E. DE Barthélémy, Lettres, t. II, p
Et M. DE SAINT- CYRAN 117
altérée à ces spiritualités et unions, de faire tout ce que la ferveur lui suggérerait. Cela est dangereux, la nature est gourmande et se plaît à merveilles et délices spirituelles*... »
« La nature est gourmande ». En quatre mots, sainte Chantai a défini et stigmatisé la forme la plus dangereuse de la sensualité spirituelle, celle qui trompe tant d'âmes et, après les avoir trompées, les entraîne à en tromper une multitude d'autres. Il y a toute une étude à faire sur la pureté des origines de la Visitation comparée à son état actuel. La source limpide du commencement- est devenue bourbeuse en traversant certains marécages que les deux fondateurs eussent considérés comme pestilentiels. François de Sales, Jeanne de Chantai, Marie Alacoque, quelle frappante antithèse forment ces trois noms réunis, et quelle étude comparative intéressante pour une critique sérieuse ! Mais ceci nous entraînerait hors de notre sujet; nous y reviendrons plus tard.
La Mère Angélique, aussi bien que M™^ de Chantai, était à l'abri de dangers de cette nature. Dès la première heure de sa conversion, elle avait entrevu l'état de renoncement complet que saint François de Sales appelait dénuement et que M. de Saint- Cyran allait nommer anéantissement. Cet état comprend la destruction complète de l'amour-propre et de la recherche de soi-même. Il va jusqu'à « l'abnégation de l'abnégation elle-même ». H est le terme et la remise de l'âme en Dieu et c'est à ce but qu'elle avait tendu de toutes ses forces. C'était bien là le fait d'une « âme puissante » et d'un « cœur extraordinaire ». Aussi, dans l'affection de M*"" de Chantai, la réformatrice avait-elle pris place entre ses filles privilégiées, les Mères Favre, de Chatel et de Blonay.