Mémoires p. servir, loc. cit., t. II, p
pas séants en leur bouche, parce qu'ils accusent en quelque sorte le jugement de leurs yeux, et qu'il est à propos de les modérer par des termes plus modestes*. » a S'il avait des attraits pour se faire aimer, dit encore Mg-r Camus, il n'avait pas moins d'attrempance pour se faire, sinon craindre, du moins respecter; mais d'un respect si rempli d'amour, que j'en sais plusieurs qui frémissaient à son abord, non tant de peur de lui déplaire, que de peur de ne lui plaire pas assez -. »
Un jour Pierre Camus avait prêché à la Visitation et l'évéque de Genève mécontent lui reprocha de n'avoir pas prêché « quelque doctrine humiliante et plus salutaire ». Camus lui répondit : « Quelle conversion eussè-je prêché à des âmes délivrées des mains de leurs entiemis, le monde, le diable et la chair, et qui servent Dieu dans la sainteté ?» — « Il leur fallait apprendre, reprit-il, à prendre garde de ne tomber pas, puisqu'elles sont debout ; — 2 Cor. 10. 12 — à opérer leur salut selon le conseil du Saint-Esprit avec crainte et tremblement, et à n'être point sans peur du péché même remis. — Philip.
1. Il est curieux de rapprocher de cette appréciation de saint François de Sales sur le langage des prêtres, les termes dans lesquels l'abbé Brémond parle de la Mère Angélique, dans son livre sur « Sainte Chantai » p. 188.
« Les hommes de ce temps-là étaient faits comme nous, Chantai n'aurait pas aimé damour Angélique Arnauld et si, car tout est possible, il avait fait la bêtise dépouser cette bourgeoise inhumaine, Bourbilly n'aurait plus revu le beau courtisan qu'à l'époque des moissons ».
Un autre rapprochement assez comique ressort de l'extrait suivant d'une lettre du comte de Bussy-Rabutin au père Rapin, jésuite :
" Je suis de votre avis sur le Tu et le Toi de notre poésie...
... En amour il n'est pas vrai, mon révérend Père, qu'on ne tutoyé jamais sa maîtresse : mais vous n'êtes pas obligé de savoir cela... a
Lelires du comle de Bussy-Rabulin, t. III, p. 45. Amsterdam, 1752.
2. L'Esprit de saini François de Sales. Paris, 1840, t. III, p. 143.
2. 12. — Vous nous les avez peintes comme des saintes, cela ne vous coûte g'uère de canoniser des personnes vivantes. Il ne faut pas comme cela mettre des oreillers sous les coudes, ni donner du lait à ceux qui ont besoin de chicotin et d'absinthe *. »
Tout ceci corrobore ce que la Mère Ang-élique va nous dire du Directeur. 11 ne viendra à l'esprit de personne de l'accuser de mollesse ou de se chercher des guides indulgents. Comment alors ne pas la croire quand elle affirme que la conduite du saint n'était « nullement molle et douce, comme la plupart du monde se l'est imaginé, parce qu'il ne se découvrait qu'aux âmes qui avaient une vraie confiance en lui, et qu'il voyait disposées à le croire ». Elle va plus loin en ajoutant que, o de tous ceux qu'elle a connus avant lui, elle n'en a connu aucun aussi ferme que lui. >) Et cependant elle avait vu tous les maîtres spirituels de l'époque, dont plusieurs étaient en réputation de sainteté, comme le cardinal de Bérulle et dom Eustache de Saint-Paul.
L'étude impartiale nous entraîne loin des idées généralement répandues. En même temps elle détruit iine légende qui ne repose guère que sur des calomnies et des mensonges. Cette déformation de l'histoire a mis trois siècles pour se produire, mais déjà nous pouvons dire hardiment : Non, saint François de Sales n'a point travaillé à établir « une religion commode pour des âmes sans zèle et d^s cœurs sans vertu ^ », comme voudrait Je faire croire la majeure partie de la littérature actuelle. Il n'y a pas deux voies...
\. Que dirait l'école anti-janséniste si ces paroles étaient de l'abbé de Sainl-Cyran au lieu d'être de Tévêque de Genève ?
2. M Plus tard on a affadi, rogné, mutilé le christianisme jusqu'à le transformer en religion commode pour des âmes sans zèle et des cœurs sans vertu ».
Albert Le Roy, La France el Rome, Paris, 1892, p. 290.
L'attitude du saint évêque vis à vis des Bernardines dont nous avons parlé précédemment, va encore souligner la précédente affirmation de la Mère Angélique. Après avoir trouvé austère le genre dévie adopté à Port- Royal, saint François de Sales avait modifié son opinion en lisant la règle de saint Bernard montrée parl'abbesse. Dès lors, il avait songé à remettre ces religieuses Bernardines dans les observances de Gîteaux, Quand il eut vu de près, à Maubuisson, la sainteté et la sagesse de la règle primitive, il écrivit à ces filles de reprendre l'abstinence de la viande et de supprimer l'usage de la toile pour revenir à la serge. Les Bernardines contrariées de se voir imposer une austérité aussi pénible, prirent pour excuse que « la laine engendrait la vermine ». Le saint soumit l'objection à Angélique qui lui prouva qu'avec des lavages fréquents on empêchait très bien cela. Il écrivit de nouveau aux religieuses, et comme elles lui alléguèrent encore la même excuse, il leur répondit qu'elle « était frivole après ce qu'il avait appris de M°"^ de Port-Royal, mais qu'il ne s'étonnait pas si la vermine mangeait la vermine. » Celte réponse n'était-elle pas ferme et vigoureuse ? dit plus tard la Mère Angélique, en racontant cette anecdote à son neveu Antoine Le Maître. Et elle lui ajoutait : « Pour moi, je vous déclare que jamais M. de Genève ne m'a paru molet, comme plusieurs ont cru qu'il l'était *. »
Beaucoup d'autres réponses du saint donnent, sous une douceur apparente, cette même impression de très grande fermeté. Une, entre autres, à l'abbesse elle-même.