Œuvres, ]oc. cit., t. III, p. 448. Lettre
force bonnes remontrances, par lesquelles elle m'excitait à trouver bonnes ses pensées, et à approuver ses souhaits.
w Je gauchis tant que je pus, et ne me témoignai pas seulement froid, mais tout à fait contraire à ses dispositions, jusqu'à ce qu'après dix-huit mois, une personne de grande considération m'écrivit, en sorte que je jugeai convenable de ne point faire le juge souverain en cette occasion, ains de laisser la décision finale à l'événement. Je m'abstins donc de la conseiller, et lui écrivis que puisque son cœur ne trouvait pas de repos en tout ce que je lui avais dit, elle pourrait faire la sollicitation de ce qu'elle désirait ; que si sa sainteté en faisait la concession, il y aurait une très probable apparence que son désir est la volonté de Dieu, attendu que la chose étant de soi-même difficile, elle ne pourrait réussir sans un spécial concours de la faveur divine ; que si au contraire sa sainteté reconduisait, il n'y aurait plus aucune occasion de faire autre chose que de s'humilier et abaisser son cœur.
« Voilà, mon révérend, jusqu'où j'ai passé. Je voyais bien que cette prétention était extraordinaire, mais je voyais aussi un cœur extraordinaire. Je voyais bien l'inclination de ce cœur-là à commander, mais je voyais que c'était pour vaincre cette inclination qu'elle voulait se lier à l'obéissance. Je voyais bien que c'était une fille, mais je voyais qu'elle avait été plus que fille à commander et gouverner, et qu'elle le pouvait bien être à bien obéir.
« Pour l'intérêt de la Visitation, certes, mon révérend père, je proteste devant Dieu et devant votre révérence que je n'y pensai nullement ; ou si j'y pensai ce fut si peu que je n'en ai nulle mémoire. Je confesse bien que j'ai une particulière dilection pour l'institution de la Visitation, mais M™° de Chantai, votre chère fille et la mienne, vous dira que pour cela je ne voudi-ais pas avoir foui-voyé la plus excellente créature du monde, et la plus acciéditée de sa juste vocation, encore qu'elle dût devenir sainte canonisée en la Visitation. Je me l'éjouis quand Dieu y tire de bons sujets ; mais je n'emploierai jamais ni parole, ni artifice, pour saint qu'il fût, pour en attirer aucune, sinon quelques faibles prières devant Dieu. L'inconstance des filles est à craindre ; mais on ne peut pas
deviner, et la constance en celle-ci est également, ains avantageusement à bien espérer.
H Mon Dieu ! mon père, que notre ancienne amitié me fait extraordinairenient apprivoiser et épancher mon âme avec la vôtre ! C'est trop, je me laisse aller à l'avis d'autrui, je m'en remettrai aussi volontiers à l'avis de ceux qui prendront la peine d'examiner cette affaire, mais surtout au vôtre, lequel donc j'attendrai très affectionnément, et recevrai chèrement, étant à jamais, etc.. *. »
C'est cependant autour de cette lettre, si extraordinairenient élogieuse pour la Mère Angélique, que les adversaires de Port-Royal ont succombé à une tentation bien grave, en ne la citant que par fragments. M?*" Boug-aud, en traitant ce point dans ['Histoire (le Sainte Chantai, après avoir dit que le saint « gauchit », très embarrassé par le désir de M'°« de Port-Royal, a ajouté : « Au fond il n'en voulait pas, il la trouvait trop entière, « trop impérieuse pour son humble institut 2. » De celjte lettre admirable, il n"a retenu et cité qu'un terme : Saint François de Sales « gauchit ». Est-ce honnête? II n'a même pas fait mention de ce passage : c Je voyais « bien que cette prétention était extraordinaire, mais je « voyais aussi un cœur extraordinaire, etc.. » Et la phrase suivante qui révèle plus encore que l'éloge direct l'estime que faisait le saint des qualités peu communes de M™« de Port-Royal : « Pour l'intérêt delà Visitation, « certes, mon Révérend Père, je proteste devant Dieu « et devant votre révérence, que je n'y pensai nulle- « ment, etc.. » Ainsi la réputation de la Mère Angélique était telle que saint François de Sales craignait d'être accusé de la désirer pour son Institut et s'en défendait vis à vis du Père Binet. Remarquons dans