‹ Les Amis oubliés de Port RoyalChapitre 5 sur 103 · Port Royal, t. I, p · texte numérisé non relu

Port Royal, t. I, p

2. Mgr BouGAUD donne ces pages dans l'Hisloire de Sainl Vincenlde- Paul, Paris, 1889, t. I, p. 250, mais il les donne tronquées. Voir à la fin de celle étude le texte exact, et le texte falsifié par cet auteur.

comme je lui disais, et lui avais dit tout d'abord toutes les miennes. Il est certain qu'il avait beaucoup plus de lumières qu'on ne pensait pour la conduite et la discipline de l'Église. C'était un œil pur qui voyait tous les maux et tous les désordres que le relâchement a causés dans les mœurs des ecclésiastiques et des moines. Mais il cachait tout dans le silence et couvrait tout de la charité et de l'humilité.

« Il gémissait, comme M. de BéruUe, des désordres de la cour de Rome et me les marquait en particulier. Puis il me disait : « Ma fille, voilà des sujets de larmes, car d'en parler au monde en l'état où il est, c'est causer du scandale inutilement. Ces malades aiment leurs maux, et ne veulent point guérir. Les conciles œcuméniques devraient réformer la tête et les membres, étant certainement par-dessus le Pape, mais les Papes s'aigrissent lorsque l'Eglise ne plie pas toute sous eux, quoique selon le vrai ordre de Dieu, elle soit au-dessus d'eux lorsque le concile est universellement et canoniquement assemblé. Je sais cela comme les docteurs qui en parlent, mais la discrétion m'empêche d'en parler, parce que je ne vois pas de fruit à en espérer. Il faut pleurer et prier en secret que Dieu mette la main où les hommes ne la sauraient mettre ; et nous devons nous humilier sous les puissances ecclésiastiques auxquelles il nous a soumis, et lui demander cependant qu'il les humilie et les convertisse par la toute puissance de son esprit, et qu'il réforme les abus qui se sont glissés dans la conduite des ministres de l'Eglise, et lui envoie de saints pasteurs animés du zèle de saint Charles, qui servent à la purifier par le feu de leur zèle et de leur science, et à la rendre sans tache et sans rides pour la discipline, comme elle l'est pour la foi et pour la doctrine. Il se consolait en me parlant comme je sais qu'il faisait aussi à M"'" de Chantai, avec qui il m'avait unie aussi étroitement qu'on le peut être, sans s'être jamais vues.

« M. de Bérulle, ami intime de M. de Genève, voyait et déplorait ces mêmes abus de la cour de Rome et en entretenait M. de Saint-Cyran, qui me disait qu'il voyait une éminence de lumière et de discernement merveilleux en ce saint homme, et qu'ils se confirmaient ensemble dans le silence que

les vrais enfants de l'Kglise devaient garder dans la vue de ces maux intérieurs et de ces plaies intestines que saint Bernard a dit il y a déjà cinq cents ans, être incurables, qu'il fallait couvrir au moins la nudité de sa mère, lorsqu'on voyait qu'on ne la pouvait guérir de ses maladies, et dire bien plus aujourd'hui que saint Grégoire de Naziance ne disait de son temps : Nous n'avons rien à donner à l'Église que nos larmes.

« Feu M, l'évêque de Belley, Pierre Camus, me dit au retour de son voyage d'Italie, qu'ayant entretenu Frédéric Borromée, archevêque de Milan, neveu de saint Charles, saint lui-même et éminent en sagesse et en science autant que saint Charles, ce cardinal lui avait dit confidemment, ces mêmes mois : Le zèle et la douleur des désordres de Rome m'a porté jusqu'à en écrire un livre épais de trois doigts où ils étaient presque tous représentés. Mais après avoir vu toutes les portes fermées à la réformation de ces abus, et que Dieu seul le pouvait faire par les voies extraordinaires de sa providence, je brûlai le livre, voyant que ces vérités morales ne feraient que causer du scandale, et publier les excès de ceux qui ne veulent point changer de mœurs, et qui sont devenus plus politiques qu'ecclésiastiques.

« Aussi M. de Saint-Cyran m'a dit autrefois que ceux qui aimaient véritablement l'Église devaient se cacher dans les solitudes, pour ne prendre point de part aux passions de ceux «|ui déshonorent sa sainteté, et prier pour elle dans le secret *. C'est notre Mère, me disait-il, il la faut aimer, il la faut plaindre, il la faut aider, il la faut pleurer, et non la scandaliser et la troubler par un excès de zèle qui n'est pas assez humble ni assez sage 2. »

Arnauld d'Andilly va entrer en connaissance avec

1. " Les justes sont les colonnes de l'Église, les paratonnerres du monde, la communauté d'Israël ne vit que par eux, ils sont dehors dans la solitude, mais ils constituent TÉglise intérieure et la Voie par où la Vie céleste descend dans la matière. »

« D' Marc H.\^ven ».

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