Hisloire de Sainte Chahlal, loc. cit., t. II, p
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dame avait' eu des extrêmes désirs d'être fille de la Visitation ; mais étant dès son bas âge liée à une autre religion, notre bienheureux Père et notre très digne Mère pratiquèrent en cela une grande abnégation ; et comme écrivait ce Bienheureux au Révérend Père Binet, de la sainte Compagnie de Jésus : u Quand notre Mère de Chantai et moi sau- « rions qu'une âme serait sainte canonisée dans sainte Marie, « si elle a son appel et qu'elle soit utile dans une autre M Congrégation, nous ne voudrions pas l'en retirer. » Ainsi, jyjme f|g Port-Royal demeura en son monastère, duquel elle changea le nom et le rang d'abbesse, faisant mettre sa supériorité en triennal.
Au sortir de Paris, elle alla prendre notre digne Mère pour la mener à Maubuisson, abbaye qu'elle allait réformer; elle la garda quatre jours, afin qu'elle parlât à toutes les religieuses et lui donnât de bons avis pour la réforme et règlement des exercices religieux. Notre très digne Mère se trouvait un peu mal de fluxion ; M"® de Port-Royal la saigna de sa propre main et trempa tant de linges qu'elle put dans son sang; à chaque repas, elle lui faisait changer de serviettes pour les garder comme reliques. Si la volonté de Dieu n'eût été comme une aimable chaîne d'arrêt à M""^ de Port-Royal, elle eût suivi notre Bienheureuse Mère, laquelle au sortir de Maubuisson, s'en alla à Pontoise, etc.. *. »
N'est-il pas piquant d'opposer aux deux précédentes citations, les termes enthousiastes dans lesquels la Mère de Chaugy parle de cette âme « d'insigne et extraordinaire vertu » qu'était la Mère Angélique. Remarquons que Maupas du Tour a copié, à peu de chose près, le récit de la sympathique secrétaire de la Visitation, ce qui tend à prouver, qu'à l'époque où il a publié l'his-
l. Mémoires sur la vie el les vertus de sainlé Jeanne-Françoise Frémyol de Chantai, Fondatrice de l'ordre de la Visitation Sainte- Marie, par la Mère Françoise-Madeleine de Chaugy, secrétaire de la|sainte et quatrième supérieure du monastère d'Annecy. Paris, 1893, p. 203.
toire de sainte Jeanne de Chantai (i647), aucun auteur, fût-il indifférent ou ennemi, n'eût osé écrire autre chose. Après cela, quand nous aurons ajouté que le volume de M?"^ Bougaud que nous avons en mains appartient à la quatorzième édition de VHistoïre de Sainte Chaiital, le lecteur «comprendra l'étendue et l'importance de cette campagne de calomnies et combien il est urgent d'y mettre un terme en publiant intégralement une correspondance dont l'esprit de parti a pu tirer de si fausses interprétations.
Je pourrais multiplier les citations *, mais je crois préférable de m'en tenir à l'étude des documents historiques. Cependant une remarque s'impose. Comment Mï' Bougaud a-t-il pu dans un même chapitre écrire avec vraisemblance la phrase que nous venons de lire et citer la lettre de saint François de Sales au P. Binet? Voici quel a été son procédé. Il a cité la lettre de saint François de Sales au P. Binet, mais il s'en est tenu au premier paragraphe, sans ajouter etc., ni plusieurs points, comme si ce paragraphe constituait la lettre complète ; encore a-t-il supprimé les parties de phrases qui le gênaient. Ce même auteur a accusé Arnauld d'Andilly d'avoir fabriqué et falsifié les lettres de M"'^ de Chantai à la Mère Angélique, ajoutant candidement que rien n'est plus facile que ce travail de falsification -. Il est assez triste de constater qu'un prêtre a pu se familiariser assez avec ce genre de travail
1. Racine ne partageait pas l'opinion de Mê"" Bougaud. Il disait, en parlant de l'affection de saint François de Sales et de sainte Jeanne de Chantai pour la Mère Angélique : « Lon voit dans les lettres de l'un et de l'autre, la grande idée qu'ils avaient de cette merveilleuse fille. (Abrégé de l'Hisloire de Port-Royal, Paris, 1908, p. 7.)»
2. Mr Bougaud, Histoire de Sainte Clianlnl, t. II, p. 589, notes et pièces justificatives.
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pour arriver à en parler comme d'un procédé employé couramment *. Je donne à la fin de cette étude, en appendice, le texte exact de la lettre de saint François de Sales au P. Binet, avec, en regard, le texte tronqué de la même lettre, donné par M^^ Bougaud dans VHistoire de Sainte Chantai.
Le P. Binet fut favorable à la Mère Angélique. M""* de Chantai écrivit au saint :
Paris, 7 décembre, Ï621,
«... Le Père Binet a très bien reçu votre lettre, laquelle il m'envoya pour la voir, avec recommandation de la lui renvoyer promptement, ce que je fis ; car j'en avais déjà pris une copie. Il avait aussi revu notre chère M™® de Port-Royal ; il est tout pour elle et lui a promis de lui gagner les autres Pères. Je crains que son affaire à Rome ne soit empêchée de céans ; mais je ne doute nullement que Dieu ne la lui fasse obtenir ; car tant de serviteurs de Dieu approuvent son dessein. Je crois que la bonne Mère ^ et M. d'Andilly se laisseront aller, car déjà ils penchent. Et M. son frère peut fort bien l'aider. Je lui ai conseillé de se servir de cette voie. Il a pensé mourir à l'armée, mais il est tout guéri, et Mademoiselle Le Maistre, Dieu merci ! Celui qui est à Rome ^ leur a obtenu une licence perpétuelle pour entrer céans tous les quinze jours une fois. Certes, ce sera à condition qu'elles attendront que la chère fille y soii, car si cela ne sert de prétexte, il y aurait de grands mécontentements en plusieurs de nos amies qui désirent le même, et conséquence à grande gêne dans Paris *... »
1. Nous retrouverons cet auteur dans le cours des vingt années qui vont suivre, et nous remarquerons au passage les falsifications qu'il fera subir aux documents de la Visitation.