Mémoires pour servir, loc. cit., t. II, p
La Mère Angélique relate elle-même ce fait t. I, p. 316, des mêmes mémoires et elle ajoute : « C'est la bonne Mère de Chantai qui m'a dit cela, que j'ai cru devoir rapporter ici, pour faire voir que ce saint homme n'avait point une dévotion doucette, ainsi qu'on l'a voulu persuader. »
sur une chose qui nous paraîtrait de bien peu d'importance. Angélique lui dit qu'elle avait du scrupule de regarder quelquefois à la fenêtre et d'y prendre du plaisir. Il lui répond : « Et quoi ! ma fille, appelez-vous scrupule une action inutile dont il vous faudra rendre compte à Dieu * ? »
A côté de cela, son admiration pour la jeune abbesse perce à chaque instant. Telle est même l'éminence de cette intelligence de femme que le saint qui avait le double de son âge, n'hésite pas à la prendre pour confidente et épancher ses peines dans ce cœur qu'il sait assez droit et assez fort pour le comprendre. Ce sont d'abord ses chagrins avec le duc de Savoie :
« Il lui dit tous les mauvais tours que lui avait joués le duc de Savoie, et comme il avait maltraité quelques-uns de ses parents, très honnêtes g'ens, sans qu'il eût voulu jamais s'en plaindre, ayant rendu au contraire toutes sortes de services à ce Duc, qui était très habile selon les hommes, et un perdu selon Dieu. »
Puis, à propos des ^nominations du roi aux abbayes :
« Voyez-vous, ma fille, les nominations du i*oi aux abbayes de filles ne sont qu'une usurpation pure et une entreprise contre le droit des élections qui n'a point été ôté aux abbayes
1. « Il ne pardonnait rien aux âmes qui voulaient être conduites dans la vérité ; et qui considérera bien les règles qu'il a données à ses religieuses verra bien qu'il les veut autant mortes à ellesmêmes et crucifiées avec Jésus-Christ qu'aucun autre. Lorsque j'allais dans leurs maisons de Paris, dans le temps que leur bonne mère fondatrice les établissait, j'étais ravie de la dévotion, du silence et de la mortification que j'y voyais : et en efîet elles étaient plus austères qu'on ne s'imaginait. »
Mémoires pour servir, loc. cit., t. I, p. 317. Relalion de la Mère Angélique, écrile sur l'ordre de M. Singlin.
de filles par le concordat. Et si j'étais confesseur du roi, je ne lui pourrais donner en conscience l'absolution, s'il ne renonçait par un acte public et authentique, à ces nominations qui ruinent la réforme et l'espi'it de piété dans les abbayes de filles. »
Nous allons, dans les extraits qui vont suivre, trouver un saint François de Sales à peu près inédit, tout au moins peu connu, ou volontairement oublié. Je ne crois pas que, à part Sainte-Beuve*, beaucoup d'historiens se soient souciés de les donner au public. Personne, même parmi les adversaires de Port-Royal, n'oserait accuser la Mère Angélique de mensong-e, et comme ces pages sont tout à fait opposées aux idées uitramontaines, il était plus simple de les laisser dans l'ombre, ce qui a été fait^.
Et cependant ce passage des Relations est curieux et intéressant autant qu'il est possible. Il met en cause les plus fameux maîtres spirituels de l'époque, connus soit de la jeune abbesse, soit du saint, soit de tous deux, puisqu'ils faisaient partie du même monde. Et cette circonstance d'être citées par des témoins oculaires et auriculaires donne à C'Cs pages une saveur et une impression de sincérité toutes particulières.
« Ce saint prélat m'a fort assistée (raconte la Mère Angélique à son neveu Antoine Le Maître), et j'ose dire qu'il m'a autant honorée de son affection et de sa confiance que M"" de Chantai. J'étais étonnée de la liberté et de,la bonté avec laquelle il me disait toutes ses plus secrètes pensées,