Ibid., p
pris que les plus aisées que j'apportai, et les autres demeurèrent à faire. Ce n'est donc pas une nouveauté de les avoir faites, ma chère fille, mais une tardiveté en mon obéissance, non de volonté, mais de ce que je ne les comprenais pas. Maintenant que nous en avons l'intelligence, nous les trouvons d'une utilité non-pareille, surtout celles des cellules et balayages, parce que cela décharge grandement la supérieure de plusieurs demandes superflues. Je vois clairement que le silence et la tranquillité s'en gardent mieux, que le bon ordre de la maison en est mieux observé, et cela sans peine ni de la supérieure, ni des sœurs, qui généralement les trouvent d'un grand soulagement etc.. * ».
Deux ans plus tard, la pauvre M™« de Chantai en était encore à solliciter quelques mots de nouvelles. C'est le moment où la Mère Angélique était abreuvée d'humiliations par l'évêque ; moment où l'âme de la réformatrice dut connaître le doute, où les conseils de saint François de Sales, relatifs à son désir de démission, durent lui revenir douloureusement en mémoire. On ne peut retenir un mouvement de dégoiit et de révolte au récit des scènes dont Port-Royal fut alors le théâtre. Sainte Chantai avait vu clair, mais elle jugeait en sainte. Son affection avait encore grandi s'il était possible, mais elle ne connaissait ni l'indignation ni la révolte. Elie savait que, pour la Mère Angélique, l'heure avait sonné des abondantes moissons spirituelles. Elle savait cette âme « puissante en Notre-Seigneur », « riche devant Dieu » ; elle était tranquille sur l'usage qu'une telle âme pouvait faire des afflictions. Elle écrivait à la Mère Favre :
Annecy, 15 janvier 1632.
« ... Obligez-nous un peu, ma très chère fille, de nous mander des nouvelles de Madame de Port-Royal, autrement
1. DE B.\BTaÉLEMY, Lettres, loc. cit.,. t. I, p. 80; t. III, p. 358.
ET M. DE SAliNT-CYRAN i33
sœur Marie-Angélique ; car c'est une âme qui tient si fort à mon cœur, qu'il n'y a moyen que je puisse m'empêcher de désirer de savoir de temps en temps de ses nouvelles ; mais je n*ai loisir de lui écrire maintenant. Faites-la saluer de ma part, je vous prie, si vous le trouvez à propos etc.. * ».
Deux années encore s'écoulèrent. Le 14 août 1634, M™® de Chantai écrivait au Commandeur de Sillerj :
Annecy, 14 août 1634.
« ... Je vais dire quatre paroles à la bonne Mère Angélique que je tiens pour toute nôtre en Notre Seigneur, nonobstant que nous nous écrivions si peu etc 2... ».
L'affection des saints est bâtie sur le roc; aucune affliction, aucune humiliation n'est capable de l'amoindrir. La Mère Angélique avait pu immoler à l'obéissance ce qu'elle avait de plus cher, M"^ de Chantai était restée inébranlable et continuait de lui écrire pendant des années, quoiqu'elle sût que ses lettres dussent rester sans réponse. Admirable confiance des âmes qui voient dans l'au-delà, que sont les flots mouvants des afl^ections mondaines comparées à la fixité et à la profondeur de pareils sentiments !
Les lettres de sainte Chantai, dont sont extraites les précédentes citations, renferment une multitude de détails qui n'ont aucun rapport avec le sujet que nous traitons ici, détails exclusivement relatifs aux différents monastères de la Visitation. Comme ces lettres ne sont pas discutées et que la Visitation est seule à les avoir publiées, nous n'en avons pris que les fragments dans