'esprit ; car ce sont des discours en l'air que je lui fais, et encore avec des équivoques et semblables tricheries, pour m'en défaire.

« Il faut que je fasse ainsi avec presque tous les religieux. Leur conversation m'est mille fois plus périlleuse que celle des séculiers ; parce qu'à ceux-ci quand je pense un peu à moi, je leur dis de bonnes choses, mais par rapport aux autres ce serait faire la suffisante et la prêcheuse ; et quand je les écoute, ils ne me disent que des niaiseries; et si je ne réponds pas de même qu'eux, on dit que je fais la refroidie, qu'on ne me reconnaît plus, que je ne fais plus cas que des

évêques, etc.. Je paie à présent les intérêts du temps passé, où j'entretenais tout le inonde. Ainsi j'ai fait mille connaissances dont je ne me puis défaire. L'autre jour je fis paraître à une de ces personnes que j'en méprisais d'autres, que je savais qu'il n'estimait pas ; et cela par flatterie.

« Si Dieu ne m'assiste ainsi que je l'espère de sa bonté, par votre moyen, ma très chère Mère, non, je ne me pourrai plus supporter dans ces enlacements, et en mille autres embarras pour des choses temporelles de céans qui vont avec une confusion extrême, et apportent des désordres et d'extrêmes incommodités à mes pauvres sœurs, et point de moyen pour les régler. Dieu amènera Monseigneur, je le crois parce que vous me le dites, et il aui\i pitié de moi.

<( Le bon M. de Belley • qui m'a écrit, est venu : je l'aime bien parce qu'il est bon; mais il me brouille encore l'esprit avec ses très vaines et extravagantes louanges ; car mon méchant esprit s'y plaît, et j'ai peine à déchirer ses lettres qui sont de si beaux panégyriques. Je ne saurais m'empêcher de lui répondre et de l'entretenir, et cependant j'en ai presque du scrupule, m'imaginant que ce n'est pas tant le respect pour son mérite que l'estime je ne sais qu'il fait de moi qui m'en plaît. Je ne sais si je le dois prier de venir, ou non. Ses sermons émeuvent fort nos anciennes ; pour moi, ils contentent plus la vanité de mon esprit qu'ils ne touchent ma volonté.

« Mais à propos de volonté, ma chère Mère, je ne sais si ce n'est pas une erreur, mais il me semble que rien ne la peut toucher, et que je ne saurais vouloir plus que je veux. Je vous supplie, ma très chère Mère, mandez-moi ce que je ferai par rapport à M. de Belley.

« Ma pauvre sœur Le Maître m'écrivait l'autre jour qu'elle était bien fâchée, appréhendant que vous ne crussiez qu'elle ne se souciait plus de vous aller voir, quoiqu'elle n'eût plus peur de son mari. La raison qu'elle a eue pour s'en dispenser, c'est qu'Uee avait des affaires. Ma très chère Mère, je vous supplie très humblement d'avoir un peu

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